« Il y a deux poids deux mesures quand il s’agit de démolir les maisons des tueurs », selon le père d’une victime arabe
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« Il y a deux poids deux mesures quand il s’agit de démolir les maisons des tueurs », selon le père d’une victime arabe

Hussein Abu Khdeir, dont le fils avait été brûlé vif par des Juifs, affirme qu'il n'y a "pas de justice à la Cour Suprême", qui a rejeté sa demande de démolition

Hussein Abu Khdeir, le père de l'adolescent palestinien tué Muhammed Abu Khdeir, devant chez lui à Jérusalem Est, le 21 octobre 2014. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Hussein Abu Khdeir, le père de l'adolescent palestinien tué Muhammed Abu Khdeir, devant chez lui à Jérusalem Est, le 21 octobre 2014. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le père de l’adolescent de Jérusalem Est, qui avait été brutalement tué par des extrémistes juifs en 2014, a déclaré mercredi que la décision de la Cour Suprême, qui a statué contre la démolition des maisons des meurtriers, prouve qu’il y a des règles différentes pour les Palestiniens et les Juifs.

Muhammad Abu Khdeir, 16 ans, a été kidnappé et tué à Jérusalem Est le 1er juillet 2014, par trois terroristes juifs. L’autopsie a montré qu’il avait été battu puis brûlé vif dans une forêt près de Jérusalem.

Le meurtre était vraisemblablement un acte de vengeance pour le meurtre de trois adolescents palestiniens par le Hamas un mois plus tôt.

Le parquet de Jérusalem avait condamné à perpétuité majorée à 20 ans de prison Yosef Ben David, le chef de la bande qui avait tué Abu Khdeir. Les deux autres meurtriers, mineurs au moment des faits, ont été condamnés à perpétuité pour l’un, à 21 ans de prison pour le second.

Mardi, la Cour suprême a soutenu la décision du parquet de Jérusalem, qui avait rejeté la demande des parents de la victime, qui souhaitaient la démolition des maisons des tueurs juifs, une mesure qu’Israël applique régulièrement à l’encontre des Palestiniens qui commettent des attentats.

Le père de l’adolescent tué, Hussein Abu Khdeir, a déclaré mercredi à la radio militaire que la famille avait pourtant déposé une requête pour procéder à la démolition 7 jours après le meurtre de son fils, mais les autorités israéliennes lui avaient expliqué qu’il devait attendre que l’enquête sur les suspects progresse ainsi que la condamnation.

À l’inverse, les maisons des assaillants palestiniens sont généralement démolies avant qu’un jugement ne soit prononcé, souvent dans les jours qui suivent l’attentat.

Mohammed Abu Khdeir (Crédit : famille)
Mohammed Abu Khdeir (Crédit : famille)

Abu Khdeir, qui a commémoré le troisième anniversaire de la mort de son fils, a déclaré dans un hébreu haché que la famille pensait que la Cour Suprême traitait Juifs et arabes de manière égale, mais qu’ils en ont été profondément déçus.

« Si un arabe fait quelque chose, ils détruisent sa maison en quelques jours », a-t-il dit, indiquant qu’il n’y aurait eu « aucun problème » à démolir les maisons des tueurs juifs.

Le ministère de la Défense leur avait adressé un courrier l’an dernier, qui indiquait qu’il n’y avait aucun intérêt à démolir les maisons des tueurs, dans la mesure où ce type d’attaques restent assez rares, et que le potentiel dissuasif de cette pratique n’était donc pas applicable. Suite à cette réponse, ils ont fait appel à la Cour Suprême.

L’avocat de la famille a remis en cause ce raisonnement, en évoquant le bombardement de la maison de la famille Dawabshe, qui a coûté la vie à un couple et un bébé, l’incendie dans une école juive-arabe à Jérusalem, et le coup de feu d’Elor Azaria sur un assaillant palestinien neutralisé en mars 2015.

« Apparemment, il n’y pas de justice à la Cour Suprême », a déclaré Hussein Abu Khdeir.

La décision contre la démolition ne dissuaderait pas d’autres juifs de tuer des Palestiniens, alors qu’ils auraient dû faire « quelque chose de tellement fort que personne ne songe à faire ce qu’ils ont fait à Muhammad Abu Khdeir », a-t-il ajouté.

Abu Khdeir a confié que la famille s’est rendue à plus de 38 audiences, et sont restés assis pendant des heures face « à la personne qui a brûlé vif notre fils », une « personne qui riait et qui semblait satisfait ».

Parfois, quand le tribunal entendait les descriptions précises sur la façon dont son fils a été battu et brûlé, il devait quitter la pièce.

Raoul Wootliff a contribué à cet article.

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