En Israël, un système d’alerte amélioré à chaque nouvelle guerre
Depuis le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre de Gaza, « plus de 60 000 missiles, roquettes, drones et engins volants ont été tirés vers Israël »

Entre deux guerres avec le régime iranien, le système d’alerte du Commandement du Front intérieur (défense passive israélienne) a été considérablement amélioré, grâce à l’innovation technique et à l’intelligence artificielle (IA), afin de rendre la vie des Israéliens sous la menace des missiles iraniens moins pénible.
Sarah Chemla, 32 ans, vit dans le centre de Tel Aviv. Son deuxième enfant est né en juin 2025 dans une salle de travail installée dans l’abri souterrain d’un grand hôpital, au cours de la guerre de douze jours.
Depuis le début de la nouvelle guerre déclenchée le 28 février par l’attaque conjointe américano-israélienne contre la République islamique , sa vie – comme celle de tous les habitants de Tel Aviv, cible régulière des missiles iraniens – est rythmée par les sirènes appelant la population à gagner les abris.
Mais elle a constaté un changement majeur.
« Avant, ça sonnait partout à Tel Aviv dès qu’un missile visait la région », dit-elle à l’AFP. «
« Aujourd’hui, l’alerte est ultra-localisée. Si le projectile vise le sud de la ville, je ne reçois qu’une pré-alerte et je ne réveille plus mes enfants pour rien. »
Derrière cette évolution se cache un usage accru de l’IA.
Depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre de Gaza, « plus de 60 000 missiles, roquettes, drones et engins volants ont été tirés vers Israël », explique à l’AFP Ran Kochav, ancien commandant de la défense aérienne israélienne.
Surveillance continue
« Chaque tir a fait l’objet d’une analyse complète […] intégrant toutes ses caractéristiques : trajectoire, heure, météo, angle de tir, signature radar, … », explique ce général de réserve, aujourd’hui chercheur associé au cercle de réflexion britannique Royal United Services Institute (RUSI).
Selon la presse, le système « SkyEye » du groupe de défense israélien Elbit Systems serait également utilisé pour analyser les tirs. Installé sur des drones de haute altitude, il permet « de surveiller en continu de vastes zones [et] de capter des événements », selon le site de l’entreprise.
« L’IA collecte des millions de données et effectue ce qu’on appelle la fusion d’informations », explique à l’AFP Yehoshua Kalisky, spécialiste du laser et chercheur à l’Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de Tel Aviv.
« Elle fournit des outils de planification stratégique et de prévision à des niveaux qu’un cerveau humain ne peut pas atteindre [et] vient [ainsi] en appui aux décideurs. »
Pour chaque tir en provenance de l’Iran ou du Liban, où Israël est en guerre contre le groupe terroriste chiite du Hezbollah, allié de Téhéran, le résultat des prédictions est transmis au Commandement du Front intérieur.
Zonage
Lors de la Guerre du Liban, contre le Hezbollah, à l’été 2006, « le pays était divisé en 25 zones d’alerte. Aujourd’hui, il y en a 1 700 », explique à l’AFP une source au sein de cette branche de Tsahal chargée de protéger la population civile en temps de guerre.
Les grandes villes sont divisées en sous-zones afin d’éviter de clouer inutilement des millions de personnes dans les abris lors des fréquentes alertes déclenchées par les tirs vers Israël.
La défense passive dispose de plusieurs canaux d’information : les sirènes de rue, un site internet spécifique, les médias, une fréquence radio « silencieuse » qui ne sonne qu’en cas d’alerte pour les Juifs pratiquants qui éteignent leur téléphone pendant Shabbat, et surtout les téléphones multifonctions qui ont révolutionné la gestion de la routine de guerre.
Une application téléchargée « sur plus de 4 millions de téléphones » (pour une population de 10 millions d’habitants) selon l’armée permet de recevoir en temps réel des alertes géolocalisées, le temps alloué pour parvenir à l’abri et un message de « fin d’événement ».
Lors de la guerre contre le régime iranien en juin 2025, le Commandement du Front intérieur a ajouté à sa panoplie l’envoi de messages d’alerte sur tous les téléphones allumés dans les zones couvertes par les antennes relais.
Le 13 juin, avant l’aube, des milliers de téléphones ont ainsi retenti dans tout le pays, émettant une sonnerie stridente accompagnée d’un message annonçant qu’Israël avait attaqué l’Iran et appelant à se tenir prêt à une riposte iranienne, qui n’avait pas tardé.
Depuis le 28 février, cette sonnerie est devenue pour beaucoup d’Israéliens la bande son de la guerre. Elle fonctionne désormais comme une pré-alerte plusieurs minutes avant un possible déclenchement des sirènes, annonciateur d’un retour aux abris.







