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Israël, accusé d’apartheid, blâme l’antisémitisme d’Amnesty UK 

Le Premier ministre Yair Lapid qualifie le rapport de l'organisation mardi de "délirant" ; un groupe pro-israélien dit qu'il s'apparente à une "diffamation du sang"

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

La rapporteuse spéciale de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Agnes Callamard, répond aux questions sur un rapport concernant le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi le 19 juin 2019, à Genève. (Crédit : Fabrice Coffrini / AFP)
La rapporteuse spéciale de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Agnes Callamard, répond aux questions sur un rapport concernant le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi le 19 juin 2019, à Genève. (Crédit : Fabrice Coffrini / AFP)

A la veille de la publication d’un rapport d’Amnesty International UK accusant Israël d’apartheid, Israël a évoqué un document « mensonger, biaisé, antisémite », déclarant que l’organisation mettait en danger les Juifs du monde entier. « Le rapport d’Amnesty sert de feu vert… à tous ceux qui veulent nuire non seulement à Israël mais aux Juifs du monde entier », a indiqué lundi un communiqué émis par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Le ministère a appelé Amnesty UK à ne pas diffuser le rapport.

Le communiqué a indiqué que l’organisation « utilise les doubles standards et la diabolisation dans le but d’ôter toute légitimité à Israël. Et ce sont les composantes exactes qui fabriquent l’antisémitisme contemporain ».

« Le langage extrémiste et la dénaturation du contexte historique sont utilisés pour diaboliser Israël et pour attiser l’incendie de l’antisémitisme », a-t-il indiqué.

Le ministère a noté qu’Amnesty UK était « célèbre pour être entaché de racisme et de xénophobie, et le secrétaire-général de l’organisation a, dans le passé, accusé Israël – sans base de preuve aucune – d’avoir assassiné Arafat. Il n’est guère surprenant qu’il ait fallu huit longues années pour qu’Amnesty revienne sur cette accusation grave et sans fondement ».

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a estimé, pour sa part, que le groupe de défense des droits de l’Homme n’était plus « respecté ».

« Aujourd’hui, c’est précisément le contraire », a noté Lapid, prenant la parole dans une vidéo. « Ce n’est pas un groupe de défense des Droits de l’Homme mais encore une nouvelle organisation radicale qui donne un écho à une propagande sans vérifier sérieusement les faits. Au lieu de se mettre en quête de la vérité, Amnesty se fait l’écho des mêmes mensonges qui sont partagés par les organisations terroristes ».

Il a ajouté que les affirmations figurant dans le rapport étaient mensongères, « sans lien aucun avec la réalité ».

« Israël n’est pas un pays parfait mais nous sommes une démocratie attachée au droit international, ouverte à la critique, avec une presse libre et un système judiciaire fort et indépendant », a-t-il expliqué. « Amnesty ne qualifie pas la Syrie – où le régime a tué plus d’un demi-million de ses propres citoyens – d’État d’apartheid. Ni l’Iran, ni aucun autre régime meurtrier dans le monde. Non, seulement Israël ».

Des Palestiniens marchent à côté de la barrière de sécurité qui sépare Abu Dis (en arrière-fond) et Jérusalem-Est (devant), le 16 février 2021. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

Lapid a précisé qu’il n’y avait « tout simplement pas d’autre explication » au positionnement adopté par l’organisation que le fait qu’Israël était un État juif – laissant ainsi entendre que la partialité affichée était de nature antisémite.

Le rapport d’Amnesty, qui est intitulé « L’Apartheid israélien contre les Palestiniens : Un système cruel de domination et un crime contre l’Humanité », doit être diffusé mardi à onze heures du matin, heure locale, lors d’une conférence de presse à l’hôtel St. George à Jérusalem.

La secrétaire-générale Agnes Callamar va présenter ce rapport qui décrit « la manière dont les confiscations massives de terres et de biens palestiniens, les meurtres illégaux, les transferts forcés, les restrictions de déplacement drastiques et le déni de nationalité et de citoyenneté aux Palestiniens sont les composantes d’un système discriminatoire s’apparentant, sous les dispositions du droit international, à des crimes contre l’Humanité ».

Israël « rejette absolument les fausses accusations qui apparaissent dans le rapport qu’Amnesty se prépare à publier demain », a asséné le ministère des Affaires étrangères.

« Le rapport consolide et recycle des mensonges, des incohérences et des affirmations infondées qui émanent d’organisations anti-israéliennes haineuses bien connues – avec pour objectif de revendre de vieux mensonges sous de nouveaux oripeaux. Répéter les mêmes mensonges des organisations anti-israéliennes encore et encore, cela n’a jamais fait d’un mensonge une réalité – et cela ôterait plutôt toute légitimité à Amnesty ».

D’autres organisations juives et israéliennes se sont insurgées contre le rapport.

Ronald S. Lauder, président du Congrès juif mondial, l’a qualifié de document « partial, éminemment politisé qui ignore totalement les actes de terrorisme palestiniens et l’obligation pour Israël de défendre ses citoyens contre un tel terrorisme ».

Le Forum légal international, un groupe pro-israélien, a estimé que le rapport « mérite d’être placé dans les poubelles de l’Histoire de l’antisémitisme ».

« Un mensonge répété mille fois reste un mensonge », a continué le communiqué de l’organisation. « Peut-être qu’Amnesty International, un groupe qui a été mis en cause à de multiples reprises pour un racisme institutionnalisé présumé, ferait mieux de s’occuper d’abord de ce qui se passe dans ses rangs avant de donner des leçons à Israël ».

Le président du Congrès Juif mondial Ronald Lauder s’exprime à la synagogue Rumbach à l’occasion de sa réouverture à Budapest, en Hongrie le 10 juin 2021. (Crédit : Akos Szentgyorgyi)

Gerald Steinberg, président de NGO Monitor, a affirmé que depuis vingt ans, Amnesty International « a été leader dans les campagnes de diabolisation d’Israël qui ont été menées par les ONG, sur la base de mensonges et en exploitant les maux infligés par le régime de l’Apartheid, en Afrique du sud, pour promouvoir la haine ». « Cette campagne est aussi une trahison de tout ce que défendait le fondateur d’Amnesty International, Peter Benenson », a-t-il accusé.

Au début du mois, Lapid avait averti qu’Israël risquait de devoir faire face à des pressions intenses en 2022 qui seraient conséquentes à la reprise de l’accusation « d’État d’apartheid ».

« Nous pensons qu’au cours de l’année qui commence aujourd’hui, il va y avoir des débats sans précédent en termes de venin et de radioactivité autour ‘d’Israël, l’État d’apartheid’, » avait dit Lapid pendant une conférence de presse organisée via Zoom avec des journalistes israéliens.

Lapid avait évoqué les campagnes palestiniennes menées contre Israël devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye et l’établissement, par le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, d’une « commission d’enquête permanente » – l’outil le plus puissant à la disposition du Conseil – concernant le traitement par Israël des Palestiniens, notamment pendant l’opération Gardien des murs de mai 2021.

La déclaration faite par Amnesty portant sur « l’État d’apartheid » israélien rejoint celle faite par le groupe de défense des droits de l’Homme BTselem, qui l’avait lancée l’année dernière – des propos qui avaient été condamnés avec force par les dirigeants israéliens.

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