Fermer l’UNRWA ne réglera pas le problème des réfugiés palestiniens
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Fermer l’UNRWA ne réglera pas le problème des réfugiés palestiniens

Le chef de l'UNRWA s'inquiète du retrait par les USA de la question des réfugiés des négociations, salue les pays donateurs qui ont promis des contributions

Le chef de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens [UNRWA], Pierre Krahenbuhl, s'entretient avec un journaliste lors d'une interview accordée à AP le 27 septembre 2018 à New York. (AP/Andres Kudacki)
Le chef de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens [UNRWA], Pierre Krahenbuhl, s'entretient avec un journaliste lors d'une interview accordée à AP le 27 septembre 2018 à New York. (AP/Andres Kudacki)

NATIONS UNIES – Confronté à une crise financière après que les États-Unis ont réduit leur financement, le chef de l’agence des Nations Unies qui aide 5,3 millions de réfugiés palestiniens affirme que le problème de leur bien-être continuera à exister qu’il y ait de l’argent ou non – et surtout si son organisation est contrainte de fermer boutique.

Bien que l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) ait eu de bonnes nouvelles mercredi avec de nouvelles promesses de dons de 118 millions de dollars, il reste 68 millions de dollars manquants pour l’exercice en cours. Et en janvier, il sera confronté au problème de la recherche de fonds pour le budget de l’année prochaine, qui s’élève à environ 1,2 milliard de dollars.

« Bien sûr, nous nous en inquiétons », a déclaré le Commissaire général de l’UNRWA, Pierre Krahenbuhl. « La question clé pour l’année prochaine sera de savoir si ces pays qui se sont montrés si généreux en nous soutenant cette année… seront-ils prêts à maintenir ces contributions ? »

Alors que Krahenbuhl a accordé jeudi une interview à l’Associated Press sur l’avenir de l’agence, le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas a déclaré à l’Assemblée générale des Nations Unies que l’UNRWA est essentielle pour des millions de personnes mais que les responsables américains « veulent tout simplement la faire disparaître complètement ».

L’UNRWA a été créée après la guerre qui a suivi la création d’Israël en 1948 pour aider les 700 000 Palestiniens qui ont fui ou ont été forcés de quitter leur foyer. Aujourd’hui, elle fournit des services éducatifs, sanitaires et sociaux à 5,3 millions de Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, ainsi qu’en Jordanie, en Syrie et au Liban.

Des élèves réfugiés assistent à une cérémonie officielle de rentrée scolaire dans l’une des écoles de l’UNRWA dans le camp de réfugiés palestinien Al-Wehdat, à Amman, Jordanie, le 2 septembre 2018. (AP Photo / Raad Adayleh)

M. Krahenbuhl a déclaré que la réduction brutale du financement américain de 300 millions de dollars au début de cette année et l’annonce faite le 31 août par le gouvernement Trump qu’il mettait fin à des décennies de financement de l’UNRWA étaient « une décision profondément regrettable et très décevante » car les États-Unis sont le principal donateur historique du programme, qui verse presque 30 % de leur budget à cet organisme.

« Mais c’est aussi une déception parce que la décision a été prise pour des raisons politiques, a-t-il dit. « Ce n’est pas par rapport à nos activités, et cela rend les choses très difficiles pour une organisation humanitaire parce que, pour des raisons politiques, nous sommes liés et confrontés aux tensions entre les États-Unis et les dirigeants palestiniens ».

« Il est très important de protéger le financement humanitaire de ces formes de politisation », a souligné M. Krahenbuhl.

En annonçant la fin du financement, les États-Unis ont qualifié l’UNRWA d’“organisation irrémédiablement défectueuse”. Jared Kushner, le principal conseiller de l’administration Trump pour le Moyen Orient, est allé plus loin dans un courriel interne publié par le magazine Foreign Policy. Il aurait appelé à un « effort sérieux pour démanteler l’UNRWA » et déclaré que l’agence « perpétue un statu quo, est corrompue, inefficace et ne contribue en rien à la paix ».

Israël, qui s’est félicité de la fin du financement américain, accuse l’UNRWA de perpétuer le conflit israélo-palestinien en enseignant la haine d’Israël dans ses écoles et en tolérant ou aidant le Hamas, l’organisation terrestre qui dirige Gaza.

Mais la principale plainte d’Israël est liée à la définition de l’UNRWA de qui peut être considéré comme un réfugié palestinien. Selon les règles de l’UNRWA, chaque descendant d’un Palestinien qui a fui ou a été expulsé pendant la guerre de 1948 a le statut de réfugié, même si ce dernier devient citoyen d’un autre pays. Ces règles sont différentes de celles de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés qui s’appliquent à toutes les autres populations de réfugiés dans le monde, qui considèrent que ceux qui sont réinstallés et naturalisés dans d’autres pays ne sont plus des réfugiés.

Les responsables israéliens ont fait remarquer que si la définition de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés fait en sorte que les populations de réfugiés diminuent avec le temps, celle de l’UNRWA a pour effet que la population considérée comme réfugié palestinien par l’ONU augmente indéfiniment. Israël affirme que la définition de l’UNRWA vise à soutenir un discours palestinien qui rejette le droit d’Israël à exister et cherche en fin de compte à le faire disparaître et à le remplacer.

Dans son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies jeudi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a qualifié l’UNRWA d’“organisation qui, au lieu de résoudre le problème des réfugiés palestiniens, le perpétue”. On estime que des dizaines de milliers de réfugiés palestiniens de 1948 sont encore en vie ; l’UNRWA recense 5,4 millions de réfugiés palestiniens. Selon les critères mondiaux de l’ONU, des millions d’entre eux ne devraient pas être considérés comme des réfugiés.

L’UNRWA a fait valoir en réponse qu’il prend en compte la définition des réfugiés palestiniens eux-mêmes, que pour des millions de Palestiniens vivant au Liban, en Syrie, en Cisjordanie, à Gaza et ailleurs, il n’y a pas de voie de naturalisation dans un autre pays à cause des politiques de ces nations, et que par conséquent, les inclure sous la tutelle humanitaire de l’UNRWA est une nécessité découlant de circonstances hors du contrôle de l’UNRWA.

Pour sa part, Krahenbuhl a rejeté jeudi les allégations de corruption et d’inefficacité, vantant la qualité des écoles de l’UNRWA et affirmant qu’il s’agissait d’une décision tacite de les ouvrir pour le nouveau trimestre scolaire qui a commencé en août.

« Le fait que des donateurs se soient manifestés – pays du Golfe, Asie, Europe, Canada et autres – nous a aidés et nous a permis de démarrer l’année scolaire », a-t-il déclaré.

Pierre Krähenbühl, Commissaire général de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) à l’école primaire de filles Rimal à Gaza City, le 22 janvier 2018. (AP Photo/Adel Hana)

M. Krahenbuhl a déclaré que les augmentations de financement « les plus remarquables » venaient des pays du Golfe – le Qatar a porté sa contribution à l’UNRWA de 1 million à 50 millions de dollars en mars, un chiffre égalé peu après par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. D’autres pays ont également augmenté leurs contributions, notamment l’Inde, qui est passée de 1 à 5 millions de dollars, ainsi que la Chine, le Japon, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Suède et certains pays de l’Union européenne.

Lors d’une manifestation des Nations unies organisée jeudi par l’UNRWA et la Jordanie, les diplomates ont déclaré que le Koweït avait promis 42 millions de dollars et que l’Union européenne avait promis 40 millions d’euros pour aider les réfugiés palestiniens cette année.

Les Palestiniens craignent que les Etats-Unis fassent pression sur les pays d’accueil pour qu’ils absorbent leurs populations de réfugiés et éliminent cette question des futures négociations de paix. Kushner et Jason Greenblatt préparent un plan de paix très attendu pour Israël et les Palestiniens. Le président américain Donald Trump a déclaré mercredi pour la première fois que les États-Unis soutiennent une solution à deux États.

M. Krahenbuhl a rappelé que le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, soutient fermement une solution à deux États et a déclaré qu’il n’y avait pas de « plan B ». Il a souligné qu’un accord de paix « doit tenir compte des préoccupations et des aspirations des réfugiés palestiniens ».

Une Palestinienne est assise avec un enfant après avoir reçu des vivres des bureaux des Nations Unies dans le camp de réfugiés de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 11 février 2018. (AFP / Said Khatib)

M. Krahenbuhl a déclaré que l’Assemblée générale des Nations Unies, d’où vient le mandat de l’UNRWA, déclare clairement que les réfugiés et les enfants, petits-enfants et descendants sont reconnus comme réfugiés. Il a noté que l’agence des Nations Unies pour les réfugiés a la même définition – bien que cette dernière comprenne des exigences liées aux conditions juridiques et humanitaires réelles de ces descendants.

« Il n’appartient pas à un Etat membre de modifier cela ou de suggérer soudainement unilatéralement qu’il y a un changement dans les chiffres », a-t-il déclaré.

Quant à ceux qui voudraient voir l’UNRWA disparaître, Krahenbuhl a déclaré : « En fin de compte, que l’UNRWA existe ou non n’est pas la question centrale ».

La question est la suivante : « La communauté internationale est-elle prête à trouver une solution politique qui est au cœur de la perpétuation de cette communauté de réfugiés 70 ans après » la guerre de 1948, a-t-il demandé.

« Je suis certain que les réfugiés palestiniens ne souhaitent rien de plus qu’un horizon qui s’ouvre et leur dise que quelque chose de différent peut être réalisé avec un État indépendant qui leur est propre », a-t-il conclu.

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