Faisons (enfin) preuve d’une responsabilité mutuelle
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Opinion

Faisons (enfin) preuve d’une responsabilité mutuelle

La COVID ne fait pas la différence entre orthodoxes & laïcs, gauche et droite, Juifs et Arabes. Et, malgré les échecs des dirigeants, nous pouvons faire quelque chose

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

  • Une employée de Shaare Zedek, vêtue de son habit de protection, prélève un échantillon en vue d'un test de dépistage à la COVID-19 aux abords de l'unité de coronavirus de Shaare Zedek,; à Jérusalem, le 4 septembre 2020)
    Une employée de Shaare Zedek, vêtue de son habit de protection, prélève un échantillon en vue d'un test de dépistage à la COVID-19 aux abords de l'unité de coronavirus de Shaare Zedek,; à Jérusalem, le 4 septembre 2020)
  • Des Israéliens, certains portant le masque, font leurs courses au marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 25 septembre 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
    Des Israéliens, certains portant le masque, font leurs courses au marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 25 septembre 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
  • Des Juifs prient pour le pardon (Selichot) au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 26 septembre 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
    Des Juifs prient pour le pardon (Selichot) au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 26 septembre 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
  • La police et les soldats israéliens à un barrage temporaire lors du confinement national à Jérusalem, le 24 septembre 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
    La police et les soldats israéliens à un barrage temporaire lors du confinement national à Jérusalem, le 24 septembre 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

[Et c’est] pendant le jeûne de Yom Kippour que sera scellé.
Combien disparaîtront et combien naîtront ?
Qui vivra et qui mourra ?
Qui vivra le temps qui lui a été imparti et qui disparaîtra avant la fin de ce temps ?
Qui périra dans l’eau et qui par le feu ?
Qui mourra par le glaive et qui par une bête sauvage ?
Qui sera emporté par la faim et qui par la soif ?
Qui finira dans un tremblement de terre et qui dans une épidémie…

— Extrait de la prière Unetaneh Tokef des Grandes fêtes juives

En cette journée de Yom Kippour 5781, Israël se trouve aux prises avec une épidémie vicieuse – et se trouve dans une situation, face à la maladie, bien plus éprouvante que ce n’est le cas dans les autres pays du monde.

Le nombre de nouveaux cas de COVID-19 a grimpé en flèche, atteignant les 7 000 à 8 000 cas quotidiens au cours de ces derniers jours ; le taux de résultats positifs aux tests de dépistage est de 12 % à 15 % ; le nombre de malades dans un état grave, dans les hôpitaux israéliens, augmente inexorablement. Une même augmentation est constatée dans le nombre des décès consécutifs à la maladie – il s’élevait à 1 450 dans l’après-midi de dimanche.

Ces statistiques – et, de manière notable, la hausse des nouveaux cas, qui place Israël dans le triste classement des pays les plus touchés par le virus dans le monde par tête – sont d’autant plus dévastatrices qu’Israël avait semblé gérer avec une efficacité particulière la toute « première vague » de coronavirus pendant le printemps.

Les nouveaux cas confirmés de coronavirus au sein de l’Union européenne, des Etats-Unis, du Brésil, du Royaume-Uni et d’Israël : Moyenne des nouveaux cas par million sur sept jours, le 24 septembre 2020 (Capture d’écran : Financial Times)

Et nous étions tellement confiants, en effet, sur le fait que nous avions remporté la victoire sur la pandémie que Benjamin Netanyahu avait affirmé aux Israéliens, à la fin du mois de mai, que nous pouvions « sortir et reprendre notre vie quotidienne » – et, « avant tout, nous amuser », avait-il ajouté. Samedi soir, le Premier ministre – qui, il faut le reconnaître, a rapidement compris quels étaient les dangers posés par le virus et qui avait pris la décision ferme de boucler le pays lorsque la maladie avait frappé pour la première fois – a reconnu que des erreurs avaient été commises en mettant trop rapidement un terme au confinement.

Pour un virus ostensiblement simple, la COVID-19, s’avère-t-il, entraîne beaucoup de confusion – une confusion meurtrière. Mais parmi les moyens de lutte essentiels pour restreindre son impact, affirment la majorité des experts, l’interdiction des rassemblements en espace clos, le maintien d’une distanciation sociale de deux mètres entre les individus, le port du masque et la mise en place d’un système et de procédures de suivi rapides et précises sont vitales pour mettre un terme à la chaîne de contagion.

A l’origine du malheur qui frappe actuellement Israël, il y a eu l’échec à mettre en place ces moyens de défense. Et cet échec a été exacerbé par des considérations politiques malencontreuses – de manière lamentable.

Les inquiétudes relatives à la « stigmatisation » de la communauté ultra-orthodoxe et, à un moindre niveau, de la communauté arabe, en raison de leurs taux d’infection relativement élevés ont entraîné l’effondrement du système dit « de signalisation » qui avait été introduit par l’homme fort de la lutte contre le coronavirus au sein de l’Etat juif, Ronni Gamzu, et qui visait à se focaliser et à confiner les « zones rouges » de l’épidémie de coronavirus en Israël. Et finalement, la contagion a pu continuer à se propager – avec des effets désastreux dans certains secteurs ultra-orthodoxes – jusqu’à ce que la nation toute entière se trouve tout d’abord soumise à un « confinement » plutôt lâche et quelque peu tardif, puis, aujourd’hui, sous la coupe d’une fermeture plus stricte.

Un conflit invalidant avec pour refrain « Pourquoi nous et pas eux ? » a fait son apparition lorsque la nécessité d’interdire les prières à l’intérieur des synagogues pendant toute la période des Grandes fêtes et au-delà a émergé – et certains politiciens ultra-orthodoxes, tout en reconnaissant le caractère impératif de la décision, s’y sont opposés dans la mesure où les manifestations en plein air réclamant la démission du Premier ministre n’étaient pas interdites de manière similaire.

Le droit à la prière est sacré. Le droit de manifester est un pilier de la démocratie. Un gouvernement profitant d’une confiance publique raisonnable aurait été en mesure de garantir que ces droits seraient maintenus au cours d’une pandémie – en établissant un cadre pour les prières, pour manifester, tout en respectant scrupuleusement les exigences vitales de distanciation sociale. Mais le gouvernement d’Israël le plus large – et qui, par conséquent, devrait être le plus largement représentatif – de toute l’Histoire de l’Etat juif ne bénéficie pas d’une telle crédibilité.

La seule institution israélienne dotée des personnels, de l’expertise logistique et de la discipline permettant de superviser un système de suivi – c’est une évidence – est l’armée. Et pourtant, les militaires n’ont pas été impliqués dans cette mission avant que la seconde vague de COVID-19 ne se soit abattue lourdement sur nous – parce que, explique l’ex-ministre de la Défense et Premier ministre aspirant Naftali Bennett, Netanyahu ne souhaitait pas donner cette responsabilité à son rival. De surcroît, le système qui a dorénavant été mis en place ne devrait pas être pleinement opérationnel avant le mois de novembre.

Israël est officiellement soumis à un confinement jusqu’au 10 octobre mais, au vu des taux de contagion, des pressions croissantes subies par les hôpitaux, et des retards accumulés dans la mise en place d’un suivi efficace, le ministre de la Santé et son directeur-général indiquent que ce bouclage du pays pourrait durer bien plus longtemps, avec toutes les conséquences sociales et économiques terribles que cela engendrera.

Nous sommes à la fois impuissants devant le divin, et responsables de nos actions et de ce qu’elles entraîneront

Dimanche soir, nous commençons le jour du Grand pardon, les 25 heures d’introspection obligatoires figurant dans le calendrier juif – une période solennelle où notre destin pour l’année à venir est scellé. Nous sommes à la fois impuissants devant le divin et responsables de nos actions et de ce qu’elles entraîneront. Et, comme nous le dit le Talmud, nous sommes aussi responsables les uns des autres – du bien-être de chacun.

La COVID-19 ne fait pas la différence entre Orthodoxes et laïcs, gauche et droite, Juifs et Arabes. Mais apparemment, elle a ses limites. Elle ne peut pas franchir de longues distances. Elle peut être arrêtée. Que notre gouvernement agisse ou qu’il n’agisse pas, nous, le peuple, avec un peu de bon sens et de volonté commune, nous pourrons tenir le coronavirus en échec.

« Qui dans une épidémie ? » Moins, bien moins, si nous pouvons faire preuve d’un esprit nouveau de responsabilité mutuelle.

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