Rechercher

Ex-chef du Mossad: l’Iran n’est « pas plus près qu’avant » de la bombe nucléaire

Yossi Cohen affirme que Téhéran bénéficie de moins de soutien que par le passé, mais qu'Israël doit se doter des capacités nécessaires pour mener une action militaire indépendante

L'ancien chef du Mossad, Yossi Cohen, assiste à la conférence du Jerusalem Post, qui s'est tenue à Jérusalem le 12 octobre 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)
L'ancien chef du Mossad, Yossi Cohen, assiste à la conférence du Jerusalem Post, qui s'est tenue à Jérusalem le 12 octobre 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

L’ancien chef du renseignement du Mossad, Yossi Cohen, a déclaré mardi que l’Iran n’est pas près d’obtenir des armes nucléaires, contredisant les affirmations du Premier ministre Naftali Bennett et d’autres responsables selon lesquelles Téhéran est sur le point de fabriquer une bombe nucléaire.

« Je pense qu’en fin de compte, l’Iran n’est pas près d’atteindre une quelconque arme nucléaire. Il n’est pas plus près qu’avant, et c’est grâce aux grands efforts que nous avons déployés », a déclaré Cohen lors de la conférence du Jerusalem Post au Musée de la Tolérance dans le centre de Jérusalem.

« Je pense qu’ils ont moins de soutien pour ce qu’ils font que par le passé », a ajouté Cohen.

En août, le ministre de la Défense Benny Gantz avait déclaré que l’Iran n’était qu’à deux mois de l’acquisition des matériaux nécessaires à la fabrication d’une arme nucléaire. Et en juillet, l’ancien chef d’état-major de Tsahal, Gadi Eisenkot, a déclaré que l’Iran était le plus proche qu’il ait jamais été d’une bombe nucléaire.

Selon les évaluations israéliennes, même après avoir acquis les matériaux nécessaires, il faudrait encore plusieurs mois à l’Iran pour effectuer les étapes supplémentaires nécessaires à la production d’une bombe nucléaire livrable.

Lors de l’Assemblée générale des Nations Unies à la fin du mois dernier, Bennett a averti que le programme d’armement nucléaire de l’Iran était « à un point critique », ce qu’il a appelé un « moment décisif », et que « toutes les lignes rouges ont été franchies ». Il a alors déclaré : « Au cours des dernières années, l’Iran a fait un grand bond en avant, en recherche et développement dans le domaine du nucléaire, dans sa capacité de production et dans son enrichissement. »

Mardi, Bennett a accusé l’Iran de « violer de manière flagrante » les engagements pris envers l’Agence internationale de l’énergie atomique et a menacé de prendre des mesures contre Téhéran.

Le Premier ministre Naftali Bennett s’exprime lors de la conférence du Jerusalem Post, tenue à Jérusalem, le 12 octobre 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Nous n’allons pas attendre. J’attends des puissances mondiales qu’elles leur demandent des comptes », a souligné Bennett, s’exprimant lors de la même conférence. « Ce serait la voie pacifique. Il existe d’autres voies », a-t-il prévenu.

En 2018, le président américain de l’époque, Donald Trump, s’est retiré de l’accord nucléaire JCPOA de 2015 et a commencé à réimposer des sanctions. Téhéran a progressivement réduit ses engagements nucléaires depuis 2019.

Les pourparlers à Vienne sur un retour à l’accord devraient reprendre dans les semaines à venir, pour le premier cycle depuis l’arrivée au pouvoir en août du président extrémiste Ebrahim Raïssi.

Cohen, un proche confident du leader de l’opposition Benjamin Netanyahu, a été étroitement impliqué dans l’opposition de Jérusalem à l’accord de 2015.

« Je pense que l’accord sur le nucléaire [iranien] doit être complètement reformulé, et pas seulement sur un sujet », a déclaré Cohen.

Cohen a quitté ses fonctions de chef du Mossad le 1er juin après plus de cinq ans de travail. Il a été remplacé par David Barnea. Son mandat a été marqué par une guerre de l’ombre menée avec l’Iran, au cours de laquelle des espions israéliens auraient été impliqués dans le sabotage de certains aspects du programme nucléaire du pays.

Mais M. Cohen a déclaré qu’Israël devait être prêt à mener une action militaire ouverte, faisant référence aux raids de bombardement contre des installations nucléaires en Irak et en Syrie en 1981 et 2007.

« Nous devrons développer des capacités qui nous permettront d’être indépendants, afin de faire ce qu’Israël a fait dans le passé en Irak et en Syrie », a-t-il déclaré.

Sur cette image, réalisée à partir d’une vidéo du 17 avril 2021 publiée par la chaîne de télévision publique Islamic Republic Iran Broadcasting, diverses machines centrifuges bordent un hall de l’installation d’enrichissement de l’uranium de Natanz. (IRIB via AP)

Lors de la conférence, le président Isaac Herzog a déclaré que « l’agression régionale » de l’Iran était le résultat de l’impasse dans le dialogue international sur l’accord nucléaire.

Le président Isaac Herzog s’exprime lors de la conférence du Jerusalem Post à Jérusalem, le 12 octobre 2021 (Kobi Gideon, GPO).

« Ici, nous constatons l’incapacité du monde à agir de concert, à s’entendre sur une stratégie pour couper les tentacules de l’Iran au Moyen-Orient, pour freiner son programme de missiles balistiques et pour mettre fin à son programme nucléaire. L’Iran exploite cette inaction, ce manque de coordination : une menace claire pour la paix et la sécurité internationales », a déclaré M. Herzog.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...