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Deux ans après la marée noire, les autorités maritimes attendent toujours des fonds

Le Premier ministre s'est rendu sur place et un comité ministériel a formulé des recommandations mais, en matière de prévention, rien n’a réellement changé

Des civils nettoient le goudron issu d’une fuite de pétrole en mer Méditerranée, dans la réserve naturelle de Gador, près de Hadera, Israël, 20 févr. 2021. (Crédit : AP/Ariel Schalit)
Des civils nettoient le goudron issu d’une fuite de pétrole en mer Méditerranée, dans la réserve naturelle de Gador, près de Hadera, Israël, 20 févr. 2021. (Crédit : AP/Ariel Schalit)

Deux ans se sont écoulés depuis que le littoral israélien a été envahi par du goudron issu d’une marée noire en mer, mais le ministère de la Protection de l’environnement dit ne pas avoir encore vu l’argent promis pour se préparer à une prochaine catastrophe maritime.

Sans satellites ni moyens de surveillance civile fiables, Israël avait été pris par surprise, le 18 février 2021, lorsque le goudron avait commencé à envahir ses rivages méditerranéens, à la défaveur d’un orage.

Les jours suivants, il était apparu que toutes les plages, depuis Rosh Hanikra, dans l’extrême nord, à Nitzanim, dans le sud, étaient polluées, le sable constellé de boules de goudron, avec de nombreux animaux sauvages morts ou grièvement blessés.

Immédiatement après la marée noire, la vente de poissons pêchés en Méditerranée avait été temporairement suspendue et les plages avaient été fermées.

Des milliers de bénévoles s’étaient retrouvés plusieurs jours durant pour nettoyer 1 400 tonnes de goudron, provenant d’une fuite imputée à un navire syrien d’une vingtaine d’années et sans assurance.

Le nettoyage, qui devait durer un an, avait fait la une des journaux pendant des jours.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la ministre de la Protection de l’environnement, Gila Gamliel, marchent sur la plage d’Ashdod le 21 février 2021, après la marée noire qui a affecté les côtes méditerranéennes d’Israël. (Crédit : Kobi Gideon / GPO)

La ministre de la Protection de l’environnement de l’époque, Gila Gamliel, s’était rendue sur place avec le Premier ministre, Benjamin Netanyahu.

Un comité spécial composé des directeurs généraux des ministères avait été mis en place pour étudier comment faire face aux catastrophes maritimes et comment mieux se préparer à l’avenir.

Le gouvernement avait alloué une enveloppe d’urgence de 45 millions de shekels, dont la majeure partie était allée aux autorités locales, responsables des plages, à l’exception de celles administrées par l’Autorité israélienne de la nature et des parcs.

Un soldat israélien revêtu d’une combinaison de protection intégrale tient dans sa main un morceau de goudron issu d’une marée noire en mer Méditerranée, lors d’une opération de nettoyage dans la réserve naturelle de Sharon Beach, près de Gaash, le 22 février 2021. (Crédit : AP/Ariel Schalit)

Il avait également demandé aux ministères de la Protection de l’environnement et des Finances d’examiner l’octroi d’une allocation de 25 millions de shekels au Fonds de prévention de la pollution marine du ministère de la Protection de l’environnement.

Mais selon Rani Amir, directeur de l’Unité nationale pour la protection de l’environnement marin du ministère de la Protection de l’environnement, ces fonds ne se sont jamais matérialisés.

Quelques jours seulement après l’arrivée de la marée noire, Amir avait fait savoir à la commission des Affaires intérieures et de l’Environnement de la Knesset que, pour être mieux préparé à ce genre d’événements, son unité avait besoin d’un système d’alerte précoce, de deux stations côtières, chacune dotée de dix personnes (une dans le nord et une dans le sud, qui se seraient ajoutées à celle déjà exploitée à Eilat, en mer Rouge), de deux navires (dont un au moins capable de pomper le pétrole en mer), de matériel de pompage et de petits bateaux.

Illustration : Une femme tient une tortue de mer morte, recouverte de goudron, à la suite d’une marée noire en mer Méditerranée, dans la réserve naturelle de Gador près de Hadera, dans le nord d’Israël, le 20 février 2021. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

Il avait déclaré au comité : « En 2008, nous avons demandé 10 postes et n’en avons obtenu aucun. Même chose en 2014. En 2016, nous étions censés en avoir 11 ; en 2019, huit. Nous n’en avons obtenu aucun. »

Le mois dernier, Amir a confié au Times of Israël qu’« il n’y a pas eu d’augmentation du personnel [depuis lors]. Trente-trois personnes au total travaillent au ministère de la Protection marine, à l’échelle nationale, y-compris les secrétaires et deux étudiants. Nous avons besoin d’une vingtaine de postes supplémentaires au bas mot. »

Rani Amir, directeur de l’Unité nationale pour la protection de l’environnement marin du ministère de la Protection de l’environnement. (Crédit : Shlomi Amsalem)

L’argent du Fonds de prévention de la pollution marine du ministère, créé en 1979 pour toutes les questions relatives à l’environnement marin et côtier, diminue, car la demande dépasse l’offre de liquidités provenant de sources telles que les frais d’expédition et les amendes en matière de pollution, a expliqué Amir.

Au moment de la marée noire, le fonds disposait de 121 millions de shekels. Ce chiffre, a précisé Amir, était tombé à 62,8 millions de shekels fin 2022, suite à l’achat d’un navire informatisé et au remplacement des équipements mis à mal par la marée noire.

Le navire est ancré à Haïfa.

« Si un nouvel événement de cet ordre se produit, nous pourrons y faire face. Nous l’avons prouvé », a-t-il affirmé.

« Mais s’il s’agit d’un événement de plus grande ampleur, avec du pétrole liquide, je ne crois pas que nous serons capables de bien le gérer, avec les effectifs dont nous disposons. Nous aurions besoin de beaucoup plus de personnes susceptibles de se relayer jour et nuit. »

La réalité est bien différente des recommandations formulées en novembre 2021 par le comité des directeurs généraux des ministères.

Ils affirmaient qu’il fallait mobiliser des fonds pour acquérir des « équipements stratégiques », des bateaux et financer les postes supplémentaires.

Ils demandaient également au service du logement de mettre à disposition des infrastructures pour de nouvelles stations, à Haïfa et Ashkelon, et de moderniser la station existante d’Eilat.

Selon Amir, la station d’Eilat n’a pas été modernisée, et les deux nouvelles stations de la côte méditerranéenne – l’une au port de Haïfa, dans le nord d’Israël, et l’autre à Ashkelon, sur la côte sud – ne sont pas des stations à proprement parler mais des « entrepôts temporaires d’urgence » pour les équipements.

« Ce n’est pas suffisant », assure-t-il.

Des civils nettoient le goudron issu d’une fuite de pétrole en mer Méditerranée, dans la réserve naturelle de Gador, près de Hadera, le 20 février 2021. (Crédit : AP/Ariel Schalit)

Selon Amir, il faudrait 160 millions de shekels pour financer l’équipement nécessaire, mais ni ces fonds ni ceux destinés à financer les embauches ne figurent dans les accords de coalition du gouvernement.

Au-delà des fonds, l’unité a besoin que le gouvernement adopte un projet de loi affirmant la compétence du ministère de la Protection de l’environnement en matière de gestion des catastrophes pétrolières et ordonnant aux entités publiques, comme les autorités côtières locales, de formuler et de mettre à jour régulièrement leurs plans de préparation marine, précise Amir.

Il affirme que des projets de loi ont été présentés, en vain, en 2008, 2012 et 2016.

La dernière tentative a suscité de nombreuses réactions de la part de la population et fait actuellement l’objet de discussions « complexes » impliquant de nombreux ministères, souligne Amir.

Le projet de loi lui-même fait partie des accords de coalition de l’actuel gouvernement, mais il n’a pas encore été présenté à la commission juridique de la Knesset.

Arik Rosenblum, directeur exécutif d’EcoOcean. (Autorisation d’EcoOcean)

« Le ministère de la Protection de l’environnement fait de son mieux, mais il a les mains liées », explique pour sa part Arik Rosenblum, directeur exécutif de l’ONG EcoOcean.

EcoOcean a formé 1 000 bénévoles pour faire face aux urgences maritimes, chiffre qu’il espère doubler.

Jusqu’au mois dernier, son activité dépendait intégralement des dons.

Le mois dernier, le ministère de la Protection de l’environnement a décidé de lui allouer 1,25 million de shekels par an, pendant cinq ans, pour couvrir la moitié du budget consacré à la formation et à la fidélisation des bénévoles à long terme.

Une fois que la loi sur la préparation aux marées noires sera votée, l’État financera entièrement l’initiative, explique Rosenblum.

Sur cette photo non datée, des bénévoles d’EcoOcean nettoient le goudron d’une plage de Haïfa, dans le nord d’Israël, début 2021. (Crédit : Danny Shlomi)

EcoOcean souhaite s’associer à d’autres organisations de bénévoles méditerranéens et est actuellement en pourparlers avec une ONG marocaine, ajoute-t-il.

La marée noire a eu lieu à une période où il n’existait pas d’accord entre Israël et l’Agence européenne en matière de sécurité maritime pour ce qui est des images satellites de pollutions aux hydrocarbures. Il a donc fallu du temps aux autorités israéliennes pour se procurer les images dont elles avaient besoin.

Selon Amir, cette question est aujourd’hui résolue.

Un appel d’offres a été lancé, et une société a été engagée pour analyser les mouvements suspects en mer et larguer, si nécessaire, des matériaux de dispersion de pétrole.

Il manque encore l’accès aux données d’alerte précoce du ministère de la Défense, et cela prend du temps.

Yigal Ben-Ari, chef de la branche marine de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs, explique : « L’identification précoce et le nettoyage avant l’arrivée sur les côtes sont absolument déterminants. »

Un expert britannique prélève des échantillons de goudron sur une plage aux fins d’analyses, alors qu’Israël se prépare à poursuivre le Fonds international d’indemnisation pour pollution par les hydrocarbures, basé à Londres, pour une marée noire en mer Méditerranée, en février 2021. (Crédit : Ministère de la Protection de l’environnement)

Le ministère de la Protection de l’environnement attend une indemnisation pour cette marée noire de la part du Fonds international d’indemnisation pour les pollutions aux hydrocarbures, dont le siège se trouve à Londres. Ce dernier a approuvé la demande de dommages et intérêts d’Israël en juillet 2021.

Son porte-parole s’est borné à rappeler : « Plusieurs poursuites ont été intentées et sont à l’étude. »

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