Grève à Téhéran: Liberman soutient les Iraniens en colère contre le gouvernement
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Grève à Téhéran: Liberman soutient les Iraniens en colère contre le gouvernement

Les protestataires fustigent le gaspillage de l'argent destiné à des groupes terroristes dont le Hamas et le Hezbollah

Manifestation dans les rues de Téhéran, le 25 juin 2018. (Crédit : AFP / ATTA KENARE)
Manifestation dans les rues de Téhéran, le 25 juin 2018. (Crédit : AFP / ATTA KENARE)

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a écrit un tweet en perse adressé aux citoyens iraniens, apparemment afin de corroborer les reproches qu’ils font à leur gouvernement, de soutenir davantage leurs alliés régionaux dont des groupes terroristes, au détriment des citoyens.

« Citoyens d’Iran, où votre argent est-il allé ? », commence son message, selon une traduction fournie par le bureau de Liberman.

L’Iran, écrit-il, « en dépit de difficultés économiques internes, continue d’investir des milliards en Syrie, pour le Hezbollah, le Jihad islamique [palestinien], les Houthis au Yémen et les milices chiites en Irak ».

Liberman a ajouté que Téhéran a injecté 2,5 milliards de dollars dans ces groupes en 2018, et au fil des ans, 14 millions en millions uniquement en Syrie.

Ses propos surviennent au lendemain des manifestations à Téhéran, qui portaient essentiellement sur l’investissement du régime dans les alliés militaires, au détriment d’un effondrement économique dans le pays.

Certains des manifestants avaient crié « mort à la Palestine ».

Le président iranien Hassan Rouhani a appelé mardi à l’unité nationale afin de préserver la « confiance » et l' »espoir » de la population dans un climat de tensions internes croissantes face à la situation économique du pays.

Rouhani a tenu ces propos alors que les commerçants du Grand Bazar de Téhéran, soutien traditionnel du système politique iranien, observent depuis lundi un rare mouvement de grève pour protester contre la dépréciation continue de la monnaie nationale et les entraves à l’activité économique dont ils rendent le pouvoir responsable.

« Les médias, les universitaires, les prêcheurs, les séminaires [chiites], tous ceux qui prennent la parole en public, le Parlement, le système judiciaire, tous doivent joindre leurs efforts aux nôtres », a déclaré Rouhani dans une allocution télévisée à l’occasion d’une conférence annuelle organisée par le pouvoir judiciaire.

« Je vous assure que si nous pouvons sauvegarder ces deux atouts que sont l’espoir et la confiance [du peuple] nous pouvons triompher de tous les problèmes », a-t-il souligné.

« Pourquoi les gens devraient-ils s’inquiéter ? Aujourd’hui, cette inquiétude est créée par les médias des ennemis. Ils font leur travail […] mais nous attendons davantage [de soutien] de nos amis », a encore déclaré le président iranien.

Les magasins du Grand Bazaar fermés dans le cadre d’un mouvement de grève contre la dépréciation de la monnaie iranienne, le 25 juin 2018. (Crédit : AFP / ATTA KENARE)

Elu en 2013 et réélu en 2017, avec le soutien des réformateurs, Rouhani est violemment attaqué depuis plusieurs semaines par le camp ultra-conservateur – qu’il s’agisse de tribunes ou d’éditoriaux dans la presse ou de prêches d’imams de la prière dans certaines villes.

Ces critiques accusent le gouvernement de négliger les couches les plus fragiles de la population victimes de la hausse des prix induite par la dépréciation du rial, de ne pas tenir ses promesses de maintien de l’inflation, et de se concentrer au contraire sur des réformes absolument pas prioritaires à leurs yeux, comme l’admission des femmes dans les stades de foot avec les hommes.

Ils dénoncent aussi avec force l’accord international sur le nucléaire iranien, pièce maîtresse de la politique de Rouhani.

Conclu avec le Groupe 5+1 (Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne) ce pacte a permis de sortir l’Iran de son isolement en allégeant les sanctions économiques internationales à son encontre en échange d’une limitation draconienne de son programme nucléaire censée garantir que la République islamique ne cherche pas à se doter de l’arme atomique.

Mais la décision américaine annoncée en mai de sortir de l’accord a contribué à accélérer la chute du rial iranien, qui a perdu près de 50 % de sa valeur face au dollar en neuf mois, sur fond de spéculation de craintes sur l’avenir de l’économie iranienne du fait du rétablissement des sanctions économiques que les États-Unis avaient suspendues en vertu de ce texte.

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