Gigantesque manifestation anti-Netanyahu à trois jours des élections
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Gigantesque manifestation anti-Netanyahu à trois jours des élections

Le son des petites vuvuzelas se mêlait à la basse vibrante d'un groupe de hip-hop et les drapeaux israéliens se mélangeaient aux affiches "dégage !" ou "allez voter"

Des manifestants anti-Netanyahu se rassemblent devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem le 20 mars 2021, quelques jours avant les élections en Israël. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)
Des manifestants anti-Netanyahu se rassemblent devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem le 20 mars 2021, quelques jours avant les élections en Israël. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

« Dégage ! » Des milliers d’Israéliens manifestaient samedi soir à Jérusalem leur opposition au Premier ministre Benjamin Netanyahu, en première place dans les sondages à moins de trois jours de nouvelles élections législatives cruciales à sa survie politique.

Depuis fin juin, des manifestants de réunissent chaque samedi soir, après la pause hebdomadaire du Shabbat, à Jérusalem et dans l’ensemble d’Israël pour des rassemblements contre le chef de gouvernement, inculpé pour corruption dans trois affaires et critiqué pour les aides jugées insuffisantes aux travailleurs ayant perdu leur emploi avec la pandémie.

Mais ce 39e samedi de protestation, devant la résidence officielle de M. Netanyahu, rue Balfour à Jérusalem, a une signification particulière à quelques jours de l’ouverture des bureaux de vote, mardi matin, pour les quatrièmes élections législatives israéliennes en mois de deux ans.

« C’est la première fois que nous venons aux manifestations et nous espérons qu’elles auront un impact sur ceux qui ne savent pas encore pour qui voter », a affirmé Hagit, jeune mère de famille présente à Jérusalem.

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Le son des petites vuvuzelas se mêlait à la basse vibrante d’un groupe de hip-hop et les drapeaux israéliens se mélangeaient aux affiches « dégage ! » ou « allez voter ».

« Question de vie ou de mort »

Simon, crâne légèrement dégarni et cheveux poivre et sel, a fait la route depuis la métropole Tel-Aviv pour ce dernier grand rassemblement avant les législatives.

« Je viens ici tous les samedis. Au début nous étions 5 000 à 10 000, puis le coronavirus a pris le dessus et le nombre de manifestants a diminué. Mais ce soir nous serons encore plus qu’au début », assure-t-il alors que des dizaines et des dizaines de bus de protestataires convergeaient vers Jérusalem.

« Les gens ne vont pas passer de droite à gauche (ce soir) mais cet événement est important parce qu’il dit : allez voter, ne rester pas silencieux », ajoute-t-il aux côtés d’Orly, une amie habituée comme lui aux manifestations contre le Premier ministre.

« Cela fait cinq ans que je proteste contre lui. Et là, ce sont les élections et c’est une question de vie ou de mort pour nous », lance-t-elle à travers son masque sanitaire sur lequel est écrit en rouge « crime minister », pour désigner M. Netanyahu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et son partenaire de coalition, le ministre de la Défense Benny Gantz, tous deux masqués en raison de la pandémie de coronavirus COVID-19, arrivent pour assister à une cérémonie de remise de diplômes aux nouveaux pilotes sur la base aérienne d’Hatzerim près de Beer Sheva, le 25 juin 2020. (Ariel Schalit / POOL / AFP)

Les trois derniers scrutins avaient placé M. Netanyahu et son rival, l’ex-chef de l’armée et centriste Benny Gantz, au coude-à-coude. Après les troisièmes législatives, M. Gantz avait décidé de s’allier à son ennemi politique pour former un gouvernement « d’union et d’urgence » face à la crise sanitaire, qui n’a survécu que quelques mois.

Débat électoral ?

Depuis, l’étoile politique de M. Gantz a pâli, et M. Netanyahu, 71 ans dont les douze derniers au pouvoir, affronte principalement le centriste Yaïr Lapid, le frondeur Gideon Saar, qui a quitté le Likud du Premier ministre pour former son propre parti, et le ténor de la droite radicale Naftali Bennett.

Or les derniers sondages, publiés vendredi par la presse israélienne, créditent le Likud d’une trentaine de sièges, sur les 120 de la Knesset. La formation de M. Lapid en obtiendrait près d’une vingtaine et celles de MM. Bennett et Saar une dizaine chacune.

Si Benjamin Netanyahu caracole toujours en tête des sondages, jouant à fond la carte du succès de la campagne de vaccination anti-coronavirus -près de 50 % des neuf millions d’Israéliens ont reçu les deux doses du vaccin Pfizer-BioNTech -, il pourrait toutefois manquer d’appuis pour former un gouvernement.

Avec ses alliés de la droite religieuse, le Likud de M. Netanyahu obtiendrait une cinquantaine de sièges selon les derniers baromètres, un score en deça du seuil requis (61 députés) pour former un gouvernement. Face à lui, M. Lapid et les partis anti-Netanyahu n’atteignent pas non plus le seuil de la majorité.

Dans cette campagne électorale menée en partie sous confinement, avant un allègement des mesures sanitaires ces dernières semaines, les partis n’ont pas tenu de grands meetings. Et si les candidats ont multiplié les interviews à la radio et les déclarations sur les réseaux sociaux, aucun débat télévisé n’a eu lieu.

Pour tenter de clore le duel, M. Lapid a lancé samedi soir une invitation à débattre au Premier ministre : « Le public israélien mérite un débat, mérite des réponses (…), les studios sont prêts, les modérateurs sont prêts et nos deux podiums attendent ».

Après des heures à s’époumoner, des manifestants ont nettoyé la place de France, coeur de la contestation, ramassant les tracts jonchant le bitume avant de glisser, dans quelques jours, leur bulletin dans l’urne.

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