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En Iran, des entrepreneurs à bout de nerfs face à l’interminable coupure d’Internet

Une architecte d'intérieur de Téhéran a été contrainte de vendre ses objets de valeur pour subvenir à ses besoins ; le propriétaire d'une entreprise basée à Paris indique que ses commandes ont chuté en raison du confinement imposé pendant la guerre

Un carrefour dans le centre-ville de Téhéran, en Iran, le 16 avril 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP Photo)
Un carrefour dans le centre-ville de Téhéran, en Iran, le 16 avril 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP Photo)

« J’ai dû vendre des biens de valeur et de l’or juste pour payer mes employés », raconte Mahla, décoratrice d’intérieur à Téhéran, qui évoque les difficultés engendrées par la coupure d’Internet imposée par les autorités, qui accable l’économie.

Malgré le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis, en vigueur depuis le 8 avril, des millions d’Iraniens sont toujours coupés du monde numérique.

Seul l’Internet national fonctionne, ce qui est insuffisant pour permettre une activité normale dans un pays dont l’économie était déjà plombée par les lourdes sanctions internationales avant les premières frappes israélo-américaines.

Selon l’ONG NetBlocs, spécialisée dans la surveillance de la cybersécurité, qui a recensé 50 jours de coupure, du jamais vu à l’échelle d’un pays tout entier, « la connectivité internationale demeure faible, à environ 2 % des niveaux habituels ».

Mahla, 55 ans, qui n’a pas souhaité donner son nom de famille, déplore d’être privée d’un « accès correct aux outils d’intelligence artificielle, à Google ou même à ses courriels » :

Les mois d’hiver précédant Norouz, le nouvel an iranien célébré en mars, permettent en principe d’engranger des revenus permettant de financer une grande partie de l’exercice annuel.

Mais depuis les manifestations anti-régime de janvier, au cours desquelles l’accès à Internet avait déjà été coupé, « et surtout pendant la guerre, la situation est restée instable », explique la quinquagénaire, qui a fini par ne conserver qu’un seul employé.

Des millions de dollars par jour

À la longue, les restrictions pèsent sur le moral des entrepreneurs.

« Beaucoup de gens ne peuvent plus travailler. Ils se sentent épuisés, dépassés, sans espoir », constate-t-elle, fulminant contre ceux qui « profitent de la situation pour vendre de faux VPN et arnaquer les gens ».

« La situation de l’emploi était déjà mauvaise, maintenant elle est pire encore », s’agace Mahdi, 49 ans, comptable à Téhéran.

« Pour trouver du travail, il faut avoir accès à Internet, mais ça ne fonctionne pas. Et les offres d’emploi sur les sites ne sont pas mises à jour. »

Il est très difficile d’établir la réalité des chiffres dans un pays où toute communication est verrouillée.

Mais la coupure d’Internet a clairement « infligé des dommages considérables à l’économie numérique », assurait cette semaine sur le réseau social X l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA).

Des Iraniens participant à une manifestation anti-régime, à Téhéran, en Iran, le 9 janvier 2026. (Crédit : UGC/AP)

Le ministre des Télécommunications, Sattar Hashemi, évalue les pertes à près de 30 millions d’euros par jour.

Ces chiffres sont corroborés par le site de fact-checking Fact Nameh, qui a publié, comme d’autres sites, des extraits du discours du 13 avril d’Afshin Kolahi, patron du groupe d’ingénierie, d’informatique et d’énergie Rahnama.

Le dirigeant évoquait un impact direct de 30 à 40 millions de dollars par jour.

« Nous perdons l’équivalent de deux centrales électriques de taille moyenne par jour, et c’est de notre fait », notait-il.

 « J’ai perdu le contact »

Les entrepreneurs basés à l’étranger le savent mieux que quiconque.

Maryam, 38 ans, dirige une société en ligne installée à Paris et emploie trois salariés à Téhéran, auxquels s’ajoutent 40 personnes liées à des projets spécifiques.

« Ces deux derniers mois, nous n’avons reçu que dix commandes, dont quatre seulement après le cessez-le-feu décrété le 8 avril, alors que nous en recevions habituellement trois ou quatre par jour », détaille-t-elle.

Un panneau d’affichage sur les négociations entre les États-Unis et l’Iran visible près du lieu de la rencontre, à l’hôtel Serena, à Islamabad, au Pakistan, le 12 avril 2026. (Crédit : Anjum Naveed/AP)

« Nous avons un site web en .com, ainsi que des comptes sur Telegram, WhatsApp et Instagram, et aucun de ces services n’est facilement accessible en Iran. »

« Je ne peux même pas communiquer avec mes employés, car je ne veux pas utiliser les applications iraniennes pour des raisons de sécurité. J’ai pratiquement perdu le contact avec les personnes avec qui je travaille depuis la première semaine de la guerre. »

De temps à autre, des rumeurs font état d’un retour imminent du réseau. Mais même après la vague de contestation de janvier, il n’a été rétabli que partiellement, avant d’être de nouveau coupé totalement avec le conflit.

L’espoir est donc ténu. Amir, 40 ans, n’y croit plus. Jour après jour, sa colère contre la République islamique demeure.

« Aujourd’hui encore, ils ont annoncé que les conditions n’étaient pas favorables au rétablissement de la connexion », a-t-il déclaré vendredi à l’AFP.

« Mais ils ne disent jamais que c’est notre droit, seulement que [la coupure] est mauvaise pour l’économie ! »

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