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Cisjordanie : de nombreuses listes indépendantes au scrutin local palestinien

Le Hamas boycotte officiellement le vote mais certains membres se présentent dans la région ; il n'y a pas eu d'élections nationales depuis plus de 15 ans

Un policier palestinien monte la garde aux bords d'un bureau de vote lors des élections locales dans la ville de Hébron en Cisjordanie, le 26 mars 2022. (Crédit : Hazem Bader/AFP)
Un policier palestinien monte la garde aux bords d'un bureau de vote lors des élections locales dans la ville de Hébron en Cisjordanie, le 26 mars 2022. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

Les Palestiniens des villes majeures de toute la Cisjordanie sont allés voter samedi lors du second volet des élections locales – un moment démocratique rare sur les territoires de l’Autorité palestinienne.

Environ 234 listes se sont affrontées dans 50 villes, notamment à Ramallah, à Hébron et à Jénine. Une seule liste était présentée dans 23 municipalités, sans opposition, a commenté le chef des élections palestiniennes Hanna Nasser.

Ce vote municipal a eu lieu en deux épisodes distincts en Cisjordanie. Le premier, qui avait été organisé à la mi-décembre, avait concerné des centaines de petits hameaux. Le deuxième, dans les villes majeures, avait été repoussé jusqu’à samedi – une manière de s’assurer apparemment qu’il pourrait se dérouler sans accroc.

« Nous assistons à un nouveau niveau d’activité dans les grandes villes de la part des listes et des groupes indépendants. Environ 70 % des listes sont indépendantes plutôt qu’affiliées à un parti politique », commente Jihad Harb, analyste indépendant spécialisé dans la politique locale palestinienne.

Dans ces listes, des personnalités politiques complètement indépendantes – ou d’autres issues de partis qui ont choisi de se présenter à titre personnel. A Hébron, le maire en exercice Tayseer Abu Sneineh a ainsi formé une liste indépendante dorénavant en concurrence avec sa formation d’origine du Fatah.

« Il y a une aversion générale à l’égard des partis politiques existants. Les gens se tournent dorénavant vers de nouveaux cadres indépendants qui ne relèvent pas des partis classiques pour relayer leur insatisfaction », remarque Harb.

« On peut noter que les différentes factions palestiniennes sont clairement absentes, elles ne se sont pas présentées à ces élections, mais leurs candidats participent sous l’étiquette d’indépendants. Il y a des candidats du Hamas, mais ils se présentent à titre personnel », relève l’analyste politique Talab Awad qui s’attendait, samedi, à un taux de participation « élevé ».

Plus de 715 000 électeurs ont été appelés à se rendre dans les bureaux de vote qui ont été ouverts de 7 heures du matin à 19 heures, d’après la commission électorale.

Un Palestinien vote au cours des élections locales dans la ville de Hébron en Cisjordanie, le 26 mars 2022. (Crédit :Hazem Bader/AFP)

Les Palestiniens n’avaient plus voté à des élections nationales depuis la victoire sous forme de raz-de-marée du Hamas à Gaza en 2006.

Malgré les nombreuses promesses faites par les dirigeants palestiniens qui avaient juré d’organiser un autre vote national, le président de l’AP, Mahmoud Abbas, avait repoussé à une date indéterminée les dernières élections prévues en 2021. Abbas avait attribué la responsabilité de ce report à Israël mais de nombreux observateurs avaient noté qu’il avait cherché à éviter une défaite humiliante face à ses rivaux au sein de son propre part du Fatah, ainsi que face au Hamas.

L’Autorité palestinienne avait toutefois décidé de maintenir le scrutin local en partie grâce aux requêtes dans ce sens des Européens, ont dit des diplomates au Times of Israël. L’AP avait été férocement critiquée pour son annulation du vote national.

Depuis 2006, deux scrutins locaux palestiniens ont été organisés dans des villes et dans des villages de toute la Cisjordanie – en 2012 et 2017 respectivement. Des élections qui avaient été boycottées par le Hamas, qui avait par ailleurs interdit le vote dans la bande de Gaza.

« Les gens ont été déçus lorsque les législatives ont été annulées », remarque Imad Barahmeh, un homme d’affaires de Jéricho, grande ville de la vallée du Jourdain, qui se présente à la tête d’une liste indépendante.

Ces municipales aujourd’hui, c’est comme « un petit bout de liberté pour eux », estime-t-il, ajoutant que les questions locales avaient dominé la campagne alors que de son côté le président Abbas, dont le 87e anniversaire est d’ailleurs samedi, a été confronté l’an dernier à des manifestations appelant à son départ.

« Les gens veulent du changement. Ils aiment Mahmoud Abbas mais c’est un vieil homme, ils veulent voir une génération plus jeune prendre le relais », estime M. Barahmeh, la cinquantaine.

Le groupe terroriste du Hamas avait fait savoir qu’il boycotterait les deux tours du scrutin en cours également.

« L’annonce par l’AP d’élections locales fragmentées est une insulte pour notre situation nationale, et c’est une déviation du chemin emprunté par notre nation. Le Hamas ne prendra pas part à cela », avait déclaré le porte-parole de l’organisation terroriste Hazim Qasim aux journalistes pendant une conférence de presse organisée à Gaza City à la fin de l’année dernière.

Mais certains candidats sont toutefois affiliés au Hamas ou considérés comme proches du groupe, a noté Harb, l’analyste. Les membres du Hamas devraient remporter des sièges mais « ils n’auront pas beaucoup d’influence » dans les conseils locaux, a-t-il ajouté.

« Ils sont gênés par leur boycott officiel des élections. Ils n’ont pas appelé leurs cadres à se mobiliser et à voter pour les listes du Hamas et un grand nombre d’entre eux n’iront pas voter », a prédit Harb.

Les Palestiniens ont accusé l’État juif d’être intervenu dans le scrutin en arrêtant certains candidats affiliés au Hamas ou à l’autres groupes terroristes. La semaine dernière, les forces israéliennes ont placé en détention Islam al-Tawil, candidat à la mairie originaire d’al-Bireh et largement considéré comme proche du Hamas.

Les services de sécurité du Shin Bet n’ont pas répondu à une demande de commentaire.

Le commentateur politique palestinien Hani al-Masri a indiqué que les arrestations israéliennes avaient entraîné des élections « non-libres ». Mais il a estimé que l’Autorité palestinienne avait aussi exercé des pressions sur les candidats pour tenter de dicter l’issue du vote.

« L’AP et les forces de sécurité ont utilisé tout leur argent, toutes leurs forces dans les médias, au service des candidats qui sont dans leur poche et elles ont exercé des pressions sur certaines familles en leur demandant de ne pas nommer d’autres candidats potentiels », a accusé al-Masri, qui appartient à une branche dissidente du Fatah qui critique Abbas.

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