En Alsace, le cours de « dialogue inter-religieux » peine à s’imposer
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En Alsace, le cours de « dialogue inter-religieux » peine à s’imposer

Au programme: "relever les convergences et divergences de quelques pratiques religieuses" en 5e du collège, "s'intéresser à la distinction entre savoir et croire" en 3e

Drapeau de l'Alsace (Crédit: MithrandirMage/Wikimedia Commons)
Drapeau de l'Alsace (Crédit: MithrandirMage/Wikimedia Commons)

Devant la désaffection à l’égard des cours de religion dans les écoles publiques alsaciennes, protestants et catholiques proposent une « éducation au dialogue interreligieux » à laquelle s’associeraient les cultes israélite, musulman et bouddhiste, mais sans obtenir la bénédiction de tous.

Quand la loi de 1905 sépara en France les Églises de l’État, l’Alsace et la Moselle étaient allemandes. Plus d’un siècle a passé et le droit local s’applique toujours. Les écoles publiques, de l’élémentaire au lycée, intègrent une heure hebdomadaire d’enseignement religieux à leurs programmes.

Les représentants des cultes reconnus par le Concordat de 1801 (catholique, protestant et israélite) choisissent les intervenants, payés par l’Éducation nationale, et définissent le contenu des cours.

Mais les dispenses sont désormais fréquentes. En élémentaire public, environ 49 000 élèves, soit 47 %, sont inscrits en cours de religion en Alsace. Au collège et au lycée, ils ne sont plus que 14 470 élèves, 13 % seulement.

Pour Mgr Christian Kratz, évêque auxiliaire de Strasbourg, cette situation nécessitait une réaction: « essayer de se mettre à l’écoute des besoins de la société d’aujourd’hui ».

Les attentats de 2015 ont également renforcé « la conviction qu’il fallait contribuer en tant que cultes à la fraternité au cœur de la République », explique le pasteur Christian Krieger, vice-président de l’Union des églises protestantes d’Alsace Lorraine (UEPAL).

Etude « comparée et critique »

D’où le projet d’un cours d’éducation au dialogue interreligieux et interculturel (EDII), porté par l’UEPAL et le diocèse de Strasbourg. Au programme: « relever les convergences et divergences de quelques pratiques religieuses » en 5e, « s’intéresser à la distinction entre +savoir+ et +croire+ » en 3e, ou « analyser le sens de quelques fêtes religieuses » en terminale.

« On appréhende la religion de manière comparée et critique », expose Christian Krieger. Les cultes israélite, musulman et bouddhiste seraient associés à l’élaboration des programmes et au pilotage du projet.

Mais une expérimentation sur un an dans douze lycées et collèges d’Alsace doit encore obtenir le feu vert de l’Éducation nationale.

Las d’attendre une réponse, l’UEPAL et le diocèse viennent d’adresser au ministre Jean-Michel Blanquer une lettre demandant « de pouvoir expérimenter » ces nouvelles orientations qui répondent « à un réel besoin au regard de la pluralité religieuse que connaît notre société ».

Les grands rabbins du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, le président du conseil régional du culte musulman d’Alsace (CRCM), celui de l’association des bouddhistes d’Alsace, ainsi que vingt-cinq élus régionaux ont cosigné ce courrier.

Président de la commission des Affaires culturelles et de l’Education, le député du Bas-Rhin Bruno Studer (LREM) y voit l’opportunité « de proposer un enseignement qui ne poursuive pas un objectif confessionnel et qui peut dès lors s’adresser à tous les élèves », favorisant « l’ouverture d’esprit, la réflexion et le dialogue ».

Mais le projet « ne se fera qu’avec l’autorisation du Ministre », précise-t-il à l’AFP.

« En état, les choses ne sont pas abouties. Le ministre y travaille, avec les services de l’académie », indique seulement le ministère.

Risque de « syncrétisme »

Même autorisée, l’expérimentation se limitera à l’Alsace. En Moselle, l’évêque de Metz, Mgr Jean-Christophe Lagleize, conteste le projet. « Pas opposé à l’intégration d’autres religions » aux côtés des cultes catholique, protestant et israélite, il refuse « que les enseignements actuels soient sortis du cadre confessionnel », y voyant « le risque de développer le syncrétisme religieux ».

« Si l’enjeu d’offrir une connaissance des différentes traditions religieuses à tous les élèves est tout à fait souhaitable, cela relève de la mission de l’Éducation nationale », affirme l’évêque.

Un avis partagé par les partisans de la suppression des cours de religion à l’école. « Il y a cette tentation d’essayer de faire oublier le côté religieux » pour avoir plus d’élèves, conteste Claude Hollé, secrétaire général de « Laïcité d’accord », association coordinatrice d’un collectif d’organisations laïques.

« Mais ce n’est pas possible de faire un enseignement religieux et d’être neutre ou alors ce n’est plus de l’enseignement religieux et donc ce n’est plus à eux (les représentants des cultes) de le faire, mais à l’Etat », argumente-t-il.

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