Abbas signe un décret visant à empêcher le Hamas de participer aux élections locales
L’amendement impose aux candidats de respecter le "programme national" de l’OLP, qui inclut la reconnaissance d’Israël, la solution à deux États, et de renoncer au terrorisme
Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, a signé un décret destiné à empêcher le groupe terroriste palestinien du Hamas, ainsi que d’autres factions partageant les mêmes positions, de participer aux élections municipales de l’AP prévues en avril.
L’amendement à la loi électorale, annoncé mardi par la commission électorale centrale de l’AP, exigera de tous les candidats qu’ils signent une déclaration par laquelle ils acceptent le « programme national » de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Celui-ci renvoie aux résolutions de l’OLP, qui incluent la reconnaissance d’Israël, le renoncement au terrorisme et l’adhésion à une solution à deux États.
Le Hamas, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et d’autres groupes désignés comme terroristes par Israël et les États-Unis, qui cherchent à s’intégrer au système politique palestinien, refusent depuis longtemps d’adhérer à ces principes.
Selon des analystes, Abbas aurait été motivé par la volonté d’empêcher son principal rival, le Hamas, de renforcer sa présence en Cisjordanie, mais aussi de garantir que l’Autorité palestinienne ne s’expose pas à des mesures punitives liées aux sanctions internationales visant le Hamas, le FPLP et le Jihad islamique palestinien.
« Il s’agit également, pour l’AP, d’envoyer un message à la communauté internationale, et en particulier aux Américains, en leur disant : ‘Nous sommes avec vous’ », a expliqué Ghaith al-Omari, chercheur principal au Washington Institute for Near East Policy.
Bien que l’amendement ne s’applique qu’aux élections municipales, Omari estime qu’il pourrait créer un précédent qu’Abbas chercherait ensuite à étendre aux élections législatives et présidentielles.
Abbas a qualifié 2026 « d’année de la démocratie palestinienne », bien que les dates de ces élections restent à déterminer et que le dirigeant âgé de 90 ans entame sa 21ᵉ année d’un mandat initialement prévu pour durer quatre ans.
L’engagement écrit en faveur des principes de l’OLP n’étant pas requis lors des précédentes élections municipales, l’analyste palestinien Ibrahim Dalalsha estime que cet amendement reflète la réalité politique de l’après-7 octobre. Selon lui, Abbas reconnaît que la communauté internationale reste largement hostile au Hamas et à sa stratégie de rejet du conflit.
Dalalsha, directeur du centre de recherche Horizon Center et ancien conseiller au consulat américain de Jérusalem aujourd’hui fermé, a indiqué que cette mesure susciterait probablement des critiques de la part d’organisations de la société civile préoccupées par la liberté d’expression, sans pour autant bloquer le processus électoral.
Le Hamas étant peu susceptible de participer, les élections prévues le 25 avril devraient principalement opposer des candidats du Fatah, le parti d’Abbas, ainsi que plusieurs listes indépendantes.
Outre les 420 collectivités locales de Cisjordanie appelées à organiser des élections, la commission électorale centrale de l’AP prévoit également la tenue d’élections municipales dans la ville de Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza.
Cette initiative vise à démontrer que Gaza et la Cisjordanie peuvent fonctionner sous un même système politique, une perspective que le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, opposé à la solution à deux États, a cherché à empêcher. Le scrutin à Deir al-Balah nécessitera probablement la coopération du Gouvernement national pour l’administration de Gaza (NCAG), un organe technocratique palestinien chargé de remplacer le Hamas dans l’enclave, sous la supervision du Conseil de paix du président américain Donald Trump.
Les dernières élections municipales palestiniennes se sont déroulées en plusieurs phases en 2021 et 2022. Abbas avait également annoncé des élections législatives et présidentielles en 2021, avant de les annuler, invoquant le refus d’Israël d’autoriser l’ouverture de bureaux de vote à Jérusalem-Est. Ses détracteurs estiment toutefois que cette décision était surtout motivée par la crainte d’une victoire du Hamas.
Les élections municipales devraient offrir aux Palestiniens une rare occasion de participer à un processus démocratique, Dalalsha souligne néanmoins que l’échéance politique la plus déterminante interviendra en mai., lorsque le Fatah tiendra sa huitième conférence générale. Un vote y désignera les membres du puissant comité central du parti, pour lesquels plusieurs proches d’Abbas sont candidats.







