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Israël a parcouru un long chemin en matière de sécurité alimentaire depuis 1994

À l'époque, il a fallu des milliers de malades et la propagation de l'épidémie à l'étranger pour trouver la source de la maladie ; le cas actuel aurait pu être tout aussi grave

Une usine de Bamba à Sderot, le 8 mai 2014. (Crédit: Moshe Shai/FLASH90)
Une usine de Bamba à Sderot, le 8 mai 2014. (Crédit: Moshe Shai/FLASH90)

Malgré le déferlement d’inquiétudes, de colère et de récriminations sur la gestion de l’actuelle crise israélienne de la salmonelle, la réponse à cette crise montre néanmoins les progrès réalisés par le pays en matière de surveillance et de sécurité alimentaire au cours des années écoulées.

Le plus grand rappel de produits de l’histoire du pays a commencé dimanche, car de nombreux produits fabriquées par son plus grand producteur de confiseries, Elite, sont soupçonnées de contenir des salmonelles. Certains se sont interrogés sur le temps qu’il a fallu au groupe Strauss, propriétaire d’Elite, et au ministère de la Santé pour lancer un rappel, retirer les produits des rayons, arrêter la production et indemniser les consommateurs.

Mais il y a trente ans, une épidémie de salmonelle a touché Israël pendant des mois avant que l’origine ne soit identifié – bizarrement, à Londres. Les enfants israéliens ont souffert d’infections gastriques à des niveaux très élevés ; quelque 2 200 personnes ont présenté des symptômes suffisamment graves pour être signalés, mais on pense que l’épidémie a été encore plus étendue.

La surveillance n’était pas assez stricte pour détecter la contamination avant que les produits ne soient distribués, ce qui a nécessité un rappel sans précédent des produits, entrainant la fermeture de l’usine Elite pendant trois mois et suscité l’inquiétude de nombreux consommateurs.

Cependant, la surveillance a été suffisamment efficace pour identifier rapidement que la sécurité alimentaire avait été compromise et prendre des mesures rapides. Les produits Elite sont omniprésents en Israël et, bien que les chocolats aient probablement été consommés dans un très grand nombre de foyers, peu de cas de salmonelle ont été signalés, et aucun chez les personnes âgées, qui sont les plus exposées.

L’alerte survenue au milieu des années 1990, liée à un produit tout aussi populaire que les chocolats Elite, est une étude de cas fascinante qui montre à quel point les choses auraient pu mal tourner cette fois-ci. En examinant la crise de l’époque, on frémit à l’idée de l’ampleur du préjudice qui aurait pu être causé si la vitesse de la détection et des rappels ne s’était pas améliorée.

« La surveillance s’est améliorée, la technologie s’est améliorée et la coopération des entreprises s’est améliorée », a déclaré le Dr. Tamar Shohat, épidémiologiste, qui était directrice adjointe du Centre israélien de contrôle des maladies pendant la crise des années 1990.

Des produits Elite retirés des rayons après la découverte de salmonelles sur la chaîne de production d’une usine en Galilée, le 25 avril 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le cauchemar de la santé publique a commencé en octobre 1994 lorsque des enfants ont commencé à tomber malades souffrant de problèmes gastriques. On a découvert des salmonelles – plus précisément une souche, S agona, qui n’avait quasiment jamais été détectée en Israël jusque-là.

« Jusqu’à cette époque, S agona a rarement été identifiée en Israël depuis sa première apparition en 1969 », selon l’étude faisant autorité sur cette crise, que Shohat et ses collègues ont publiée dans le British Medical Journal en 1996.

L’éruption a été nationale, et les épidémiologistes sont restés bouche bée, incapables d’identifier la source. Aucun restaurant, café, fast-food ou chaîne de restaurants n’était commun aux personnes malades.

La raison en est que le coupable est un produit tellement omniprésent que presque tous les enfants israéliens en mangent : le snack aux cacahuètes Bamba, fabriqué par Osem.

Illustration : Le snack israélien Bamba.

« Nous n’avons pas pu identifier le produit comme provenant de Bamba, car il est très largement consommé », a déclaré Shohat, notant que les snacks Elite étaient tout aussi largement consommés, ce qui signifie que si leur contamination n’avait pas été détectée à l’usine, elle aurait également pu conduire à une maladie mystérieuse.

Il a fallu que la crise prenne une dimension internationale pour que des progrès soient réalisés, car des enfants de la communauté juive d’Angleterre et du Pays de Galles ont également commencé à contracter la salmonelle. Là, il a été facile d’identifier la source, puisque Bamba n’est généralement consommé que par les familles qui veulent des aliments certifiés casher et/ou qui se sentent liées à Israël.

Les experts ont établi un lien entre leur consommation de Bamba et leur maladie, et ont mis leur hypothèse à l’épreuve. La souche de salmonelle trouvée chez les enfants était la même que celle trouvée dans les Bamba et chez tous les Israéliens se déclarant malades.

En février 1995, après cinq mois, on a interdit aux enfants israéliens de consommer des Bamba, qui étaient potentiellement contaminés ; les cas ont diminué. D’autres cas à l’international ont été évités car les familles – aux États-Unis – ont arrêté de consommer des Bamba, encouragées par la Food and Drug Administration, qui a conseillé aux gens de se tenir à l’écart des Bamba pendant un certain temps.

Bactérie Salmonella. (Crédit : iStock via Getty Images)

La contamination actuelle aurait facilement pu prendre une trajectoire similaire ; après tout, les confiseries Elite sont omniprésentes dans les foyers du pays. Mais la surveillance a été étendue, et a adopté de nouvelles technologies.

Strauss a été publiquement critiqué pour avoir attendu une semaine avant d’informer les consommateurs des premiers résultats de laboratoire. Le ministère de la Santé a défendu l’entreprise sur ce point, affirmant qu’elle avait suivi à la lettre toutes les directives applicables en pareille situation. Cette question sera débattue dans les semaines à venir. Mais dans l’ensemble, l’action a été rapide, et Strauss, la société mère d’Elite, s’est montrée préoccupée. Shohat a déclaré que la transparence de Strauss aujourd’hui, sa coopération avec les autorités et son rôle actif dans la diffusion des produits concernés contrastent avec ses relations avec Osem pendant la crise Bamba.

« Quoi qu’il arrive maintenant, il est clair que nous ne parlons pas de centaines de cas de salmonelle », a déclaré Shohat. « Cela reflète une situation par laquelle la surveillance et le contrôle se sont améliorés, et le rappel a déjà eu lieu. »

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