Eitam, choisi à la tête de Yad Vashem, rejette les critiques à son encontre
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Eitam, choisi à la tête de Yad Vashem, rejette les critiques à son encontre

L'ex-ministre d'extrême-droite dit n'avoir jamais réclamé l'expulsion des Palestiniens, précisant qu'elle pourrait seulement découler d'un soulèvement contre Israël

Le président de la société de forage pétrolier Afek, Effi Eitam, à la Cour suprême lors d'une audience sur la recherche de pétrole sur le Plateau du Golan, le 23 décembre 2014 à Jérusalem. (Flash90)
Le président de la société de forage pétrolier Afek, Effi Eitam, à la Cour suprême lors d'une audience sur la recherche de pétrole sur le Plateau du Golan, le 23 décembre 2014 à Jérusalem. (Flash90)

Effi Eitam, un ancien ministre d’extrême-droite nommé par le gouvernement au poste de prochain dirigeant du musée de la Shoah de Yad Vashem, a rejeté dimanche les critiques contre sa sélection. Nombreux sont ceux qui ont en effet dénoncé ses déclarations passées sur les Palestiniens et sur les Arabes israéliens.

Eitam est un ancien général décoré de l’armée israélienne et il avait été un ministre à la tête d’un parti sioniste-religieux de droite, pour lequel il avait siégé au cabinet. Ses critiques estiment qu’il n’est pas apte à prendre la tête de l’institution car il avait appelé de ses vœux l’expulsion de la majorité des Palestiniens de Cisjordanie et celle des Arabes israéliens du système politique du pays.

Eitam avait également été blâmé par le chef d’Etat-major après la mort d’un Palestinien qui avait été roué de coups par les hommes qui étaient placés sous son commandement. Ses partisans, de leur côté, soulignent son expérience en tant que général et responsable politique.

Des politiciens israéliens, des survivants de la Shoah et l’ADL (Anti-Defamation League) ont demandé qu’il ne soit pas désigné à la tête de Yad Vashem.

Des survivants israéliens de la Shoah manifestent devant le bâtiment de l’Agence juive contre la nomination d’Effi Eitam en tant que nouveau président de Yad Vashem, le 24 novembre 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi / Flash90)

« On dit que quand des accusations sont sans fondement, mensongères, ça ne vaut même pas la peine d’y répondre. Mais je suis là pour y répondre », a déclaré Eitam lors d’un entretien accordé à la chaîne Kan, dimanche, soulignant la profondeur du lien qui l’unit à la Shoah et à sa mémoire.

« J’ai toujours été opposé à toute discussion sur un transfert », a affirmé Eitan, en référence à l’expulsion des Palestiniens de la Cisjordanie. « Tous ceux qui ont une once d’intégrité peuvent revenir sur mes interviews et ils le constateront bien. »

« Maintenant, j’ai dit une chose et je continue à l’affirmer : Si une guerre nous était déclarée par des personnes, des communautés ou des groupes qui souhaiteraient transformer Israël en une arène terroriste, il faudrait nous battre en utilisant toute notre puissance, de façon décisive ».

« L’expulsion des Arabes de Judée-Samarie n’est pas un objectif, ce serait alors une conséquence », a-t-il continué, se référant aux Palestiniens de Cisjordanie. « Il pourrait y avoir une telle situation – qui serait tragique – dans le cadre de combats violents où une population civile serait touchée ».

Ayman Odeh, leader de la Liste arabe unie, s’exprime lors d’une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la place Rabin à Tel Aviv, le 19 avril 2020. (Tomer Neuberg/Flash90)

Concernant ses propos sur l’expulsion des députés arabes de la Knesset, il a indiqué : « Je pense que les Arabes israéliens doivent faire un choix clair, déterminer s’ils sont partenaires – avec de pleins droits – dans la construction de l’Etat d’Israël qui est l’Etat de la nation juive, ou s’ils choisissent de saper son existence de manière active ».

Il a expliqué que quand des législateurs arabes israéliens rencontraient des personnalités telles que le dictateur syrien Bashar al-Assad pendant une guerre, « c’est une situation qu’aucune démocratie ne peut supporter ». Il a estimé que la plus grande partie des Arabes israéliens voulaient appartenir à Israël.

Le mois dernier, une large coalition de 750 spécialistes en études juives et directeurs de musées de la Shoah ont signé une pétition s’opposant à cette désignation, la dernière manifestation de mécontentement en date.

Colette Avital, ancienne députée travailliste et directrice de l’une des principales organisations de survivants, ainsi que l’ADL (Anti-Defamation League), aux États-Unis, ont demandé que sa nomination soit annulée.

Colette Avital, in January 2008 when she was a member of the Israeli Knesset.(photo credit: Olivier Fitoussi /Flash90)
Colette Avital, en janvier 2008, alors députée à la Knesset. (Crédit : Olivier Fitoussi /Flash90)

Avec la pétition, ils ont été rejoints par des spécialistes de la Shoah et notamment par Susannah Heschel et Deborah Lipstadt. Dans la liste figurent aussi les directeurs passés et actuels du mémorial de Buchenwald et des musées juifs de Budapest, de Varsovie, de Munich et d’ailleurs.

« La rhétorique haineuse d’Eitam à l’égard des Arabes israéliens et des Palestiniens est contradictoire avec la mission établie de Yad Vashem », a dit la pétition. « La nomination d’Effi Eitam au poste de président de Yad Vashem transformerait une institution respectée à l’international et qui consacre ses activités à la documentation des crimes contre l’humanité, à la poursuite des droits de l’Homme, en farce déshonorante ».

La confirmation d’Eitam à cette fonction est actuellement en suspens en raison des querelles politiques entre le Likud et Kakhol lavan sur la désignation des hauts-fonctionnaires.

Un agent de la sécurité de Yad Vashem se tient devant le Hall des Noms vide du Musée mémorial de la Shoah à Yad Vashem à Jérusalem pendant la crise du coronavirus, le 19 avril 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La JTA a contribué à cet article.

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