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Émoi dans la communauté juive après l’incendie d’une épicerie casher à Créteil

Selon le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA), l'incendie visait précisément à "punir" le propriétaire musulman pour ses liens avec la communauté juive

L'Hyper-Casher de Créteil, le 9 janvier 2018, adjacent du magasin Promo & Destock, un autre magasin casher de Créteil (Crédit: AFP PHOTO / ALAIN JOCARD)
L'Hyper-Casher de Créteil, le 9 janvier 2018, adjacent du magasin Promo & Destock, un autre magasin casher de Créteil (Crédit: AFP PHOTO / ALAIN JOCARD)

Une épicerie cashère de Créteil récemment ciblée par des tags antisémites a été incendiée mardi, un acte douloureux pour la communauté juive trois ans jour pour jour après l’attentat de l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes.

Le feu a été signalé entre 4h et 5h du matin, a expliqué à l’AFP la procureure de Créteil, Laure Beccuau. Cette enseigne, « Promo & Destock », dont le propriétaire est musulman, faisait partie des deux magasins casher recouverts de croix gammées le 3 janvier. « La piste criminelle est privilégiée », a-t-elle précisé.

« Le rideau métallique a été soulevé a priori et le feu s’est déclaré dans des rayons », des indices qui suggèrent une intention criminelle, selon le parquet de Créteil.

Dans le centre commercial Kennedy, halle marchande qui regroupe plusieurs commerces au pied des tours du quartier populaire du Mont-Mesly, l’épicerie était complètement détruite et les rayons carbonisés, a constaté une journaliste de l’AFP.

« Provocation honteuse »

« Je suis juste écoeuré », a déclaré le propriétaire des lieux, un musulman de 44 ans brièvement hospitalisé après avoir fait un malaise en découvrant l’étendue des dégâts.

Les deux communautés vivent dans le « respect » à Créteil, selon lui. « Je suis musulman, je travaille dans un magasin juif, il n’y a pas d’incompatibilité », a-t-il affirmé à l’AFP sous couvert de l’anonymat.

« On essaie de créer un conflit qui n’existe pas en France. Qu’on arrête la polémique! », a-t-il également lancé.

Selon le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), l’incendie visait précisément à « punir » ce commerçant musulman pour ses liens avec la communauté juive.

Le magasin adjacent, l' »Hypercacher », qui avait lui aussi été couvert d’inscriptions antisémites la semaine dernière, a été partiellement touché mais a globalement échappé aux flammes.

« Il n’y a pas de raison qu’on soit ciblés », a commenté sur place son responsable juif, qui souhaite lui aussi garder l’anonymat.

Sur Twitter, l’ambassadeur d’Israël en France Aliza Bin Noun a aussitôt fait part de son indignation, en dénonçant une « provocation honteuse (qui) prouve l’importance de la poursuite du combat contre l’antisémitisme ».

L’enquête, ouverte pour dégradation volontaire par incendie, a été confiée à la police judiciaire du Val-de-Marne. Celle concernant les tags est menée par le commissariat de Créteil.

En l’absence de vidéosurveillance devant les deux magasins mitoyens, « on n’a pas d’éléments qui permette de faire le lien entre les deux enquêtes, en l’état », a souligné le parquet.

Un précédent en 2014

Cet incendie intervient trois ans jour pour jour après l’attentat de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, au cours duquel quatre personnes de confession juive avaient été tuées le 9 janvier 2015 par le jihadiste Amedy Coulibaly.

Les tags nazis découverts récemment à Créteil avaient déjà provoqué l’indignation des associations juives, qui les ont perçus comme une référence directe à cet anniversaire.

« Il y a une continuité entre les tags et l’incendie », a réagi sur place Albert Elharrar, le président de la communauté juive de Créteil, dénonçant « un acte lâche en ce jour de commémoration ».

Situé aux abords de Paris, Créteil abrite une importante communauté juive forte de 23 000 membres sur quelque 90 000 habitants, selon M. Elharrar.

La communauté avait déjà été marquée fin 2014 par l‘agression d’un jeune homme de confession juive et sa compagne, violée pendant le cambriolage d’un appartement. Une affaire qui avait poussé le gouvernement de l’époque à faire de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme une « cause nationale ».

« C’est quelque chose qui nous remue », a poursuivi M. Elharrar. « On essaie de vivre et d’oublier, de trouver la quiétude, mais il y a des éléments qui sèment la terreur », a-t-il regretté.

Sur place, le maire PS de Créteil, Laurent Cathala, a mis en garde contre toute conclusion hâtive. Selon lui, « il y a des conflits entre les commerçants et les dealers » dans cette halle connue pour être un lieu de trafic de drogues.

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