Iran: Gantz avertit Netanyahu de ne pas l’écarter des discussions avec les USA
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Iran: Gantz avertit Netanyahu de ne pas l’écarter des discussions avec les USA

Le ministre de la Défense a dit qu'il ne tolérerait aucune tentative présumée du Premier ministre de contourner son bureau dans les discussions sur la réintégration dans le JCPOA

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le président de Kakhol lavan Benny Gantz dans un discours hebdomadaire prononcé sur Facebook, le 22 janvier 2021. (Capture d'écran/ Facebook)
Le président de Kakhol lavan Benny Gantz dans un discours hebdomadaire prononcé sur Facebook, le 22 janvier 2021. (Capture d'écran/ Facebook)

Le ministre de la Défense, Benny Gantz, a prévenu vendredi qu’il ne permettrait pas au Premier ministre Benjamin Netanyahu de le tenir à l’écart des discussions avec la nouvelle administration du président américain Joe Biden concernant la mise en place de la politique adoptée à l’égard de l’Iran par les Etats-Unis.

« J’ai l’intention de faire en sorte que personne ne songe à intervenir – en ayant recours à toutes sortes d’astuces qui seraient susceptibles de nous mettre en danger ou en ignorant les mesures que nous sommes amenés à prendre – dans notre mission qui est d’assurer la sécurité israélienne », a déclaré Gantz dans son discours diffusé chaque semaine sur Facebook à ses abonnés, un message à peine voilé adressé à Netanyahu, qui avait contourné régulièrement Gantz dans ses relations avec l’administration Trump.

Gantz a expliqué qu’il entretenait des liens personnels étroits avec un grand nombre de membres de la nouvelle équipe chargée de la sécurité nationale aux Etats-Unis, des relations qu’il avait établies lorsqu’il était attaché-militaire à Washington et lorsqu’il était chef d’Etat-major de l’armée israélienne.

« L’administration Biden est pro-israélienne et je suis convaincu que même sur des questions importantes comme l’Iran, nous saurons trouver une écoute », a continué le ministre de la Défense.

Le ministre de la Défense Benny Gantz (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’un vote à la Knesset le 24 août 2020 pour repousser une échéance budgétaire et ainsi éviter des élections (Oren Ben Hakoon/POOL)

Cette évaluation optimiste a été faite alors que de nombreux responsables, en Israël, s’inquiètent d’une réintégration trop rapide des Etats-Unis dans l’accord sur le nucléaire que Donald Trump avait quitté, un pacte auquel Israël s’oppose.

Mercredi, la Douzième chaîne a cité un « haut-responsable israélien » qui aurait déclaré que « si Biden adopte le plan d’Obama, alors nous n’aurons pas d’éléments dont nous pourrons discuter avec lui ». L’officiel évoquait le JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action) qui avait été signé par l’ancien président américain Barack Obama en 2015.

Biden, pour sa part, prévoit de réintégrer l’accord abandonné Trump en 2018 si l’Iran s’engage à le respecter pleinement. Il chercherait, de plus, à « prolonger et renforcer » l’accord de manière à s’attaquer au programme balistique de la république islamique et aux problèmes entraînés par l’influence de Téhéran dans la région.

Ces propos anonymes ont été tenus seulement 24 heures après que le candidat de Biden au poste de ministre des Affaires étrangères, Antony Blinken, a promis aux sénateurs, lors de son audience de confirmation, qu’il évoquerait la question du pacte avec Israël et ses alliés arabes avant de réintégrer à nouveau le JCPOA. L’ambassadeur israélien aux Etats-Unis, Ron Dermer, avait appelé Biden à le faire, il y a quelques semaines.

Netanyahu, qui a averti à plusieurs occasions depuis l’élection de Biden que réintégrer le JCPOA serait une erreur, a semblé adopter une approche offensive des pourparlers sur l’Iran avec les Etats-Unis, contrairement à Gantz.

Le Premier ministre serait également enclin à tenir Gantz à l’écart sur ce dossier sensible comme il l’a fait, dans le passé, dans plusieurs autres dossiers diplomatiques majeurs. Cela avait été le cas, par exemple, des initiatives de normalisation avec les Etats arabes et musulmans.

Des étudiants de la force paramilitaire iranienne Basij brûlent des portraits du président américain en exercice Donald Trump et de son futur successeur Joe Biden, lors d’un assemblement devant le ministère des Affaires étrangères à Téhéran, le 28 novembre 2020, dénonçant l’assassinat de l’éminent scientifique nucléaire Mohsen Fakhrizadeh dans la capitale la veille. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

Au début du mois, le site d’information Walla a fait savoir que le conseiller à la sécurité nationale Meir Ben-Shabbat avait envoyé une lettre brève à Gantz ainsi qu’au ministère des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, au chef d’Etat-major Aviv Kochavi, au chef du Mossad Yossi Cohen et à l’ambassadeur des Etats-Unis Ron Drummer.

« Ce qui suit est une directive du Premier ministre : Le positionnement du gouvernement israélien sur l’accord sur le nucléaire conclu avec l’Iran sera formulé par le Premier ministre seul, sur la base de consultations menées avec le personnel du Conseil national de sécurité qui dépend du bureau du Premier ministre », a noté le courrier.

Un conseiller de Netanyahu avait déclaré à Walla que le Premier ministre avait été mécontent de propos tenus au sujet de l’accord sur le nucléaire par Gantz et d’autres hauts-responsables de l’establishment sécuritaire lors de rencontres avec le chef américain des Etats-majors conjoints Mark Milley qui, selon le Premier ministre, étaient trop modérés.

Selon le site d’information, Gantz, choqué par la missive envoyée au nom de Netanyahu, avait choisi d’y répondre dans une lettre formulée par ses soins deux jours plus tard.

Gantz avait écrit que si Netanyahu était celui qui, en fin de compte, déterminerait la politique adoptée, il n’avait pas l’autorité nécessaire pour se permettre de contourner l’establishment de la défense et le cabinet de sécurité.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef d’état-major de l’armée israélienne Aviv Kohavi lors d’une conférence de presse après que Tsahal a éliminé Baha Abu al Ata, le chef du Jihad islamique, provoquant une énorme escalade des tirs de roquettes depuis la bande de Gaza, au quartier général de l’armée, la Kirya, à Tel Aviv, le 12 novembre 2019. (Miriam Alster/Flash90)

« La question de la sécurité, en particulier en ce qui concerne le problème iranien, n’est pas l’affaire d’un seul homme », avait précisé Gantz dans sa missive.

Le ministre de la Défense avait ajouté que les préparatifs politiques devaient être menés par l’establishment sécuritaire tout entier, pas seulement par le conseil national de sécurité, qui est placé sous la compétence du bureau du Premier ministre.

La presse israélienne a néanmoins fait savoir, cette semaine, que maintenant que Biden est devenu officiellement président, Netanyahu devrait avoir une série d’entretiens concernant l’Iran avec des instances variées et notamment avec le conseil national de Sécurité, le ministère de la Défense, le ministère des Affaires étrangères, l’armée israélienne et le Mossad.

Cette querelle survient alors que les relations entre Netanyahu sont au plus bas après l’effondrement de l’accord de coalition, au mois de décembre dernier, qui a entraîné le pays vers de nouvelles élections. Ce sera le quatrième scrutin en deux années.

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