« Honte ! », crient des manifestants au président polonais
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« Honte ! », crient des manifestants au président polonais

Dans le cadre de la loi sur la Shoah, les manifestants ont aussi interrompu le discours d'une conseillère de Duda durant des événements marquant les 50 ans d'une purge antisémite

Le président polonais Andrzej Duda au palais présidentiel, Varsovie, Pologne, 10 avril 2016. (Mateusz Wlodarczyk/Pacific Presss/LightRocket via Getty Images/JTA)
Le président polonais Andrzej Duda au palais présidentiel, Varsovie, Pologne, 10 avril 2016. (Mateusz Wlodarczyk/Pacific Presss/LightRocket via Getty Images/JTA)

VARSOVIE — Les manifestants qui se sont rassemblés contre une loi qui pénaliserait l’incrimination de la Pologne dans les événements qui ont entouré l’Holocauste ont perturbé les allocutions faites par le président polonais et une conseillère alors que ces derniers prenaient la parole jeudi pour marquer le 50ème anniversaire d’une purge antisémite dans le pays.

Des perturbateurs de l’université de Varsovie ont crié « honte », « hypocrite » et « va-t-en du campus » à Andrzej Duda alors que le président polonais s’exprimait lors d’un événement où il a demandé pardon pour une vague antisémite qui avait forcé les Juifs à quitter le pays au mois de mars 1968.

Duda a expliqué que la Pologne d’aujourd’hui n’était pas responsable de ces événements survenus il y a cinquante ans.

« Je m’incline avec grand regret en tant que président. A tous ceux qui ont été jetés hors du pays, je voudrais dire ‘Je vous en prie, pardonnez-moi, pardonnez la Pologne et les Polonais’, » a dit Duda jeudi lors d’une commémoration de ces événements en Pologne qui sont connus sous le nom de Mars 1968.

Un certain nombre de manifestants et d’opposants au gouvernement actuel ont brandi des roses blanches comme symbole de leur mouvement de protestation.

Lors d’une commémoration simultanée organisée à la gare ferroviaire Dworzec Gdański de Varsovie, Zofia Romaszewska a elle aussi été chahutée alors qu’elle lisait un discours du président condamnant l’antisémitisme. Une personne dans le public a crié « maintenant, les autorités font la même chose » – à savoir encourager l’antisémitisme. Romaszewska s’est souvenue être venue dans cette gare il y a 50 ans pour dire adieu à ses amis Juifs.

Duda est un allié au parti du Droit et de la justice dont les politiques nationalistes sont dénoncées pour avoir entraîné une recrudescence de la xénophobie et un conflit récent avec Israël.

Au mois de mars 1968, les étudiants avaient organisé des manifestations contre la censure et en soutien aux libertés universitaires qui avaient été brutalement réprimées par le régime.

Ces manifestations avaient initialement été causées par l’interdiction d’une pièce écrite par un poète de l’époque des romantiques polonais, Adam Mickiewicz, à laquelle il était reproché de transmettre un message anti-régime. Deux des étudiants ayant protesté contre cette interdiction avaient été expulsés de l’université de Varsovie, entraînant une manifestation en leur défense.

Des factions rivales au sein du parti communiste au pouvoir avaient exploité les manifestations pour tenter de prendre le contrôle du parti, la crise atteignant son apogée avec la purge des Juifs du parti qui avaient été également renvoyés de leurs emplois qui avaient alors été assignés à des non-Juifs. Un grand nombre de Juifs avaient alors perdu leur carrière et avaient été obligés à renoncer à tout ce qu’ils possédaient ainsi qu’à leur citoyenneté polonaise. Ils avaient quitté le pays.

L’ambassadrice israélienne en Pologne, Anna Azari, a été chaleureusement applaudie durant son discours prononcé à la gare. Elle a expliqué vivre en Pologne depuis plus de trois ans et n’avoir compris que récemment comment et pourquoi, en 1968, la décision avait été prise d’organiser une campagne antisémite et de renvoyer les Juifs de Pologne.

« Depuis un mois et demi, je sais dorénavant combien il peut être facile de réveiller les démons antisémites polonais même lorsqu’il n’y a plus que peu de Juifs dans le pays », a dit Azari. « Je voudrais que la lecture de l’histoire soit ouverte et honnête. La vérité aide non seulement à comprendre le passé mais aide également à créer une société démocratique et tolérante aujourd’hui ».

Un grand nombre d’autres événements ont été organisés dans tout le pays pour marquer cet anniversaire, notamment des conférences et des rencontres avec certains Juifs qui avaient été expulsés et qui dorénavant se rendent librement dans la Pologne démocratique.

Lydia Bauman, la fille de feu le sociologue Zygmunt Bauman, se trouvait à Varsovie avec ses deux soeurs pour marquer l’événement. Elle a dit être venue avec des sentiments mitigés, les récentes expressions antisémites en Pologne lui paraissant similaires à celles de 1968.

« Je suis complètement favorable au pardon et à l’oubli mais comment pouvons-nous oublier si on nous rappelle toujours les choses ? », s’est interrogée Bauman, une artiste vivant à Londres qui était âgée de 12 ans lorsque sa famille avait été contrainte à partir.

Certains responsables polonais tentent également d’apaiser les émotions des semaines passées. La Chambre basse du parlement a adopté mardi une résolution à une majorité écrasante condamnant la campagne antisémite et rendant hommage aux manifestations anti-communistes.

Le Premier ministre Mateusz Morawiecki a dénoncé mercredi l’antisémitisme et a tenté d’attribuer la responsabilité de la purge antisémite à Moscou, qui a contrôlé la Pologne pendant des décennies de Guerre froide.

« Aujourd’hui, nous entendons souvent dire que Mars 1968 devrait être une raison d’avoir honte pour nous », a dit Morawiecki. « Je pense que mars 1968 devrait être une source de fierté », à cause des manifestations en faveur de la liberté.

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