Deuxième jour de témoignage d’Ilan Yeshua au procès Netanyahu
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Deuxième jour de témoignage d’Ilan Yeshua au procès Netanyahu

L'ancien directeur de Walla évoque les efforts livrés par le couple Elovitch pour cacher le compromis présumé passé avec le Premier ministre et pour brouiller les pistes

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Ilan Yeshua arrive à la Cour de district de Jérusalem pour une audience dans le procès pour corruption du Premier ministre Benjamin Netanyahu l'Affaire 4000, qui vise le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 6 avril 2021. (Crédit :  Yonatan Sindel/FLASH90)
Ilan Yeshua arrive à la Cour de district de Jérusalem pour une audience dans le procès pour corruption du Premier ministre Benjamin Netanyahu l'Affaire 4000, qui vise le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 6 avril 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

Lors de la deuxième journée de la phase de présentation des preuves dans le cadre du procès pour corruption de Benjamin Netanyahu, Ilan Yeshua, témoin déterminant de l’accusation, a raconté comment, alors qu’il était directeur-général du site d’information Walla, il lui avait été demandé d’aider à couvrir un accord de compromis présumé conclu avec le Premier ministre qui garantissait à ce dernier une couverture médiatique positive de ses actions.

Le témoignage a été donné jusqu’au bout, malgré les initiatives prises par les avocats de Netanyahu, qui ont tenté de le disqualifier en partie.

Lundi, Yeshua a déclaré qu’il avait reçu l’ordre, de manière répétée, de la part de ses patrons et de proches de Netanyahu, de faire en sorte que le site – qui est le deuxième site d’information le plus important d’Israël – évoque sous un angle positif le Premier ministre dans ses articles et dans ses reportages tout en critiquant ses adversaires. Il a noté penser que ces instructions étaient entrées dans le cadre d’un accord de compromis conclu entre le chef du gouvernement, d’une part, et Shaul et Iris Elovitch, propriétaires de Walla, d’autre part.

C’est cet accord présumé qui est au cœur du plus grave des trois dossiers pour corruption impliquant Netanyahu, l’Affaire 4 000. Le Premier ministre, qui a plaidé non-coupable, y est accusé de pots-de-vin, de fraude et d’abus de confiance.

Netanyahu aurait utilisé son pouvoir en tant que Premier ministre et ministre des Communications, de 2014 à 2017, pour avantager le magnat des télécommunications Shaul Elovitch, actionnaire majoritaire de Bezeq, en échange d’une couverture positive du chef du gouvernement et de sa famille sur le site Walla. Elovitch et son épouse, Iris, doivent aussi répondre de pots-de-vin dans l’Affaire 4 000. D’autres responsables de Bezeq ont été inculpés, l’année dernière, dans des dossiers distincts mais toutefois en lien avec ces faits présumés de corruption.

Croquis du tribunal : Ilan Yeshua témoignant devant le tribunal de district de Jérusalem, le 5 avril 2021. (Biana Zakutnik)

Continuant son témoignage, mardi, Yeshua a évoqué devant la cour de district de Jérusalem le moment où il a décidé de ne plus modifier la couverture médiatique en faveur du Premier ministre suite à une rencontre avec Shaul et Iris Elovitch.

« J’ai reçu un appel d’Iris. Elle m’a demandé de venir chez elle, elle m’a dit qu’elle me recevrait dans l’aile privée de la maison. Quand je suis arrivé, on m’a demandé de laisser mon téléphone hors de la pièce », a-t-il dit.

Il a raconté qu’il lui avait été dit, lors de cet entretien, qu’une enquête avait été ouverte sur Netanyahu et que les proches du Premier ministre s’inquiétaient de ce que les investigations ne se concentrent sur sa relation avec le couple Elovitch. En résultat, a-t-il continué, le couple lui a affirmé qu’il était impératif de déterminer une version commune des faits qui permettrait, en cas d’interrogatoire, d’éviter tout contradiction entre les trois récits.

« Leur suggestion, cela a été de dire que c’est moi qui avais été à l’origine de tout, que je l’avais fait pour des raisons idéologiques et que je ne voulais pas que le site passe à gauche », a déclaré Yeshua, soulignant qu’il lui avait été demandé de mentir aux enquêteurs si c’était nécessaire.

« On m’a dit d’affirmer qu’il n’y avait rien, que Shaul dirait la même chose, tout comme le Premier ministre, et que les enquêteurs ne disposeraient donc ainsi de rien », a-t-il poursuivi.

L’homme d’affaires israélien Shaul Elovitch et sa femme Iris arrivent au tribunal de district de Jérusalem pour une audience, le 8 février 2021. (Reuven Kastro/POOL)

Dans un témoignage qui a été interrompu de manière répétée par les avocats de Netanyahu, Yeshua a aussi évoqué la manière dont il lui avait été demandé de supprimer les messages compromettants de son téléphone.

« Ils m’ont demandé si je supprimais la correspondance que nous entretenions et j’ai dit non. Ils m’ont alors indiqué qu’il fallait que je la supprime et ils m’ont demandé de le faire en leur présence. J’ai répondu que je ne voulais pas le faire, que j’avais des photos privées sur mon appareil et que je craignais d’effacer des photos de ma mère, qui est décédée… Ils ont tenté de me convaincre pendant plusieurs minutes. J’ai dit que je n’effacerais rien », a-t-il noté, ajoutant qu’il avait rapidement changé le nom de leur groupe en « Photos des petits-enfants » de façon à ce qu’il ne soit pas retrouvé.

Yeshua explique avoir pris la décision de cesser d’intervenir dans le contenu de Walla en faveur de Netanyahu après cette réunion et avoir informé un certain nombre de personnes que « la couverture médiatique partiale est terminée ».

Alors que la procureure Yehudit Tirosh lui demandait la raison pour laquelle il avait décidé de cesser d’intervenir, Yeshua a répondu que les demandes qui lui avaient été soumises avaient franchi une ligne rouge et lui avaient fait réaliser qu’il pouvait potentiellement avoir participé à une activité pénalement répréhensible.

« Pendant toutes ces années de couverture médiatique tronquée, je n’avais jamais pensé qu’il pouvait y avoir un aspect criminel là-dedans mais avec cette demande de coordonner des versions des événements, je me suis interrogé : ‘Mais qu’est-ce qu’il se passe ici ?’, » a-t-il dit. « Pour moi, la ligne rouge a été franchie. J’ai décidé de ne plus continuer ».

A l’ouverture de la session de mardi, Tirosh a déclaré au tribunal qu’à l’issue de son témoignage de la veille, Yeshua avait reçu des messages « déplaisants » qui, selon lui, sont problématiques. Certains médias ont évoqué des messages de menace.

La juge principale dans ce dossier, Rivka Friedman-Feldman, a rétorqué que « quand un témoin dit avoir reçu un message déplaisant, cela peut influencer son comportement ».

Les messages ont été transmis à la police, qui les examinera.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au tribunal de district de Jérusalem lors d’une audience dans son procès pour corruption, le 5 avril 2021. (Crédit : Oren Ben Hakoon / Pool)

Après le témoignage de Yeshua, la cour a rejeté deux requêtes des avocats de Netanyahu qui demandaient que certaines parties de son récit soient rejetées. La défense avait tenté de discréditer certains éléments de son témoignage donné avant le procès devant les procureurs, ainsi que des conversations enregistrées à l’aide de son téléphone.

Les magistrats avaient toutefois considéré que les preuves avaient été légitimement obtenues et ils avaient rejeté leurs demandes.

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