GB : Theresa May perd sa majorité absolue
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GB : Theresa May perd sa majorité absolue

Appelée à démissionner, la Première ministre perd son pari et plonge le pays dans le doute juste avant de négocier sa sortie de l'UE

Theresa May, Première ministre britannique, devant le siège du parti conservateur à Londres, quelques heures après la fermeture des bureaux de vote, le 9 juin 2017. (Crédit : Ben Stansall/AFP)
Theresa May, Première ministre britannique, devant le siège du parti conservateur à Londres, quelques heures après la fermeture des bureaux de vote, le 9 juin 2017. (Crédit : Ben Stansall/AFP)

La Première ministre britannique conservatrice Theresa May était pressée de démissionner vendredi, au lendemain d’élections qui ont vu son parti perdre la majorité absolue au Parlement, un résultat choc qui plonge le pays dans l’incertitude peu avant l’ouverture des négociations du Brexit.

C’est un échec personnel pour May, qui avait convoqué ces élections législatives anticipées en comptant en obtenir une majorité renforcée pour négocier la sortie de l’Union européenne.

Les conservateurs sont en tête du scrutin mais ont perdu une douzaine de sièges, tandis que l’opposition travailliste en a gagné une petite trentaine, selon ces résultats quasi finaux au terme desquels les Tories ne peuvent plus obtenir de majorité absolue.

May, qui disposait d’une majorité de 17 sièges dans le Parlement sortant, espérait avoir les coudées franches pour négocier un Brexit « dur » avec les 27 à partir du 19 juin, un an après le référendum pour la sortie de l’Union européenne

Mais les travaillistes de Corbyn, tenant de l’aile gauche et qui a mené une campagne jugée réussie, ont contrarié ces plans. Largement réélu dans sa circonscription d’Islington, au nord de Londres, il a immédiatement appelé May à la démission.

Jeremy Corbyn, chef du Labour britannique, à la sortie du bureau de vote, dans le nord de Londres, le 8 juin 2017. (Crédit: Daniel Leal-Olivas/AFP)
Jeremy Corbyn, chef du Labour britannique, à la sortie du bureau de vote, dans le nord de Londres, le 8 juin 2017. (Crédit: Daniel Leal-Olivas/AFP)

« Elle a perdu des sièges conservateurs, perdu des voix, perdu le soutien et la confiance. C’est assez pour qu’elle parte et laisse la place à un gouvernement vraiment représentatif », a-t-il déclaré.

Au sein même des Tories, l’ancienne ministre Anna Soubry a estimé que la Première ministre devait envisager une démission, soulignant qu’elle se trouve « dans une situation très difficile ».

May, reconduite à Maidenhead, s’est contentée d’affirmer que « quels que soient les résultats », son parti « assurer[ait] la stabilité » dont « le pays a besoin ».

Chute de la livre

Dès la fermeture des bureaux, la projection de ce résultat avait provoqué une chute de la livre sterling à New York, tant face à l’euro que face au dollar.

« Il semble qu’il va y avoir de l’instabilité et qu’il sera plus difficile pour le gouvernement britannique de négocier le Brexit avec une position ferme », relève Tony Travers, de la London School of Economics (LSE).

Les conservateurs doivent désormais composer une coalition avec un autre parti, par exemple les Unionistes irlandais, ou se résoudre à former un gouvernement minoritaire. Dans les deux cas, les négociations pourraient retarder le calendrier du Brexit.

Dépouillement dans un bureau de vote de Londres, le 8 juin 2017. (Crédit : Isabel Infantes/AFP)
Dépouillement dans un bureau de vote de Londres, le 8 juin 2017. (Crédit : Isabel Infantes/AFP)

Pour Mike Finn, de l’université de Warwick, le Royaume-Uni s’expose « à une période de coalition ou à de nouvelles élections ». Résultat: « toute l’approche du Brexit est remise en question. »

A gauche, les indépendantistes écossais du SNP essuient de lourdes pertes, à 34 sièges contre 54 précédemment, selon des résultats quasi finaux. Leur numéro 2, Angus Robertson, ainsi que leur ancien leader, Alex Salmond, sont battus.

Les Libéraux-Démocrates, seul parti résolument europhile, gagne 4 sièges à 12 mandats, selon ces résultats. Les Lib-Dem ont prévenu jeudi soir qu’il n’y aurait « pas de coalition. Pas d’accord » avec les autres partis.

Le parti europhobe Ukip perd son unique siège.

Campagne réussie de Corbyn

« C’est un désastre pour Theresa May. Son leadership est remis en question et elle sera sous pression pour démissionner si les résultats se confirment », a souligné Iain Begg, professeur à la LSE, à l’AFP.

Quant au SNP, son net recul est « une très mauvaise nouvelle » pour « sa revendication d’un deuxième référendum » sur l’indépendance de l’Ecosse, selon l’expert.

« Le grand pari de May échoue », résumait le quotidien conservateur Times dans un titre barrant sa une.

« C’est mon pire cauchemar qui devient réalité », affirme pour sa part Hélène Thomas, 36 ans, qui a suivi la soirée électorale dans un bar de Londres, où elle espérait célébrer la victoire de Mme May.

Après les surprises du Brexit et de l’élection de Donald Trump, « c’est la leçon des deux dernières années », estime Brian Klaas, de la London School of Economics. « Les électeurs n’aiment pas qu’on prenne leur vote pour acquis. »

Le chef du premier parti d'opposition britannique  Jeremy Corbyn (à gauche) s'exprimant durant un discours de campagne électorale en vue des législatives au centre de Londres le 26 mai 2017 et la Premier ministre britannique  Theresa May (à droite) prenant la parole lors du lancement du manifeste écossais à  Edinburgh le 19 mai 2017 (Crédit :  ( Daniel LEAL-OLIVAS AND Dan Kitwood/AFP PHOTO)
Le chef du premier parti d’opposition britannique Jeremy Corbyn (à gauche) s’exprimant durant un discours de campagne électorale en vue des législatives au centre de Londres le 26 mai 2017 et la Premier ministre britannique Theresa May (à droite) prenant la parole lors du lancement du manifeste écossais à Edinburgh le 19 mai 2017 (Crédit : ( Daniel LEAL-OLIVAS AND Dan Kitwood/AFP PHOTO)

Theresa May avait convoqué le scrutin en avril, contrairement à ses propres engagements, en espérant surfer sur des sondages créditant son parti d’une avance de 20 points sur le Labour.

Mais Corbyn a mené une campagne dynamique, multipliant les meetings au contact des électeurs et exploitant plusieurs faux pas de May, notamment sur la protection sociale.

Le Brexit a été paradoxalement éclipsé durant la campagne par les questions de la protection sociale et de la sécurité, dans ce pays frappé par trois attentats en moins de trois mois.

La question de la sortie de l’UE a cependant été à l’esprit de nombreux électeurs au moment de voter.

« J’ai fait mon choix sur ces deux questions : avoir un bon accord sur le Brexit, et la sécurité », soulignait à l’AFP Angus Ditmas, 25 ans, à Londres.

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