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Édito

Entre les fanfaronnades de Trump et les manœuvres de Netanyahu, l’Iran s’approcherait-il de la bombe ?

Le Premier ministre salue une excellente réunion à huis clos avec le président US, mais la guerre engagée contre le régime iranien est loin d’être terminée et leurs priorités pourraient déjà diverger

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Des piétons passent devant un panneau d’affichage représentant le président américain Donald Trump saisi à la gorge, accompagné du message « La vengeance est inévitable » en anglais et en farsi, à Téhéran, en Iran, le 27 juillet 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP)
Des piétons passent devant un panneau d’affichage représentant le président américain Donald Trump saisi à la gorge, accompagné du message « La vengeance est inévitable » en anglais et en farsi, à Téhéran, en Iran, le 27 juillet 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP)

Le président américain Donald Trump dit vouloir en finir avec cette guerre contre l’Iran, pour de bon. Il dit vouloir la chute du régime, une chute réelle, et non son simple remplacement par des dirigeants qu’il pourrait présenter comme différents, plus fréquentables et plus rationnels, mais qui seraient en réalité tout aussi dangereux que leurs prédécesseurs, sinon davantage. Il dit vouloir un détroit d’Ormuz véritablement et durablement ouvert, et non un détroit qu’il suffirait de déclarer tel à force de le répéter. Il dit enfin vouloir que la voie iranienne vers l’arme nucléaire soit bloquée pour de bon, et non pas anéantie en apparence tout en demeurant, dans les faits, réversible, voire déjà en cours de reconstitution.

Seulement, la République islamique s’est révélée bien plus difficile à anéantir qu’il ne l’avait anticipé. À maintes reprises depuis cinq mois, depuis que lui et le Premier ministre Benjamin ont ouvert cette guerre pour – euphémismes mis à part – faire tomber le régime, Trump a décrit avec justesse les dégâts colossaux infligés par l’offensive conjointe aux capacités militaires iraniennes, et souligné le temps qu’il faudra à Téhéran pour s’en relever. À maintes reprises, il a tenté de forcer, par la seule volonté, la capitulation du régime, arguant, non sans raison, que la République islamique avait subi une défaite en règle.

Or le régime n’a pas été vaincu, tout simplement parce qu’il est toujours au pouvoir. Il est incapable de porter un regard lucide sur sa machine de guerre largement décimée, ni sur les ravages qu’il a infligés à son propre pays par sa quête de l’arme nucléaire et sa répression meurtrière de l’opposition civile intérieure, pas plus que le [groupe terroriste palestinien du] Hamas ne contemple les ruines de Gaza en regrettant le jour où il a envahi Israël. Il observe au contraire avec satisfaction l’emprise resserrée qu’il exerce sur le pouvoir, et la dissuasion accrue qu’il a instaurée contre sa propre population. Et il continue de harceler un président américain instable, imprévisible et impopulaire, peu désireux de voir son parti affronter les électeurs lors des élections de mi-mandat de novembre, en pleine guerre coûteuse, interminable et sans issue.

Avant sa rencontre de mardi avec Benjamin Netanyahu, Trump a publiquement recadré à deux reprises le Premier ministre israélien, soulignant avec insistance que c’est lui, et non le dirigeant israélien, qui définit la politique américaine à l’égard de l’Iran, et de tout le reste d’ailleurs.

Lundi, en réponse aux exhortations de Netanyahu demandant aux États-Unis de ne pas vendre d’avions de chasse F-35 à la Turquie du président Recep Tayyip Erdogan, soutien du Hamas, il a déclaré que « personne ne me dit ce que nous devons vendre et à qui ».

Et mardi, quelques heures seulement avant l’arrivée du Premier ministre à la Maison Blanche, il a fustigé Netanyahu dans un entretien accordé à Fox News, l’accusant de chercher à le pousser à attaquer le mont Kolang, lançant qu’il n’avait « pas besoin de Bibi » pour obtenir des renseignements sur le site nucléaire – « je sais exactement ce qui s’y passe », a-t-il affirmé – et s’agaçant de le voir s’exprimer publiquement sur ce que préparaient les Iraniens à cet endroit. Ses interlocuteurs n’avaient même pas mentionné Netanyahu dans leur question sur le mont Kolang, et celui-ci ne s’est en réalité pas exprimé publiquement sur ce qui s’y trame, même si deux fuites attribuées à des sources israéliennes la semaine dernière affirmaient que l’Iran avait, l’an dernier, transféré vers ce site souterrain à la fois des centrifugeuses et une partie de son stock d’uranium enrichi à 60 %.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu arrive à la Maison Blanche le 28 juillet 2026 à Washington, DC. (Crédit : Andrew Harnik/Getty Images/AFP)

Trump a ensuite choisi, fait inhabituel, de faire entrer Netanyahu à la Maison Blanche par une entrée latérale, et de tenir la presse à l’écart du Bureau ovale, n’accordant aucune question à la presse, pas même de déclarations conjointes des dirigeants. Certes, a-t-il concédé quelques heures plus tard dans une brève publication sur Truth Social, lui et son équipe avaient eu « une très bonne réunion », et « de nombreux sujets importants ont, bien sûr, été abordés ». Merci de votre attention. C’est tout ce que vous avez besoin de savoir pour l’instant. Je gère. C’est moi qui mène la barque.

De son côté, Netanyahu, qui s’était empressé de publier des photos le montrant tout sourire alors même que les discussions se poursuivaient – y compris aux côtés d’un JD Vance peu amène à son égard –, s’est félicité d’avoir eu avec Trump « l’une des meilleures » réunions qu’il ait jamais eues, déclarant plus tard sur Fox que leur alliance était « un mur de granit ».

Un proche collaborateur, absent de la pièce, mais briefé par le chef du gouvernement, a affirmé qu’aucune pression américaine n’avait été exercée pour retirer des troupes de Syrie ou du Liban, qu’aucune avancée n’avait été réclamée sur Gaza, et qu’aucune inquiétude n’avait été exprimée au sujet de l’extrémisme violent des résidents d’implantations en Cisjordanie.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le président américain Donald Trump se rencontrent dans le Bureau ovale le 28 juillet 2026. (Crédit: GPO)

Comme l’a résumé un haut responsable israélien lors d’un point presse avec des journalistes israéliens, tenu immédiatement après la réunion, « nous traversons une période critique » en ce qui concerne l’Iran, et Trump devra « bientôt décider de la direction qu’il entend prendre ».

« Nous ne lui mettons pas la pression, mais nous ne faisons pas non plus l’autruche », a déclaré ce responsable, avant de relayer l’analyse de Netanyahu selon laquelle « il n’y a pas d’autre choix » que d’attaquer à nouveau l’Iran : mener « des frappes d’envergure contre les installations nucléaires, les capacités qui ont été reconstituées et les sites qui n’avaient pas été touchés auparavant », ainsi que des frappes susceptibles « d’ébranler la stabilité du régime ».

Il s’agit effectivement d’une période critique, pour Israël, pour la région et pour le monde libre, dans ce combat décisif contre un régime dont la brutalité et la dangerosité ne sont plus à démontrer, déterminé à détruire Israël, à dominer le Moyen-Orient et à exporter son idéologie islamiste radicale aux quatre coins du monde.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le président américain Donald Trump se rencontrent dans le Bureau ovale le 28 juillet 2026. (Crédit : GPO)

C’est aussi une période critique pour les deux dirigeants, qui entretiennent des relations amicales, mais qui restent méfiants l’un envers l’autre. L’un affrontera, dans trois mois, une élection qui pourrait le chasser du pouvoir ou, au contraire, le reconduire triomphalement pour un nouveau mandat, au cours duquel il chercherait à achever sa mainmise sur l’ensemble des leviers du pouvoir israélien.

L’autre devra, une semaine plus tard, composer indirectement avec un électorat susceptible de compliquer considérablement ses deux dernières années à la Maison Blanche en privant son parti de sa majorité dans l’une ou les deux chambres du Congrès, et en multipliant notamment les obstacles à la poursuite de cette guerre.

Ces deux hommes ne souhaitent rien tant que voir le régime iranien définitivement vaincu avant leurs échéances électorales respectives. Netanyahu est presque certainement plus optimiste que Trump quant à la possibilité d’y parvenir, mais c’est aussi là que se logent ses intérêts politiques personnels. Quoi qu’il arrive, Trump sera toujours président à la fin de l’année, et peut se permettre de mûrement réfléchir au moment opportun pour intensifier l’offensive contre le régime ; Netanyahu, en revanche, pourrait bien voir sa carrière politique prendre fin si la République islamique est toujours debout le 27 octobre.

Le régime, comme on pouvait s’y attendre, exploite les termes laxistes et médiocres du mémorandum d’entente conclu en juin, que Trump a présenté, à tort, comme la réponse aux aspirations de paix de toute une région. Il manœuvre pour asseoir son emprise sur le détroit d’Ormuz, reconstitue sa puissance militaire, et, sans surprise, refuse la moindre concession sur son programme nucléaire illicite, tandis que les soixante jours de négociations vaguement prévus par le mémorandum s’égrènent en pure perte.

Image satellite fournie par Vantor montre des véhicules à l’entrée ouest du complexe de tunnels du mont Kolang Mountain, adjacent au site nucléaire de Natanz, près de Natanz, dans la province d’Ispahan, au centre de l’Iran, le 21 juin 2026. (Crédit : Image satellite ©2026 Vantor/AFP)

Mais l’essentiel est ailleurs. Dans les profondeurs du mont Kolang, où l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’a jamais eu accès, et où, quoi qu’en dise Trump, les États-Unis ne disposent ni de caméras ni d’une connaissance « exacte » de ce qui s’y passe, l’Iran pourrait déjà disposer de quantités suffisantes d’uranium enrichi à 60 %, ainsi que des centrifugeuses nécessaires pour porter cet uranium au niveau d’enrichissement requis pour fabriquer une arme nucléaire en l’espace de quelques semaines, voire de quelques jours.

Si tel était le cas, plusieurs mois seraient sans doute encore nécessaires pour aboutir à une bombe opérationnelle. Mais l’Iran aurait alors franchi ce qui constitue sans doute l’étape la plus difficile et, généralement, la plus visible sur la voie de l’arme nucléaire.

Et, dans ce cas, quoi qu’on puisse dire ou vouloir croire, la guerre contre la République islamique serait tout sauf terminée.

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