Élections de l’AP : Vote inédit depuis 2007 dans certaines zones de Gaza
Ces élections font partie des réformes exigées dans le plan Trump pour Gaza, mais aucune faction autre que le Fatah n'a présenté de liste ; le scrutin à Deir al-Balah est surtout symbolique
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Les Palestiniens de Cisjordanie et d’une partie du centre de la bande de Gaza ont commencé à voter samedi lors d’élections municipales – il s’agit du premier scrutin depuis la guerre de Gaza. Ce vote se déroule dans un contexte de champ politique restreint et de désenchantement généralisé.
Pour les habitants de Gaza, c’est le tout premier retour aux urnes depuis que le groupe terroriste palestinien du Hamas a pris le contrôle de l’enclave à l’issue d’un coup d’État sanglant, chassant le parti du dirigeant de l’Autorité palestinienne (AP), le Fatah, en 2007.
En Cisjordanie, les électeurs se sont rendus dans les bureaux de vote pour la première fois depuis 2022. Le taux de participation pourrait refléter le niveau de confiance de la population dans un système plus large dirigé par de hauts-responsables vieillissants en Cisjordanie, tandis que Gaza se prépare à une transition très controversée, semée d’embûches et actuellement dans l’impasse, pour sortir de la domination du Hamas.
Le scrutin en Cisjordanie déterminera la composition des conseils locaux chargés de la gestion de l’eau, des routes et de l’électricité. Le scrutin dans une seule ville de Gaza est, en revanche, largement symbolique, les responsables le qualifiant de « projet pilote ».
Bien qu’elle n’ait pas organisé d’élections générales ou législatives depuis 2006, l’AP a encouragé les élections locales à la suite des réformes qu’elle a déclarées mettre en œuvre l’an dernier dans le cadre du plan de paix pour Gaza du président américain Donald Trump.
Sous le slogan « Nous restons », la Commission électorale centrale, basée à Ramallah, a mené campagne pour encourager la participation des quelque 70 000 électeurs éligibles de Deir al-Balah, à Gaza, et du million d’électeurs de Cisjordanie.
Ce vote « reflète la volonté du peuple palestinien de rester sur sa terre et de développer son pays », a déclaré le porte-parole de la commission, Fareed Taamallah.
Rapprocher politiquement la Cisjordanie et Gaza
Une grande partie de l’enclave ayant été dévastée par plus de deux ans de guerre déclenchée le pogrom perpétrés par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, la commission a choisi d’organiser son premier scrutin à Deir al-Balah, une ville endommagée par les frappes aériennes mais qui a été l’une des rares zones épargnées par les opérations terrestres israéliennes.
La commission a dû improviser, car elle n’a pas pu procéder à l’inscription traditionnelle des électeurs.
« L’idée principale est de relier politiquement la Cisjordanie et Gaza en un seul système », a déclaré Taamallah.
Les Palestiniens considèrent que l’union des deux territoires sous un même gouvernement est indispensable pour toute perspective de création d’un futur État.
La commission n’a coordonné ses efforts ni directement avec Israël ni avec le Hamas avant le scrutin de Deir al-Balah. Elle n’a pas été en mesure de faire parvenir du matériel électoral, comme des bulletins de vote, des urnes ou de l’encre, à Gaza, a-t-il ajouté.
Le COGAT (Coordinateur des activités gouvernementales dans les Territoires palestiniens) n’a pas répondu aux questions visant à savoir s’il autoriserait l’entrée de matériel électoral.
Bien que le taux de participation des électeurs palestiniens ait progressivement diminué, il est resté relativement élevé lors des précédentes élections locales par rapport aux normes régionales, selon les chiffres de la commission, avec une moyenne comprise entre 50 et 60 %. À titre de comparaison, le taux de participation lors des récentes élections locales au Liban et en Tunisie était respectivement inférieur à 40 % et 12 %.
Un vivier de candidats restreint
Le dirigeant de l’AP, Mahmoud Abbas, 90 ans, a signé l’an dernier un décret réformant le système électoral, répondant ainsi à certaines exigences des bailleurs de fonds occidentaux. Ces réformes autorisent le vote pour des candidats individuels plutôt que pour des listes, abaissent l’âge requis pour se présenter et augmentent les quotas réservés aux candidats.
En janvier, un autre décret d’Abbas a imposé aux candidats d’accepter le programme de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), le groupe qui dirige l’AP. Ce programme prévoit la reconnaissance d’Israël et le renoncement à la « lutte armée », écartant de fait le groupe terroriste du Hamas et d’autres factions.
Dans les grandes villes, les listes sont dominées par le Fatah, la faction qui dirige l’AP, et par des indépendants, dont certains ont des liens avec d’autres factions. Cependant, c’est la première fois en six élections locales qu’aucune autre faction n’a officiellement présenté sa propre liste, une absence qui, selon les analystes, reflète la désillusion politique sous l’autorité d’Abbas et le vieillissement des dirigeants de l’AP.
En Cisjordanie, sous contrôle israélien, l’AP exerce une autonomie limitée et les conseils locaux supervisent les services allant du ramassage des ordures aux permis de construire. Des affiches de campagne ont été placardées dans toutes les villes, même si beaucoup d’entre elles, notamment Ramallah et Naplouse, n’organiseront pas d’élections en raison du nombre insuffisant de candidats ou de listes enregistrés.
Le pouvoir de l’AP s’est affaibli au fil des ans, en raison de l’absence de négociations de paix avec Israël et de l’expansion des implantations en Cisjordanie. Mais l’Autorité palestinienne considère les élections locales comme un moyen peu risqué de démontrer les progrès réalisés en matière de réformes, a déclaré Aref Jaffal, directeur d’Al-Marsad Arab World Democracy and Electoral Monitor.
« L’AP veut montrer qu’elle est sur la bonne voie en matière de réformes politiques, financières et administratives, et utilise les élections locales comme symbole de cette démarche », a-t-il expliqué.
« Face à la faible légitimité du gouvernement national, celui-ci cherche à renforcer sa légitimité par le biais des élections locales. »
Les autorités n’ayant guère les moyens de s’opposer aux centaines de nouveaux postes de contrôle militaires et d’avant-postes de résidents d’implantations qui restreignent la liberté de circulation en Cisjordanie, il a expliqué que de nombreux conseils municipaux avaient pris de l’importance, en assurant la gestion des centres de santé, des écoles et des services publics locaux auxquels les habitants avaient auparavant accès ailleurs.
Cependant, certains ont déclaré que le contrôle israélien continu et croissant rendait ce scrutin largement insignifiant.
Mahmud Bader, un homme d’affaires originaire de Tulkarem, une ville du nord de la Cisjordanie où deux camps de réfugiés adjacents sont sous contrôle militaire israélien depuis plus d’un an dans le cadre d’une opération antiterroriste en cours, a déclaré qu’il voterait, malgré le peu d’espoir qu’il avait de voir un changement significatif.
« Peu importe que les candidats soient indépendants ou partisans, cela n’aura aucun effet ni aucun bénéfice pour la ville », a-t-il expliqué à l’AFP.
« C’est l’occupation [israélienne] qui gouverne Tulkarem. Ce ne serait qu’une image destinée aux médias internationaux – comme si nous avions des élections, un État ou l’indépendance. »
Le scrutin de Deir al-Balah sera le premier à Gaza depuis 2006
Le Hamas a remporté les élections législatives de l’AP en 2006. Un an plus tard, le groupe terroriste a pris le contrôle de la bande de Gaza à l’issue d’un coup d’État sanglant, chassant sauvagement le Fatah.
Il n’a pas présenté de candidats pour le scrutin de samedi, mais un sondage réalisé par le Centre palestinien pour la recherche politique et les sondages, une institution indépendante basée à Ramallah, montre que le Hamas reste la faction palestinienne la plus populaire tant à Gaza qu’en Cisjordanie.
Ramiz Alakbarov, coordinateur spécial adjoint des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, a qualifié ces élections « d’occasion importante pour les Palestiniens d’exercer leurs droits démocratiques au cours d’une période exceptionnellement difficile ».
D’autres acteurs internationaux sont toutefois restés largement silencieux sur le scrutin à Gaza, le souvenir des élections passées ayant attisé les conflits étant encore frais dans les mémoires et d’autres voies de gouvernance étant dans l’impasse.
Pour certains Gazaouis, la perspective d’un scrutin a constitué un changement bienvenu par rapport à la dure réalité quotidienne.
« J’entends parler d’élections depuis ma naissance », a déclaré Adham Al-Bardini, assis à côté des marmites de la famille devant sa tente, dans la ville.
« Nous sommes impatients de participer… afin de pouvoir changer la réalité qui nous est imposée. »
Farah Shaath, 25 ans, est ravie de voter pour la première fois.
« Même si cela ne ressemble à aucune autre élection au monde, c’est une confirmation de notre existence continue dans la bande de Gaza, malgré tout », a-t-elle déclaré à l’AFP.
Le Hamas contrôle la moitié de la bande de Gaza, dont les soldats israéliens se sont retirés l’an dernier, et où vivent presque tous les Gazaouis, y compris à Deir al-Balah. L’enclave est toutefois censée passer à une nouvelle structure de gouvernance dans le cadre du plan en vingt points dévoilé par Trump en septembre, avant la conclusion de l’accord de cessez-le-feu et de libération des otages.
Ce plan a créé le Conseil de Paix composé d’émissaires internationaux et le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG) composé de technocrates palestiniens indépendants censés opérer sous son égide.
Selon le texte du plan, « à mesure que la reconstruction de Gaza progressera et que le programme de réforme de l’AP sera fidèlement mis en œuvre, les conditions pourraient enfin être réunies pour ouvrir une voie crédible vers l’autodétermination et vers la création d’un État palestinien ».
Cependant, les progrès vers les phases suivantes – avec notamment le désarmement du Hamas, la reconstruction et le transfert de pouvoir – sont au point mort, le groupe terroriste refusant de déposer les armes et rétablissant progressivement une présence manifeste dans les rues de Gaza.
Un document interne des services de renseignement de l’armée israélienne, diffusé cette semaine auprès des dirigeants politiques, a averti que le Hamas reconstruisait progressivement ses capacités à Gaza.
Selon ce document, le groupe terroriste « gagne du temps » tout en s’efforçant de restaurer et de renforcer sa branche armée, d’accélérer le recrutement de terroristes, de prendre le contrôle des marchandises et de réaffirmer son autorité civile et gouvernementale dans les zones sous son contrôle.
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