Des vigiles bénévoles de synagogues américaines formés par le Magen David Adom
Des vétérans du MDA transmettent aux membres du CSS l’expérience acquise en Israël dans la prise en charge des victimes d’attentats et d’événements faisant de nombreuses victimes
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WESTCHESTER COUNTY, New York — Un agent de sécurité bénévole de la synagogue tente d’appliquer un garrot à la cuisse d’une « victime du terrorisme » qui hurle et qui se tord de douleur sur le sol.
Un autre bénévole s’approche pour immobiliser le haut du corps de la victime qui gesticule. Un secouriste israélien propose alors un marqueur à l’agent de sécurité pour qu’il note l’heure sur le front de la victime, afin de s’assurer que les urgentistes auront un maximum d’informations à leur arrivée.
La bénévole chargée de poser le garrot, une comédienne new-yorkaise d’âge mûr, a noué un tee-shirt autour de l’autre jambe de la victime pour en faire un deuxième garrot improvisé. Elle insère le marqueur dans le nœud qu’elle vient de faire, et elle le fait tourner en cercle pour serrer fermement le tee-shirt.
« Écoutez, ce n’est pas la bonne méthode, mais ça arrête l’hémorragie, et vous pouvez passer au patient suivant », explique un autre volontaire, un secouriste expérimenté.
« On ne va pas avoir 100 garrots, 20 poches de sang et tout l’équipement quoi pourrait être utile. Utilisez vos lacets. Utilisez n’importe quoi. »
L’exercice de jeudi s’est inscrit dans le cadre d’une formation dispensée par des secouristes israéliens du Magen David Adom (MDA) aux membres du Community Security Service (CSS), un groupe bénévole américain chargé de la sécurité des synagogues. Le CSS et American Friends of the Magen David Adom, la branche américaine du service de secours israélien, ont annoncé ce partenariat lundi.
Cette collaboration a marqué une intensification des efforts livrés par le CSS pour protéger les communautés juives américaines – en s’inspirant des leçons tirées des attentats terroristes en Israël, alors que les Juifs américains sont confrontés à la menace d’attentats de grande ampleur.
Les enseignements israéliens en matière de prise en charge des traumatismes arrivent aux États-Unis
L’association à but non lucratif CSS forme des membres de la communauté juive aux techniques de sécurité afin de protéger les synagogues et les événements juifs à travers les États-Unis. Le programme a récemment mis en place des patrouilles de rue dans les quartiers juifs de New York. Le MDA est le service national israélien d’intervention d’urgence.
La première formation de deux jours, organisée dans le cadre de ce partenariat à l’intention des bénévoles, s’est tenue au siège du CSS, dans le comté de Westchester, dans l’État de New York. Pour des raisons de sécurité, le lieu exact ainsi que l’identité des bénévoles et de certains membres du personnel sont restés confidentiels.
Vingt gardes bénévoles y ont participé. Ils venaient de différentes régions des États-Unis, notamment de la région de New York, de Philadelphie, de l’Illinois, de la Floride et de Washington. Selon le CSS, son réseau compte plus de 7 000 bénévoles répartis dans plus de 500 synagogues.
Une fois la formation terminée, les bénévoles intégreront les enseignements reçus dans la formation des autres agents de sécurité de leur synagogue.
Benjamin Erbs, vice-président senior chargé de la formation et de la sécurité au sein du CSS, indique que l’objectif du programme est d’enseigner aux agents de sécurité comment prodiguer les premiers soins aux victimes et comment se préparer à l’arrivée des secours après une attaque.
« Ce que nous avons appris des attentats terroristes passés, c’est qu’il faut du temps aux secouristes, voire à la police ou aux pompiers, pour arriver sur les lieux, et même s’ils viennent, si la situation est encore critique, ils n’interviendront pas », explique Erbs lors d’un entretien.
« Cela signifie qu’en tant que personnel de sécurité, vous devez gérer seul la situation et que vous ne disposez d’aucune aide au début. »
La priorité des agents de sécurité est de prévenir et de déjouer les attaques, et le protocole médical ne s’applique qu’une fois les lieux sécurisés, note-t-il.
Il ajoute que le MDA dispose d’une « grande expérience en matière de terrorisme ».
« En Israël, il se passe chaque jour des événements qui sortent du cadre des problèmes médicaux habituels que connaît chaque pays et chaque ville », déclare-t-il.
« Et c’est grâce à cette expérience qu’ils ont élaboré de nombreuses [procédures opérationnelles standard] concernant les incidents impliquant un grand nombre de victimes et la manière de les gérer. »
Deux secouristes chevronnés du MDA, Raphael Herbst et Aryeh Myers, ont animé cette formation en évoquant à plusieurs reprises les enseignements tirés des attentats terroristes survenus en Israël, notamment lors du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
Cette formation a constitué une nouvelle reconnaissance du fait que le terrorisme est devenu une menace constante pour les Juifs américains. Ces dernières années, des attentats terroristes ont visé à plusieurs reprises des Juifs aux États-Unis et dans d’autres communautés de la Diaspora, sous la forme de tueries de masse, d’explosions d’engins improvisés, d’incendies criminels, d’agressions à l’arme blanche et d’attaques à la voiture-bélier.
En 2025, les attaques antisémites ont coûté la vie à vingt personnes, faisant de cette année-là la plus meurtrière pour la communauté juive en dehors d’Israël depuis plus de trente ans.
Les Juifs américains ont renforcé leur sécurité grâce à toute une série de mesures, s’inspirant souvent de l’expérience israélienne et du personnel de sécurité juif en Europe, où le terrorisme est un problème de longue date. Certains membres du CSS sont originaires d’Israël et le groupe coordonne ses actions avec des organismes de sécurité juifs en Europe.
Les efforts de sécurité de la communauté juive américaine avaient véritablement commencé après le massacre perpétré à la synagogue Tree of Life de Pittsburgh, en 2018, qui avait fait onze morts. Cet événement avait été suivi par des attaques meurtrières dans le New Jersey et dans le nord de l’État de New York.
Les mesures de sécurité avaient de nouveau été renforcées après le 7-Octobre.
Une réponse communautaire
L’un des gardes qui a participé à la formation de la semaine dernière, un banquier new-yorkais, est bénévole au sein du CSS depuis dix ans. Il estime toutefois que son manque de formation médicale constitue une lacune.
« Disposer de ces compétences sera d’une importance capitale pour intervenir en cas d’incident. Pour sauver des vies », explique-t-il lors d’une interview.
« Tout le monde comprend que c’est effrayant, que c’est le chaos, et qu’il faut donc être cet intervenant qui permettra d’aider à remettre de l’ordre grâce aux compétences dont il dispose. »
« C’est dommage qu’on doive en arriver là. Mais les personnes qui viennent à la synagogue doivent avoir l’assurance que certains d’entre nous sauront prendre les choses en main en cas de besoin », ajoute-t-il.
La formation de cette semaine s’est distinguée de la plupart des cours de premiers secours, qui mettent l’accent sur les réactions individuelles, en ce sens qu’elle a visé à « apprendre à la communauté à agir en tant que communauté, et non en tant qu’individus », fait remarquer Herbst.
Il raconte comment, alors qu’il était jeune secouriste pendant la Seconde Intifada, il était resté figé par le choc en entrant dans un bus touché par un kamikaze, où il avait découvert une main sectionnée pendante à l’extérieur du véhicule. Un secouriste expérimenté l’avait aidé à surmonter ce moment, dit-il.
Les participants ont également visionné une vidéo montrant des Druzes israéliens se donnant le bras pour dégager une rue et laisser passer les ambulances, après qu’une roquette du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah a frappé un terrain de football en 2024, tuant douze enfants. Un exemple qui a illustré une réaction communautaire spontanée et coordonnée qui a probablement contribué à sauver des vies.
« Ce n’est pas un cours de premiers secours. Vous n’allez pas apprendre à pratiquer la réanimation cardio-pulmonaire », souligne Myers.
« Nous allons apprendre à gérer une situation impliquant plusieurs victimes, voire un grand nombre de victimes, avec un minimum de personnel et beaucoup, beaucoup de personnes ayant besoin d’aide. »
Le groupe de bénévoles, composé principalement de personnes d’un certain âge et issues de la communauté orthodoxe, a compris un comptable, un agent artistique et un juriste d’entreprise, ainsi que des membres ayant une expérience médicale, tels que des médecins, des ambulanciers et des infirmiers, qui ont apporté leur expertise dans leurs domaines respectifs et qui ont aidé à former les autres volontaires.
À un moment donné, Myers demande au groupe pourquoi les garrots doivent être positionnés à seulement 5 cm au-dessus d’une plaie, et non plus haut sur le membre.
« Il y a trop de muscles à comprimer », répond l’un des bénévoles.
« Des lésions tissulaires inutiles », ajoute un autre.
La formation s’est appuyée sur le protocole « First Seven Minutes » (7 premières minutes) du MDA, un protocole élaboré pour intervenir lors d’incidents impliquant un grand nombre de victimes. Les gardes ont appris à gérer le balagan – le chaos – sur le lieu de l’attaque en stoppant les hémorragies graves, en communiquant avec les opérateurs des services d’urgence, en effectuant le tri des victimes et en identifiant les dangers.
Garrots, triage, tirs amis et famille
La plupart des décès immédiats lors d’incidents impliquant un grand nombre de victimes sont dus à une hémorragie ; l’arrêt des hémorragies constitue donc une priorité absolue, soulignent les formateurs.
Les secouristes du MDA expliquent aux agents de sécurité que, lors d’un incident impliquant un grand nombre de victimes, l’application d’une pression directe sur une blessure, par exemple en maintenant un morceau de tee-shirt sur une plaie, présente des inconvénients, car cela nécessite une pression constante des deux mains, empêchant ainsi le secouriste de s’occuper d’autres personnes ou d’autres blessures de la même victime.
Un premier intervenant peut toutefois poser un garrot afin de « couper le robinet » du flux sanguin, puis passer à d’autres blessures, indique Myers.
« Si j’ai dix patients et que je suis seul, je ne vais pas m’employer à exercer une pression directe sur une blessure. J’utiliserai un garrot », ajoute-t-il.
« Dans des situations de coups de feu, par exemple, on ne va pas perdre de temps à exercer une pression directe. »
Certains volontaires s’entraînent à poser des garrots sur les cuisses et sur les biceps de leurs camarades, tandis que d’autres utilisent une jambe en caoutchouc présentant une plaie sanglante et béante d’où dépassent des os brisés au niveau du mollet.
Le groupe visionne des images d’attentats terroristes à Jérusalem. Les formateurs soulignent que, parfois, une situation semble suffisamment sûre pour commencer les premiers secours, avant qu’un autre terroriste n’apparaisse. Les tirs amis sont un autre danger, précisent-ils.
Un formateur du CSS explique que, bien que le travail relatif à la sécurité et aux premiers secours ait le même objectif – à savoir sauver des vies – l’un et l’autre ne peuvent pas être menés en parallèle, car le lieu doit d’abord être sécurisé avant que les soins médicaux puissent débuter.
« Imaginons que nous soyons sur les lieux d’une attaque à la voiture-bélier et qu’il y ait des blessés sur place. Faut-il commencer immédiatement à s’occuper des victimes ? Non. Nous devons avant tout assurer la sécurité des lieux », dit un formateur du CSS au groupe.
« Si je me trouve face à une personne armée d’un couteau ou d’une arme à feu et que je commence à soigner les blessés, je vais moi-même devenir une victime. »
Les formateurs encouragent les bénévoles à passer plusieurs appels au 911 au fur et à mesure que la situation évolue, afin que les équipes dépêchées sur place aient une compréhension plus précise des besoins et des dangers.
« La sécurité est une notion dynamique. Le fait que je sois intervenu sur les lieux et que j’aie déclaré que la situation était sûre ne signifie pas qu’elle le restera encore 10 secondes après», déclare Myers.
Certains dangers peuvent provenir de sources inattendues.
Herbst rappelle un incident au cours duquel des bénévoles du MDA avaient commencé à soigner la victime d’un attentat-suicide avant de découvrir que le patient était en réalité un deuxième kamikaze, touché par inadvertance lors de la première explosion, et qui portait des explosifs attachés à son torse.
Les bénévoles discutent de la nécessité de garder sur eux du matériel de traumatologie pendant leurs gardes, évoquant aussi le nombre de garrots et de trousses de contrôle des hémorragies à stocker dans les synagogues, ainsi que de l’emplacement où le matériel de premiers secours doit être entreposé.
La formation a également abordé des dilemmes éthiques.
Les garrots peuvent provoquer une douleur extrême et entraîner la perte d’un membre en raison de la restriction de la circulation sanguine, mais ils peuvent aussi sauver une vie, par exemple.
« Beaucoup de membres ont été perdus à cause des événements du 7-Octobre, car [les garrots] étaient trop efficaces », déclare Herbst.
Les stagiaires parlent de la possibilité de commencer les soins médicaux alors que la situation est encore « critique », en dérogeant au protocole, parce que des membres de leur famille présents à la synagogue ont été blessés. Tous conviennent du fait qu’ils enfreindraient les consignes pour soigner leurs enfants.
« Nous sommes plus enclins à prendre des risques que nous ne le serions pour des inconnus », déclare au groupe l’un des volontaires, un ancien opérateur de centre d’appel.
« Si c’est votre enfant qui a été blessé par balle, vous irez le secourir même si les balles sifflent encore. »
Myers souligne que les gardes doivent comprendre que, lors d’un incident impliquant de nombreuses victimes, « il y a des personnes que vous ne pourrez pas aider ».
« C’est difficile à accepter. »
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