Eurovision: pour les fans, peu importe les chansons, pourvu que la fête continue
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Reportage

Eurovision: pour les fans, peu importe les chansons, pourvu que la fête continue

Les chanteurs de charme mélancoliques sont nombreux au concours, rendant plus difficile de danser sur les musiques mais pour les inconditionnels, le plaisir reste entier

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Bob Green, à gauche,  Robert Cameron et Pascal Rissewijick, qui se trouvent tous en Israël pour l'Eurovision, à bord de la navette qui les emmène aux deuxième demi-finales, jeudi soir, le 16 mai 2019 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Bob Green, à gauche, Robert Cameron et Pascal Rissewijick, qui se trouvent tous en Israël pour l'Eurovision, à bord de la navette qui les emmène aux deuxième demi-finales, jeudi soir, le 16 mai 2019 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

C’est un auditoire en liesse qui a assisté à la deuxième demi-finale de l’Eurovision 2019, pendant laquelle 18 délégations se sont présentées pour intégrer la seconde liste de dix pays sélectionnés pour participer à la finale qui aura lieu samedi soir.

Parmi les nations qui ont gagné un billet pour la grande soirée du concours, la Macédoine du nord, l’Albanie, la Suède, la Russie, l’Azerbaïdjan, le Danemark, la Norvège, la Suisse et Malte.

Jeudi soir, c’est un public nombreux arborant fièrement les couleurs de leurs pays, tout de paillettes et de costumes vêtus et brandissant leurs drapeaux nationaux qui a envahi les trottoirs, les routes et les entrées du centre des expositions de Tel Aviv – où avait lieu l’événement.

L’atmosphère est toujours joyeuse pendant l’Eurovision – et solidaire aussi, parce que ce spectacle majoritairement européen, malgré la présence de quelques pays plutôt inhabituels comme Israël, l’Azerbaïdjan et l’Australie, reste avant tout l’occasion de prendre du bon temps.

Deux fans russes dans les couleurs de leur pays pour la deuxième demi-finale de l’Eurovision jeudi soir, le 16 mai 2019 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

« C’est vraiment simplement le plaisir d’être ici », s’exclame James Cameron, un Londonien habillé des couleurs et des symboles de l’Union Jack qui assiste à sa sixième édition de l’Eurovision en compagnie de son conjoint, Bob Green, irlandais de naissance, habillé aux tons du drapeau de son pays.

Pour Cameron et Green, chaque édition de l’Eurovision est une occasion de visiter un nouveau pays. Et de faire la fête.

« C’est une chance de passer d’excellents moments », dit Cameron alors que les deux hommes se trouvent dans la navette qui les emmène au parc des expositions.

Même quand la musique – ou la plupart des chansons – s’avèrent être pour le moins médiocres, les spectacles kitsch restent une source ineffable de plaisir.

« C’est obligé que cela nous fasse rire », dit Cameron.

L’Australienne Kate Miller-Heidke chante « Zero Gravity durant la première demi-finale du 64ème concours de l’Eurovision organisé au centre des expositions de Tel Aviv, le 14 mai 2019 (Crédit : Jack GUEZ / AFP)

Il évoque dans la foulée Kate Miller-Heidke, qui interprète sa chanson perchée sur des échasses immenses.

« Qu’est-ce qu’il se passe si elle laisse tomber son micro ? », interroge Green.

Tous les passagers de la navette s’esclaffent.

Ce ne sont pas seulement les touristes qui sont fans du spectacle : kes inconditionnels de l’Eurovision adorent se rencontrer. Green et Cameron ont ainsi rencontré Pascal Rissewijick, venu des Pays-Bas, dans l’une des navettes les amenant au centre des expositions.

Pour Rissewijick, c’est la dixième fois qu’il assiste à l’Eurovision.

Pour le moment, il a classé Israël à la deuxième place du classement de ses destinations préférées dans le cadre du concours. C’est Kiev, qui a accueilli l’édition 2017, qui occupe pour lui la première marche du podium.

Rissewijick n’a même pas réfléchi à ne pas venir en Israël pour l’Eurovision, même si Cameron et Green affirment avoir reçu des messages perturbants de la part de certains de leurs amis concernant leur décision de venir à Tel Aviv.

« Il ne s’agit pas de politique ici », explique Green. « L’idée du concours, c’est bien la musique que nous avons tous en commun. »

Des fans norvégiens saluent Duncan Laurence, représentant de leur pays pour l’Eurovision, lors des demi-finales du 16 mai 2019 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Ce concours kitschissime est tellement aimé que même les journalistes qui couvrent l’événement prennent part à la fanfare.

La presse, tout comme le reste du public, doit acheter des billets pour assister aux spectacles en direct et un grand nombre des professionnels en Israël a choisi de rester dans la salle réservée aux médias – criant, dansant, se déhanchant joyeusement et agitant des drapeaux lors de la prestation, à l’écran, de leur délégation favorite pendant les deux demi-finales de mardi et de jeudi.

Ils sont aussi peu intimidés que les fans qui hurlent dans l’assistance, dans la salle, pour acclamer leurs représentants et qui brandissent des drapeaux pendant leurs prestations respectives.

« Etre dans cette pièce », c’est très particulier », dit Daniel Dunkelman, un blogueur israélien. « La scène dans la salle est merveilleuse mais c’est seulement une scène – c’est un spectacle, après tout. Elle est là pour les caméras alors c’est un peu décevant pour le public. »

La salle mise à disposition par le centre, à Tel Aviv, et qui a été rénovée pour l’événement, est considérée comme petite selon les normes du concours de chansons – avec seulement 7 300 sièges. Tandis que les prix ont été élevés pour les demi-finale et la finale du 18 mai, des représentants de Kan ont fait savoir que tous les sièges avaient été vendus pour jeudi soir.

Mais la salle réservée à la presse a permis d’accueillir un plus grand nombre de ces inconditionnels de l’Eurovision.

« Je ne veux pas être ailleurs », commente Tatiana Vinichenko, journaliste pour la télévision tchèque et fan de l’Eurovision auto-proclamée.

Le concours, cette année, pourrait s’intituler « l’Année du chanteur en solo », s’amuse Vinichenko, 18 concurrents sur 41 étant de sexe masculin et chantant seuls sur scène, debout ou assis mais toujours immobiles.

« Il n’y a pas assez de musique dansante, ils ne se déplacent pas », regrette Vinichenko. « Mais ces chanteurs dans leur majorité sont plutôt beaux. »

Et c’est ce qui compte – notamment pour un grand nombre d’homosexuels fans de l’événement.

« Pour quelle autre raison je devrais venir ? », s’esclaffe Cameron.

A la conférence de presse après la deuxième demi-finale de l’Eurovision, le 16 mai 2019 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Il y a un nombre surprenant de chanteurs masculins cette année, notamment le néerlandais Duncan Laurence, qui aime regarder la caméra avec mélancolie lorsqu’il joue du clavier, le russe Sergey Lazarev, qui reste durant tout son titre dans ce qui ressemble à une douche. Il y a également Chingiz, le représentant de l’Azerbaïdjan, qui continue à répéter son refrain « Shut Up » au grand plaisir de la foule et il y a le suisse Lucas Hanni, croisement entre les onas Brothers et les Backstreet Boys.

La majorité des fans irréductibles estiment que c’est l’Italien Mahmood qui va l’emporter, suivi par l’espagnol Miki, deux des 18 chanteurs masculins solo en lice cette année.

« La tension est réellement forte chaque année », dit Cameron, le fan britannique. « C’est pour ça qu’il faut aller se défouler dans l’Euro Club » – le club officiel de l’Eurovision où les représentants se produisent entre les demi-finales.

« Si on boit suffisamment », continue Cameron, « on peut danser sur n’importe quoi – même sur les chansons vraiment mauvaises. »

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