Israël à la moitié de son record précédent de cas de virus : « C’est effrayant »
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Israël à la moitié de son record précédent de cas de virus : « C’est effrayant »

Alors que la COVID-19 se propage une nouvelle fois en Israël, de nombreux médecins observent avec horreur l'augmentation des cas - et pointent les responsabilités

Des personnels de l'hôpital Tel HaShomer devant une unité créée pour recevoir les Israéliens en quarantaine après leur débarquement du navire de croisière Diamond Princess, qui avait été touché par le coronavirus, le 20 février 2020. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Des personnels de l'hôpital Tel HaShomer devant une unité créée pour recevoir les Israéliens en quarantaine après leur débarquement du navire de croisière Diamond Princess, qui avait été touché par le coronavirus, le 20 février 2020. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Alors que le nombre de malades de la COVID-19 ne cesse d’augmenter et qu’Israël se trouve dorénavant à mi-chemin de son record précédent en termes de nombre de cas actifs de coronavirus, certains professionnels du secteur de la santé réagissent avec effroi à la situation.

« C’est plutôt effrayant pour chacun d’entre nous », commente dans la journée de dimanche Amer Elemy, chef du département chargé de la prise en charge des patients atteints par le nouveau coronavirus à l’hôpital de Nazareth, auprès du Times of Israel, juste après avoir reçu un message du ministère de la Santé lui demandant de se préparer à rouvrir son unité de soins.

Le décompte de cas actifs, lundi soir – il s’élève à 4 940 – représente le double de celui du 7 juin. Lorsque ce chiffre aura encore été multiplié par deux, alors l’Etat juif surpassera son nombre record de cas actifs que le pays avait connu en date du 15 avril, avec 9 808 malades.

Elemy pense qu’Israël est dans les affres d’une seconde vague d’infection et que le pays pourrait surpasser son précédent record en quelques semaines, se retrouvant avec 1 000 nouvelles infections quotidiennes et des hôpitaux placés sous pression.

Du personnel médical dans une unité de soin du coronavirus à l’hôpital Ichilov de Tel Aviv, le 4 mai 2020. (Crédit : Yossi Aloni / Flash90)

Tandis que ce nouveau pic serait dominé par des cas légers de la maladie, le nombre d’hospitalisations grimpe. Il y a deux semaines, il avait 109 patients dans les unités des hôpitaux. Il y a une semaine, ce chiffre s’élevait à 133 et il est aujourd’hui à 205.

Le nombre d’infections, en Israël, n’avait pas cessé de chuter depuis qu’il avait atteint son pic – mais il recommence à augmenter depuis le début du mois de juin. L’état d’esprit qui domine aujourd’hui, dans les hôpitaux, n’a plus rien à voir avec celui d’il y a huit semaines, lorsque l’armée de l’air israélienne avait rendu hommage aux personnels soignants lors d’un spectacle aérien acrobatique.

Alors que les avions volaient pour honorer leur travail, les employés de la santé avaient brandi des drapeaux pour fêter la Journée de l’indépendance – mais également, avait-il semblé, pour signaler leur victoire contre le coronavirus, avec le nombre de cas qui avait commencé à baisser. Le pays se préparait à ce moment-là à rouvrir les écoles.

Aujourd’hui, les « capsules » qui conservaient les enfants, dans les classes, en petits groupes ont été abolies, ce qui signifie que les élèves (à l’exception de ceux qui se trouvent d’ores et déjà en vacances d’été) travaillent dans des salles de classe exploitées à pleine capacité. De nouvelles initiatives visant à rouvrir l’économie sont également menées à bien.

Le cabinet a donné, vendredi, le feu vert à la reprise des événements culturels rassemblant 250 personnes au total, à la réouverture des théâtres, des cinémas et des salles de mariage. Le trafic ferroviaire a également repris. Autant de changements qui entraînent une certaine nervosité chez Elemy.

Des personnels soignants du centre médical Sheba de Tel HaShomer brandissent des drapeaux lors des célébrations d’Yom HaAtsmaout, à Ramat Gan, le 29 avril 2020. (Crédit : JACK GUEZ/AFP)

« Nous devons fermer les endroits où il y a beaucoup de gens – les salles de mariage, les lieux de divertissement et les trains, ce qui sera problématique », estime-t-il.

L’ex-chef du ministère de la Santé Gabi Barbash explique pour sa part craindre des « infections massives » et il pense qu’entreprendre davantage d’initiatives en faveur d’un plus grand retour à la normale correspond à « rechercher les problèmes ».

Il commente : « La décision d’ouvrir les salles de mariage est une autre erreur dont nous paierons probablement le prix ». Barbash souligne que, selon lui, ce n’est pas seulement le nombre de cas de coronavirus qui est préoccupant mais également sa propagation géographique, avec notamment de nombreux malades répertoriés dans des secteurs qui avaient été peu touchés, comme Tel Aviv.

« Ma plus grande inquiétude, c’est la distribution géographique des cas dans tout le pays », affirme-t-il.

Gabi Barbash, directeur-général du centre médical Sourasky de Tel Aviv, le 7 avril 2020 (Capture d’écran : Douzième chaîne)

Dans les bureaux des caisses d’assurance-maladie israéliennes, les évaluations changent rapidement. Il y a seulement une semaine, la directrice de la recherche au sein des services de santé Maccabi minimisait les inquiétudes face à la hausse actuelle des cas.

Anat Ekka-Zohar avait déclaré être rassurée par l’impact national des contaminations, le virus paraissant se propager davantage parmi les jeunes et épargner les personnes âgées, qui sont plus susceptibles de développer des formes graves de la maladie.

Mais aujourd’hui, Ido Hadari, directeur-adjoint de Maccabi, en est sûr : Les choses ont changé. Il note que si la majorité écrasante des infections touche les jeunes et qu’il y a eu peu d’hospitalisations, « nous assistons aujourd’hui à une augmentation du nombre de Seniors testés positifs à la maladie et nous voyons également une hausse des formes sévères de la COVID-19. Notre optimisme a assurément baissé cette semaine ».

Et pourtant, ajoute-t-il, Maccabi n’évoque pas de « seconde vague » et son directeur émet des réserves sur un rapport militaire qui a repris ce terme, avertissant que l’Etat juif pourrait bientôt connaître des milliers de nouveaux cas de coronavirus chaque jour. Ce rapport, qui a été diffusé dans la journée de samedi par le Centre national d’information et de connaissance sur le coronavirus, a clairement établi que si des mesures n’étaient pas immédiatement prises, il pourrait y avoir encore des centaines de morts.

Ce rapport a été critiqué par l’épidémiologiste Hagai Levine, président de l’Association israélienne des médecins de Santé publique, pour son manque d’expertise médicale et son manque de transparence dans la mesure où il ne portait pas seulement le nom d’un auteur. Hadari s’inquiète également de ce que cette recherche n’a pas inclus de signature.

« L’armée a diffusé un rapport et nous devons savoir qui l’a rédigé et qui en endosse la responsabilité, de manière à ce que nous puissions entrer en contact avec les auteurs pour leur poser plus de questions et leur demander des conseils », déclare Hadari.

Il ajoute que « actuellement, Maccabi a décidé de laisser de côté la question du stade auquel nous nous trouvons aujourd’hui : Nous travaillons 24 heures sur 24 et sept jours sur sept sans nous interroger sur la possibilité que nous nous trouvions dans cette deuxième vague. Nous prenons en charge des milliers de tests par jour et nous livrons d’intenses efforts pour nous préparer pour l’hiver ».

Ronit Sarid, virologue à l’université Bar-Ilan (Autorisation : Université Bar-Ilan)

La virologue Ronit Sarid est également mal à l’aise avec le terme de « seconde vague ».

« De nombreuses personnes parlent d’une première ou d’une seconde vague, mais c’est impossible de faire la différence. C’est notre manière de tenter de catégoriser les choses dans le cadre d’un événement qui se distingue réellement par son caractère continu « , estime-t-elle.

Sarid se montre toutefois plus optimiste que Barbash, Hadari et les chercheurs de l’armée, et elle note que ce pic des contaminations était « attendu » lors de la fin du confinement, avec la reprise des activités des Israéliens.

Cette augmentation inévitable des cas a été comparée aux autres coûts induits par des restrictions intenses et leurs impacts économiques et psychologiques, continue Sarid, qui est professeure à l’université Bar-Ilan.

Elle explique que si le nombre de personnes âgées testées positives au coronavirus augmente, le fait que les jeunes soient aujourd’hui davantage touchés que leurs aînés est rassurant.

« Maintenant, nous avons plus de jeunes qui sont malades et nous pouvons gérer cette situation. Ils ne sont pas hospitalisés et ils ne nécessitent pas la même prise en charge thérapeutique », commente-t-elle.

Si Sarid maintient que la hausse des cas résulte d’une politique de calcul des risques, Barbash estime, pour sa part, que la reprise des activités a été mal réfléchie, précipitée et accompagnée de politiques inappropriées. Il pense qu’elle a été entraînée par « les pressions exercées par le public sur un gouvernement d’une grande faiblesse ».

Elemy, le médecin de Nazareth, souligne lui aussi la rapidité de la réouverture du pays, disant qu’elle a donné lieu à des contacts qui ont permis au virus de se propager, créant également une culture de la complaisance.

« L’ouverture a été problématique – l’économie s’est réouverte très rapidement et aujourd’hui, les gens se disent que le coronavirus a disparu et qu’ils ne l’attraperont jamais », dit-il.

Amer Elemy, chef de l’unité de coronavirus à l’hôpital de Nazareth (Autorisation de l’hôpital de Nazareth)

Cette reprise rapide a abouti à donner le sentiment aux Israéliens que le coronavirus n’était plus une menace et maintenant, analyse Elemy, « le public ne croit pas plus les décisionnaires, estimant qu’ils exagèrent ».

Il n’y a plus de « confiance publique dans le gouvernement », poursuit-il.

Hadari, de la caisse d’assurance-maladie Maccabi, ne s’offusque pas de la politique menée par le gouvernement – il s’indigne en revanche des comportements des Israéliens et notamment du manque de respect de l’obligation du port du masque et de l’adhésion aux directives de distanciation sociale.

« Nous devons absolument apprendre à vivre en côtoyant le coronavirus, quoi qu’on en dise. Il ne va pas disparaître demain et nous devons apprendre comment permettre à l’économie de repartir et comment vivre avec le virus. En cela, je ne pense pas que le pays a rouvert trop tôt », note-t-il.

« Le problème n’est pas là. Le problème, c’est que les gens ne sont pas suffisamment prudents et qu’ils n’assument pas suffisamment leurs responsabilités », ajoute-t-il.

Même si une hausse était inévitable, continue Sarid, le gouvernement échoue à transmettre des informations simples qui pourraient aider le public à enrayer la propagation trop rapide de la COVID-19.

« Je suis très inquiète de la manière dont on présente les choses au public », insiste-t-elle. « Les gens ont beaucoup de difficultés à savoir ce qu’ils doivent faire. La communication est mauvaise et c’est la raison pour laquelle les Israéliens font tout ce qu’ils font ».

Evoquant le retour à la normalité, elle dit que « c’est la bonne décision à prendre mais il faut absolument que le public en sache davantage sur le virus et sur les moyens de l’éviter ».

Asher Shalmon, chef des relations internationales au sein du ministère de la Santé, le martèle : Le gouvernement a fait ce qu’il devait faire, au vu des incertitudes et du manque de connaissance.

« C’est un essai à l’aveuglette dans la mesure où aucun d’entre nous ne sait réellement comment se comporte le virus », explique-t-il.

« Il était évident, quand le pays a rouvert, que les choses allaient évoluer, que les cas de virus allaient augmenter. La meilleure manière d’éviter une éruption massive de pandémie est de conserver les directives appropriées en place, et notamment celles concernant le port du masque et la distanciation sociale. »

Mais il reconnaît que les causes d’inquiétude sont réelles : « Nous avons dépassé le seuil d’avertissement, nous ne sommes plus au seuil d’avertissement. Nous sommes entrés dorénavant en zone rouge », s’exclame-t-il.

La réponse à la dangerosité de la situation, continue-t-il, est l’adhésion aux directives, ainsi qu’une limitation des loisirs et divertissements si le pic doit être dépassé.

« Il y a beaucoup à faire avec une meilleure application des règles, une meilleure sensibilisation aux raisons justifiant l’importance du respect des règles. Et si ça ne suffit pas, alors il faudra prendre des mesures », conclut-il.

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