Emprisonné pour un voyage en Syrie, l’ex-député promet de s’opposer à l’interdiction de voyager
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Emprisonné pour un voyage en Syrie, l’ex-député promet de s’opposer à l’interdiction de voyager

Les Druzes israéliens sont la seule minorité à laquelle on interdit encore les visites "d’États ennemis", accuse l’ancien député Said Nafa

Elhanan Miller est notre journaliste spécialiste des affaires arabes

Ancien membre de la Knesset Saïd Nafa assiste à une discussion au Parlement israélien entourant la levée de son immunité politique sur un voyage non autorisé à la Syrie, le 26 janvier 2010 (Crédit : Abir Sultan / Flash90)
Ancien membre de la Knesset Saïd Nafa assiste à une discussion au Parlement israélien entourant la levée de son immunité politique sur un voyage non autorisé à la Syrie, le 26 janvier 2010 (Crédit : Abir Sultan / Flash90)

Une semaine avant de devoir entrer en prison pour purger une peine d’un an pour avoir visité un État ennemi et avoir rencontré un agent étranger en 2007, Said Nafa, ancien membre de la Knessset du parti Balad, était provocateur.

En avril 2014, le Tribunal du district de Nazareth a condamné le législateur druze pour avoir emmené 282 membres du clergé druze en voyage en Syrie en septembre 2007, violant la loi israélienne qui interdit des visites dans des États ennemis.

Lors de ce voyage, Nafa a brièvement rencontré Talal Naji, l’un des chefs officiels d’un groupe terroriste, le Front Populaire pour la Libération du Commandant général dePalestine, le deuxième délit pour lequel il a été condamné.

Une tentative présumée de Nafa de rencontre avec le chef du Hamas Khaled Meshaal, qui était basé à Damas à ce moment là, a échoué. Le verdict contre le législateur israélien a été confirmé par la Cour Suprême le mois dernier.

« Je vais en prison à cause d’une loi politique et draconienne », a déclaré Nafa mercredi au Times of Israel lors d’une conversation téléphonique depuis sa maison de Beit Jann, un village druze sur le mont Meron, dans le nord d’Israël.

« Savoir que j’ai été condamné pour des principes nobles me laisse, plus ou moins, calme ».

Nafa appartient à une minorité dans sa communauté qui s’oppose au pacte historique signé par les Druzes avec le mouvement sioniste il y a environ 70 ans. Nationaliste arabe fervent, il s’oppose à la conscription des Druzes dans l’armée israélienne, et méprise les politiciens druzes qui sont « vendus » au courant juif principal d’Israël en échange d’avantages politiques.

Depuis 2000, Nafa a facilité des visites de famille pour environ 10 000 Arabes israéliens vers la Syrie, y compris 1 000 Druzes, dans le cadre d’une initiative visant à « renouer les liens ».

Il a déclaré que si Israël autorise les Arabes musulmans à aller en pèlerinage vers des États ennemis comme l’Arabie saoudite, et les Chrétiens arabes à visiter divers pays hostiles, les Druzes, comptant 130 000 croyants d’une branche de l’islam chiite, sont le seul groupe minoritaire encore empêché de se rendre dans des États arabes officiellement en conflit avec Israël.

« La vaste majorité des familles druzes sont séparées entre le Liban, la Syrie et Israël », a déclaré Nafa expliquant qu’avant l’établissement d’Israël en 1948, les visites de famille et les rassemblements religieux dans les trois pays constituaient une routine.

« Pendant des années, nous avons frappé à toutes les portes [essayant de faire les choses légalement]. Nous avons fait appel aux tribunaux, aux ministres du gouvernement, organisé des manifestations, demandant que les Druzes aient le droit basique de pratiquer leurs croyances religieuses et de rencontrer les membres de leur famille… mais rien n’a été entendu, et nous n’avions pas d’autre choix que d’organiser ces visites même sans la permission des autorités d’Israël ».

Dans sa décision d’inculper Nafa tout en laissant libre les autres membres de sa délégation, le tribunal a statué qu’en tant que « principale figure politique », Nafa « a démontré, par ses actions, qu’il n’est pas parti pour des seuls objectifs religieux… mais pour rencontrer des officiels syriens et même secrètement un officiel d’un groupe terroriste. En tant que membre de la Knesset, l’accusé aurait pu agir légalement et obtenir démocratiquement un permis de sortie, mais, au lieu de cela, il est parti illégalement ».

« La sortie d’une délégation de cette taille, après que la demande de quitter le territoire vers la Syrie pour des raisons de sécurité, vise à rendre nulle l’interdiction et à en faire une lettre morte. Cela envoie un message au public qu’il n’y a pas besoin d’obéir ».

Nafa a affirmé que l’accusation d’avoir rencontré Naji a été « ajoutée » à l’inculpation.

Il a déclaré que 20 minutes de rencontre avec le terroriste palestinien n’a causé aucun dommage contre la sécurité d’Israël.

« Le témoin de l’accusation a lui-même déclaré que la situation domestique palestinienne a été discutée, et lorsque nous avons fini de boire le café, nous sommes simplement partis », a-t-il déclaré.

Lors d’une réunion de discussion pour savoir s’il fallait retirer son immunité parlementaire en 2010, Nafa a demandé au Procureur général de l’époque Meni Mazuz pourquoi il était traité différemment des autres législateurs arabes qui avaient visité des États ennemis comme la Syrie, le Liban et l’Arabie saoudite.

« La seule différence est que je suis druze, a déclaré Nafa. Les autorités israéliennes perçoivent les Druzes comme un bien, un troupeau qui peut seulement aller jusqu’à un certain point, mais pas plus loin. Vous ne prenez pas en considération leurs sentiments ou leurs droits individuels parce que c’est vous qui décidez jusqu’à quel point étendre ces droits ».

Pendant des décennies, a-t-il continué, Israël a tenté de séparer les Druzes « de leur nation » à travers une conscription obligatoire et d’autres méthodes.

« Tout à coup, quelque arrive et dit, ‘Assez. Nous faisons partie de cette nation.’ », a-t-il déclaré.

Un nombre limité de Druzes, pour la plupart des citoyens syriens vivant sur le plateau du Golan, reçoivent un permis spécial d’Israël pour voyager en Syrie, principalement afin d’étudier.

Ce n’est pas seulement l’élite juive que Nafa critique pour sa condamnation. Il a déclaré qu’une « partie des dirigeants druzes » soutient la position officielle d’Israël d’interdire les voyages en Syrie, où de nombreux tombeaux de saints druzes existent.

« Si la position de certains dirigeants druzes était plus ferme sur cette question, nous pourrions obtenir ce droit comme toutes les autres confessions. Mais lorsque des gens agissent dans votre dos pour des intérêts personnels, les autorités en profitent ».

Mardi, des centaines d’activistes arabes ont afflué vers Beit Jann pour participer à une manifesation organisée en solidarité avec Nafa. Lors de l’audience, on a vu les députés arabes Masud Ganaim et Abdullah Abu Maarouf, l’archevêque grec orthodoxe Theodosius, et des activistes druzes tenant des drapeaux syriens.

Muhammad Zidan, un docteur de Beit Jaan qui a aidé à l’organisation de la manifestation, a déclaré qu’il a décidé de donner de son temps car il avait le sentiment que l’ancien législateur était traité très injustement par le système.

« Les Druzes ont commencé à se reconnecter à leur partie arabe, à la rue arabe », a déclaré Zidan au Times of Israel. “Nafa n’a pas été condamné à cause de sa rencontre avec Talal Naji, mais parce qu’il est sorti de la boîte dans laquelle les autorités ont essayé de placer tous les Druzes ».

Nafa a déclaré que les Druzes israéliens ne seront pas découragés de se rendre la Syrie avec sa sentence. « Cette tendance ne va certainement pas s’arrêter », a-t-il déclaré.

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