Des survivants de la Shoah protestent devant l’ambassade de Pologne à Tel Aviv
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Des survivants de la Shoah protestent devant l’ambassade de Pologne à Tel Aviv

La loi polonaise interdisant d'accuser la Pologne pour les atrocités de l'Holocauste a été signée par Andrzej Duda

Des rescapés de la Shoah manifestent à l'ambassade de Pologne à Tel-Aviv, le 8 février 2018. (Capture d'écran Twitter)
Des rescapés de la Shoah manifestent à l'ambassade de Pologne à Tel-Aviv, le 8 février 2018. (Capture d'écran Twitter)

Des manifestants ont pénétré dans le complexe de l’ambassade à Tel Aviv en portant des pancartes et en scandant des slogans contre la loi polonaise controversée. Ils ont rencontré l’ambassadeur adjoint de la Pologne, qui a tenté de leur parler.

Les manifestants, qui comptaient notamment de jeunes Israéliens, sont entrés dans l’enceinte de l’ambassade. Ils se sont brièvement rassemblés devant le bâtiment de l’ambassade, avec des gardes de sécurité essayant de les empêcher d’entrer, et ont également encerclé la voiture d’un diplomate. Les manifestants lui ont crié « Personne n’oubliera ce que vous avez fait », a rapporté Ynet.

Les manifestants brandissaient des pancartes en hébreu et en polonais avec des slogans tels que « Aucune loi n’efface l’histoire » et « La loi polonaise crache au visage des Israéliens ». Une femme âgée brandissait un panneau affirmant : « Je fais toujours des cauchemars en raison de ce que les Polonais ont fait. »

Des survivants de l’Holocauste et des activistes participent à une manifestation à l’ambassade de Pologne à Tel Aviv, le 8 février 2018 (Tomer Neuberg / Flash90)

Le rassemblement était organisé par la fondation Yad Ezer La-Haver, qui abrite des survivants de l’Holocauste à Haïfa. « Nous sommes ici afin d’exprimer notre mécontentement, et nous promettons que ça ne se passera pas de façon calme », ​​a déclaré Shimon Sabag, directeur général de la fondation.

Les manifestants projettent d’ériger une tente de protestation devant l’ambassade.

Certains survivants de l’Holocauste, dont la plupart ont plus de 90 ans, ont profité de la manifestation pour raconter des histoires terrifiantes au sujet des Polonais qui les ont maltraités durant la Seconde guerre mondiale.

« Chaque Pâque, il y avait des pogroms contre nous. Les Polonais étaient antisémites et recevaient des ordres de l’église polonaise », a déclaré Shaul Gorka, âgé de 80 ans, selon Ynet. « Cette loi est absolument terrible. »

« Je ne connais qu’une famille à m’avoir aidée dans tout le village. Tous les autres s’en fichaient », a déclaré Esti Lieber, 80 ans.

Shalom Shtamberg, 93 ans, survivant de l’Holocauste, a déclaré qu’une grande partie de sa souffrance avait été causée par des Polonais. Il a affirmé qu’après l’ouverture du ghetto de Varsovie, « les SS et la Gestapo nous ont tués et nous ont utilisés pour de durs labeurs », a-t-il dit.

Après avoir échappé au ghetto à l’âge de 14 ans et avoir finalement été envoyé au camp de la mort d’Auschwitz, « il y avait aussi beaucoup de Polonais qui nous ont battus et nous ont causé des problèmes », a ajouté Shtamberg en larmes.

Judith Rosenzweig, 88 ans, a déclaré que dans les camps, « les Polonais autour de nous voyaient ce qui se passait parce que nous marchions en ligne, sous les fusils des soldats allemands et polonais. Si l’un d’entre nous sortait de la ligne, ils le tuaient ».

« Les Polonais se sont tenus tranquillement, n’ont rien fait, ont simplement regardé les lignes », a poursuivi Rosenzweig. « Nous étions sans vêtements, ou dans des vêtements déchirés, dans le froid d’octobre – et nous avons marché comme ça et ils nous ont regardés. Personne ne s’y est opposé et personne n’a aidé. »

Le président polonais Andrzej Duda a signé la loi mardi malgré les objections d’Israël, des Etats-Unis et des organisations juives. Elle n’a pas encore reçu l’approbation finale de la Cour constitutionnelle du pays et a déclenché une crise diplomatique avec Israël. Les Etats-Unis sont également fortement opposés à la législation, estimant que cela pourrait nuire aux relations stratégiques de la Pologne avec Israël et les Etats-Unis.

La nouvelle loi, proposée par le parti conservateur au pouvoir en Pologne, prévoit des sanctions judiciaires pour les individus ou les organisations qui calomnieraient la « nation polonaise » en assignant une responsabilité aux Polonais pour les crimes commis sur leur sol.

L’utilisation des phrases comme « camps de la mort polonais » pour se référer aux sites d’extermination que l’Allemagne nazie avait installés dans la Pologne occupée pendant la guerre ferait encourir trois ans de prison ou une amende aux individus ou aux organisations, selon la loi. La loi a voulu partiellement répondre à des cas, ces dernières années, où les médias étrangers ont utilisé l’expression « camps de la mort polonais » pour qualifier Auschwitz et d’autres camps dirigés par les nazis.

Le projet de législation rend également illégal le fait de « réduire délibérément la responsabilité des ‘vrais coupables’ de ces crimes », en référence au meurtre d’environ 100 000 Polonais par des unités de l’armée des insurgés ukrainiens durant la Seconde guerre mondiale.

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