Dissolution de la Knesset : quelle sera l’issue de la crise de coalition ?
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Explications

Dissolution de la Knesset : quelle sera l’issue de la crise de coalition ?

Soit Netanyahu forme un gouvernement à la onzième heure, soit nous aurons de nouvelles élections, soit aucune de ces deux options. Les prochaines heures frénétiques nous le diront

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Président Reuven Rivlin (à droite) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu alors que Rivlin charge Netanyahu de former la prochaine coalition, à la résidence du Président à Jérusalem le 17 avril 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)
Le Président Reuven Rivlin (à droite) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu alors que Rivlin charge Netanyahu de former la prochaine coalition, à la résidence du Président à Jérusalem le 17 avril 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Lors d’une journée de théâtre politique extraordinaire en Israël, alors que la Knesset commençait mercredi à midi à débattre d’un projet de loi pour sa dissolution un mois seulement après son assermentation, les 12 heures suivantes semblaient présenter trois issues possibles : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu résout sa crise de formation de coalition et parvient à former une coalition de 65 membres ; Netanyahu manque de temps, ne peut former une coalition, et la Knesset vote pour la dissolution et de nouvelles élections en septembre ; Netanyahu ne parvient pas à former une coalition, la Knesset ne vote pas pour la dissolution, et le président Reuven Rivlin reprend le processus d’identification du membre de la Knesset ayant la meilleure chance de former une coalition majoritaire.

La troisième de ces options a été jugée la moins probable, du moins au moment de la rédaction du présent article : Si Netanyahu ne parvenait pas à calmer Avigdor Liberman, le chef du parti Yisrael Beytenu, et finaliser une coalition, la dernière chose qu’il souhaite est qu’un rival politique ait l’occasion de le faire. Il préfère se présenter de nouveau devant les citoyens et tenir de nouvelles élections, en espérant qu’il sera récompensé par une Knesset plus sympathique la prochaine fois. Cette option serait également problématique pour Netanyahu, car cela lui laisserait très peu de temps pour essayer de faire avancer une législation qui pourrait le mettre à l’abri de poursuites dans les trois affaires pénales contre lui – son audience avant une mise en accusation probable est prévue pour début octobre – mais serait quand même moins problématique que voir une autre personne devenir Premier ministre. Par conséquent, s’il ne peut former une coalition, il a demandé à ses députés du Likud et à leurs alliés potentiels de la coalition de voter pour dissoudre le Parlement.

Cela a créé une situation surréaliste dans laquelle les partis « défaits » des élections du 9 avril, dirigés par Kakhol lavan et son président, Benny Gantz, s’opposent à la dissolution de la Knesset, parce qu’ils pensent avoir encore la possibilité de former ou de rejoindre un gouvernement, tandis que les partis « victorieux », menés par le Likud de Netanyahu, pourraient devoir chercher à dissoudre le Parlement. La seule circonstance évidente dans laquelle Netanyahu pourrait perdre le contrôle de ce processus est celle où il s’avère que des accords ont été conclus en coulisse entre Liberman, Gantz et, ce qui est crucial, plusieurs mécontents du Likud afin, premièrement, d’empêcher une coalition dirigée par Netanyahu, et deuxièmement, d’empêcher la dissolution du Parlement et, troisièmement, recommander quelqu’un d’autre à Rivlin pour former éventuellement un gouvernement.

Toutefois, si un tel complot en coulisse avait été élaboré, il constituerait un acte stupéfiant de déloyauté envers Netanyahu de la part des députés Likud impliqués – dont certains sont effectivement mécontents de la fusion du Likud avec le parti Koulanou de Moshe Kahlon, qui a été adoptée mardi, et qui pourrait coûter leur siège à certains députés du Likud moins bien placés si de nouvelles élections ont lieu. (Aucun député du Likud, en revanche, n’a été publiquement mécontent de la tentative de Netanyahu de limiter l’autorité de la Cour suprême dans le cadre de ses efforts pour se placer au-dessus de la loi et éviter des poursuites éventuelles). Et cela aurait été un complot remarquablement bien caché, puisqu’il n’y en a aucune preuve (à moins de prendre en compte une photo de Liberman en discussion avec Gideon Saar du Likud, rival ostensible de Netanyahu, prise à la cafétéria de la Knesset, lundi dernier).

Les dénouements les plus probables aux manœuvres politiques de mercredi sont que Liberman – qui a insisté sur le fait que son prix à payer pour rejoindre la coalition est l’adoption, inchangée, d’une loi ayant passé sa première lecture en juillet dernier pour augmenter la proportion des hommes ultra orthodoxes qui servent dans Tsahal – et les partis ultra-orthodoxes et Netanyahu conviennent de mettre en avant leurs différences ou que la Knesset vote bien pour la dissolution. Laquelle de ces deux éventualités est la plus probable ? Au moment d’écrire ces lignes, personne ne le sait, ou si c’est le cas, ils ne le disent pas.

Il convient également de noter les quatre points suivants :

Premièrement, Tamar Zandberg, la dirigeante de Meretz, a déclaré qu’elle prévoyait d’empêcher un vote sur la dissolution de la Knesset avant minuit en menant un effort d’obstruction de l’opposition – un plan dont la viabilité est loin d’être claire. Le but serait de renverser l’équation binaire de coalition ou d’élection de Netanyahu, et de créer une situation dans laquelle Rivlin entrerait à nouveau en jeu et chercherait un nouveau Premier ministre potentiel.

Deuxièmement, même si Netanyahu ne parvient pas à former une coalition et que la Knesset (invraisemblablement) ne vote pas pour la dissolution, tout le monde peut se demander si un autre candidat pourrait par la suite être en mesure d’obtenir une majorité.

Troisièmement, si Netanyahu et Liberman réussissent à enterrer la hache de guerre et que Netanyahu obtient sa coalition, celle-ci se formerait dans l’ombre des querelles vicieuses des derniers jours et serait, par définition, loin d’être stable. Liberman révulse clairement Netanyahu, et Netanyahu ne peut tout simplement pas se permettre de lui faire confiance.

Quatrièmement, si Israël organise des élections anticipées, cinq mois à peine après le dernier tour de scrutin, ce serait sans précédent dans l’histoire du pays, coûterait environ 431 millions de shekels sur les fonds publics, selon les responsables, et serait aussi difficile à prévoir que toutes les autres élections israéliennes. On pourrait soutenir que peu de choses ont changé et que, par conséquent, la prochaine Knesset ressemblerait beaucoup à celle qui sera dissoute après un mois – une période si brève, soit dit en passant, que 20 nouveaux députés du Parlement doivent encore faire leur premier discours, et dont la seule loi adoptée serait la dissolution même.

Le public pourrait reprocher à Netanyahu de voter à nouveau et punir le Likud en conséquence. Tout le monde, sauf Netanyahu, pourrait en être responsable. Il pourrait en vouloir à Netanyahu d’avoir indiqué, à la veille des élections d’avril, qu’il ne demanderait pas de nouvelles lois d’immunité pour éviter des poursuites, mais qu’il avait apparemment l’intention de le faire. Il pourrait sympathiser avec ses arguments pour éviter les poursuites. Et toutes sortes d’autres considérations, notamment l’évolution spectaculaire de l’actualité nationale ou régionale, pourraient également entrer en ligne de compte.

C’est pourquoi, bien sûr, Netanyahu cherche fébrilement à former une coalition dans les prochaines heures, et c’est pourquoi Liberman a été capable de lui causer une telle anxiété. Apparemment.

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