En 1976, Rabin avait comparé les implantations au ‘cancer’
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En 1976, Rabin avait comparé les implantations au ‘cancer’

Dans des interviews jamais diffusées auparavant, le Premier ministre se montre frustré à cause de « l'un des graves dangers » pour Israël

Yitzhak Rabin et Léa dans le film "Rabin: De ses propres mots" (Crédit : Capture d'écran / Deuxième chaîne)
Yitzhak Rabin et Léa dans le film "Rabin: De ses propres mots" (Crédit : Capture d'écran / Deuxième chaîne)

Dans un enregistrement d’une interview, qui n’a pas été publiée auparavant, le cinquième Premier ministre d’Israël, Yitzak Rabin, estime que le mouvement d’implantations, encore naissant à cette époque, est « comparable au cancer » et met en garde contre le risque qu’Israël devienne un Etat « apartheid » s’il annexait la Cisjordanie et venait à intégrer la population arabe de la Cisjordanie.

L’enregistrement sera diffusé pour la première fois dans le documentaire « Rabin: De ses propres mots ».

Le film qui sortira pendant le jour du 20e anniversaire de l’assassinat de Rabin le 4 novembre 1995 par un extrémiste juif, retrace la vie de Rabin en utilisant à la fois des documents originaux et parfois des images jamais vues avant.

Cela va de la vidéo privée datant de 1949 prise par un touriste américain montrant Rabin, à l’époque où il n’était qu’un jeune officier pendant les opérations du Commandement du Sud de Tsahal, film de ses derniers jours et les heures de sa vie mouvementée, tandis que le Premier ministre lançait le processus de paix d’Oslo avec les Palestiniens.

Les enregistrements candides de Rabin ont été préservés grâce à Dan Patir, l’attaché de presse pendant le premier mandat, qui allait de 1974 à 1977, du Premier ministre Rabin, qui a enregistré avec diligence tous les entretiens du Premier ministre avec les journalistes.

Ces enregistrements comprennent des « off » de Rabin, des commentaires que les journalistes n’ont jamais publiés et qui sont présentés pour la première fois.

« Il n’y a rien de plus difficile pour un homme que de dire ce qu’il est. Il est difficile pour moi de le dire. Il est vrai que dans une grande mesure, je suis une personne ‘fermée’ », se décrit Rabin dans un moment franc au sujet de sa personnalité bien connue pour être calme et introvertie.

Quelques extraits du film, y compris un entretien avec son réalisateur et éditeur, Erez Laufer, ont été diffusés jeudi soir sur la Deuxième chaîne.

Dans l’interview datant de 1976 où Rabin se répand en critiques accablantes contre le mouvement d’implantations, il commence ses commentaires en disant : « je l’ai dit, et je demande vraiment à ce que cela ne soit pas utilisé, je ne vais pas [le dire publiquement], et je ne suis pas un fou politique parce que je dis cela ».

Il se plaint de la stratégie du mouvement d’implantations qui oblige le gouvernement israélien à affronter ses militants sur d’innombrables petites collines, bien en dehors des sommets des collines qu’ils avaient squattés.

« Dans une perspective historique, une personne peut se demander avec quoi l’Etat d’Israël était aux prises en 1976, dans un endroit piteux et insignifiant, sur une dispute mystique sur laquelle ils épinglent le problème existentiel de l’Etat d’Israël. C’est incroyable », a-t-il dénoncé.

Le fameux ton monotone et imperturbable de Rabin trahit sa colère croissante tandis qu’il se plaint du nombre croissant des implantations qui ont augmenté en nombre et en taille au cours de son mandat.

« Je vois en Gush Emunim [le « Bloc de la foi », les fondateurs idéologiques du mouvement d’implantation,] l’un des dangers les plus graves pour l’ensemble du phénomène de l’Etat d’Israël », a-t-il confié.

« Qu’est-ce qu’une ‘implantation’ de toute façon ? Quelle lutte est-ce ? Quelles méthodes ? ‘Kadum’ [une implantation] est un pet pléthorique ».

Il ajoute : « Gush Emunim n’est pas un mouvement d’implantations. Il est comparable à un cancer dans le tissu de la société démocratique d’Israël. C’est un phénomène d’une organisation qui prend la loi entre ses propres mains ».

Yitzhak Rabin jouant au ping pong dans des images rares utilisées dans le  film ‘Rabin: De ses propres mots'’ (Crédit : Capture d'écran Deuxième chaîne)
Yitzhak Rabin jouant au ping pong dans des images rares utilisées dans le film ‘Rabin: De ses propres mots’’ (Crédit : Capture d’écran Deuxième chaîne)

Encore inconnu pour les historiens ou ses compatriotes à l’époque, Rabin propose au journaliste, qui n’a pas été identifié dans les extraits de la Deuxième chaîne, ce qui pourraient être les premiers signes de son programme politique plus tard.

« Je ne dis pas avec certitude que nous n’arriverons pas [au point d’] évacuation, en raison de la population [palestinienne]. Je ne pense pas qu’il soit possible de contenir sur le long terme, si nous ne voulons pas aller à l’apartheid, un million et demi [en plus] d’Arabes l’intérieur d’un Etat juif ».

« Sur cette question », a-t-il insisté, « Je suis prêt à aller aux urnes ».

Le premier gouvernement de Rabin a chuté en 1977, conduisant à une victoire historique du Likud de Menachem Begin dans ce qui était la première défaite électorale du parti travailliste depuis la fondation d’Israël, 29 ans auparavant.

Mais en 1992, Rabin a tenu cette promesse faite en ‘off’, en remportant le poste de Premier ministre sur un programme explicite concernant la paix avec les Palestiniens et une certaine forme de retrait de la Cisjordanie et de Gaza.

L'éditeur et le réalisateur de 'Rabin :  Ses propres mots', Erez Laufer (Crédit : Capture d'écran Deuxième chaîne)
L’éditeur et le réalisateur de ‘Rabin : Ses propres mots’, Erez Laufer (Crédit : Capture d’écran Deuxième chaîne)

Le film peut raviver de nombreux débats auprès des Israéliens sur les opportunités perdues et prises, les chances de paix, les implantations et l’avenir des relations entre Israël et les Palestiniens.

En effet, c’est peut être l’une des ironies les flagrantes de l’histoire d’Israël que les retraits territoriaux dramatiques d’Israël – qui équivaut à plus des quatre-cinquièmes du territoire que le Tsahal de Rabin a conquis pendant la guerre des Six Jours en 1967, qui comprennent les retraits du Sinaï au début des années 1980 et de Gaza en 2005 – ont été réalisés non pas par les travaillistes de Rabin, mais par le Likud d’Ariel Sharon et de Begin.

« Rabin : De ses propres mots » sera présenté la semaine prochaine au festival du film d’Haifa.

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