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Gantz : L’Iran est en train d’installer 1000 centrifugeuses de pointe

Pour le ministre de la Défense, le prix à payer pour s'attaquer à l'Iran sera plus élevé dans un an ; il a mis en garde Téhéran sur le transfert d'armes avancées à ses mandataires

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Sur cette capture d'écran de l'IRIB (Islamic Republic Iran Broadcasting), la télévision d'Etat, trois versions de centrifuges fabriquées dans le pays dans un programme diffusé en direct depuis Natanz, une structure d'enrichissement d'uranium en Iran, le 6 juin 2018 (Crédit : IRIB via AP)
Sur cette capture d'écran de l'IRIB (Islamic Republic Iran Broadcasting), la télévision d'Etat, trois versions de centrifuges fabriquées dans le pays dans un programme diffusé en direct depuis Natanz, une structure d'enrichissement d'uranium en Iran, le 6 juin 2018 (Crédit : IRIB via AP)

Le ministre de la Défense Benny Gantz a affirmé, mardi, que l’Iran œuvrait actuellement à terminer la production et l’installation de mille centrifugeuses avancées qui serviront à enrichir de l’uranium, notamment sur un nouveau site souterrain de l’usine nucléaire Natanz.

« L’Iran continue à acquérir des connaissances et une expérience irréversibles dans le développement, dans la recherche, dans la production et dans l’exploitation de centrifugeuses avancées. Le pays sera capable d’obtenir la matière fissile nécessaire pour une première bombe dans quelques semaines seulement », a dit Gantz lors d’une conférence organisée à l’Institut d’études sécuritaires nationales de l’université Reichmann, à Herzliya.

« Et ces jours-ci, l’Iran s’efforce de terminer la production et l’installation de mille centrifugeuses avancées de type IR6 au sein de ses usines nucléaires, et notamment dans une nouvelle usine qui a été construite dans une structure souterraine, près de Natanz », a-t-il ajouté.

Le mois dernier, le chef du groupe de veille du nucléaire des Nations unies avait confirmé que la république islamique avait établi un nouvel atelier de pièces détachées de centrifugeuses dans son usine nucléaire de Natanz.

Le directeur-général de l’Agence internationale de l’Énergie atomique, Rafael Grossi, avait déclaré que les machines avaient été déplacées de Karaj, à proximité de Téhéran, vers ce nouveau site qui, selon lui, serait installé au troisième sous-sol d’une structure souterraine, peut-être pour les protéger des frappes aériennes.

L’atelier a été établi dans l’une des salles de l’usine d’enrichissement de Natanz où se trouvent des milliers de centrifugeuses, avait ajouté Grossi.

Natanz, dans la province d’Isfahan, au centre de l’Iran, où se trouve la principale usine d’enrichissement de l’uranium du pays. (Crédit : AP)

L’usine de centrifugeuses de Karaj avait été visée par « un acte de sabotage », avait fait savoir l’Iran, au mois de juin. L’usine de Natanz, pour sa part, a essuyé deux actions de sabotage dont Téhéran a attribué la responsabilité à Israël.

Les négociations entre l’Iran et les grandes puissances, à Vienne, concernant la remise en vigueur du traité sur le nucléaire qui a été signé en 2015, sont actuellement dans l’impasse. Les parties s’inquiètent de ce que l’Iran pourrait être dorénavant sur le point de pouvoir construire une arme atomique si le pays choisit finalement d’en fabriquer une.

L’accord sur le nucléaire, le JCPOA, s’était effondré il y a quatre ans quand l’ex-président américain Donald Trump en avait retiré les États-Unis, réimposant à la place d’écrasantes sanctions à la république islamique. Cette dernière a, dans l’intervalle, largement élargi ses activités nucléaires, insistant sur le fait que ce travail est réalisé à des fins pacifiques.

« Le prix à payer pour s’attaquer au défi iranien, que ce soit au niveau mondial ou au niveau régional, est plus élevé qu’il ne l’était il y a un an et il est plus bas que ce qu’il sera dans un an », a déclaré Gantz.

Le ministre de la Défense a également affirmé que deux drones iraniens qui ont été abattus dans le ciel de l’Irak, au mois de janvier, étaient destinés aux groupes terroristes de la bande de Gaza ou de Cisjordanie.

« Le Corps des Gardiens de la révolution islamique a lancé deux drones depuis l’Iran en direction d’Israël. Entre autres choses, et en se basant sur le fait que les drones étaient équipés de parachutes, nous présumons que l’objectif de ce lancement était de les parachuter dans la bande de Gaza ou en Judée-Samarie pour qu’ils soient récupérés par les organisations terroristes », a-t-il expliqué.

Un drone iranien Shahed-136 durant un exercice militaire en Iran, au mois de décembre 2021. (Capture d’écran : Twitter)

L’armée israélienne a confirmé avoir intercepté au moins quatre drones iraniens qui volaient vers Israël, vers la Cisjordanie ou vers Gaza, ces dernières années.

Le ministre de la Défense a averti que les initiatives prises par la république islamique concernant le transfert « d’armes de précision » à ses groupes terroristes mandataires continuaient, notamment via la Syrie. « Israël continuera à déjouer ces efforts et à empêcher l’Iran de menacer ses citoyens et toutes la région », a-t-il indiqué, quelques jours après une frappe aérienne survenue dans la région de Masyaf, sur le territoire syrien, qui a été attribuée à Israël.

« La quantité de ces armements stratégiques qui se trouve entre les mains des émissaires iraniens a significativement augmenté au cours de l’année passée », a noté Gantz. « En Irak, il y a des centaines d’armes ; de nombreuses dizaines sont venues s’ajouter cette année. Au Yémen, leur nombre a grimpé l’année dernière et les Houthis en disposent également de dizaines. »

Le ministre de la Défense Benny Gantz pendant une conférence à l’Institut d’études nationales sécuritaires à l’université Reichman de Herzliya, le 17 mai 2022. (Crédit : Gilad Kvalarchik)

Évoquant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Gantz a estimé qu’Israël était à la bonne place « aux niveaux éthique et stratégique ». Il a ajouté qu’il soutenait le transfert d’équipements défensifs supplémentaires à l’Ukraine.

Israel a évité de s’aligner trop étroitement auprès d’une partie ou d’une autre depuis l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes, le 24 février. L’État juif est l’un des quelques pays entretenant des relations relativement chaleureuses à la fois avec l’Ukraine, une autre démocratie occidentale, et avec la Russie. Toutefois, la rhétorique employée par Jérusalem a changé suite aux informations qui ont fait état de meurtres de civils à grande échelle par les Russes et suite aux propos tenus par le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov, qui avait affirmé qu’Adolf Hitler avait « du sang juif ».

Si le ton de Jérusalem n’a cessé d’évoluer, s’alignant davantage sur celui qui est employé par les puissances occidentales, Israël a refusé jusqu’à présent et de manière constante de prendre part à l’effort militaire ukrainien, faisant plutôt le choix d’envoyer de l’aide humanitaire et des équipements défensifs qui sont utilisés par les services de secours.

Gantz a expliqué que soutenir l’Ukraine ne devait pas se faire au détriment des « larges considérations d’ordre opérationnel » d’Israël qui sont également, a-t-il continué, « un ancrage nécessaire pour la stabilité régionale ».

Les attaques israéliennes ont continué dans l’espace aérien syrien, qui est largement contrôlé avec Moscou, et ce malgré la détérioration des liens entre la Russie et Israël, ces dernières semaines. L’État juif s’est trouvé en porte-à-faux avec la Russie en apportant un appui de plus en plus visible à l’Ukraine tout en cherchant à conserver sa liberté de mouvement dans le ciel de la Syrie.

L’AFP a contribué à cet article.

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