Israël aurait été l’enjeu de la lutte pour le pouvoir entre Bannon et Kushner
Rechercher

Israël aurait été l’enjeu de la lutte pour le pouvoir entre Bannon et Kushner

Bannon a tenté de disqualifier le gendre de Trump concernant l'Etat juif alors que les deux se disputaient le soutien du président, selon Michael Wolff dans 'Fire and Fury

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Stephen Bannon, à gauche, et Jared Kushner participant à une cérémonie de prestation de serment à la Maison Blanche, le 22 janvier 2017. (Andrew Harrer-Pool / Getty Images via JTA)
Stephen Bannon, à gauche, et Jared Kushner participant à une cérémonie de prestation de serment à la Maison Blanche, le 22 janvier 2017. (Andrew Harrer-Pool / Getty Images via JTA)

WASHINGTON – Un nouveau livre publié vendredi, qui dévoile les coulisses politiques de Washington, décrit la manière dont Israël s’est trouvé au cœur d’une lutte de pouvoir féroce entre le beau-fils du président américain Donald Trump, Jared Kushner et son stratège Stephen Bannon.

Feu et fureur : à l’intérieur de la Maison Blanche de Trump de Michael Wolff, qui a été au centre de la dernière série de controverses sur Trump, dépeint une situation dans laquelle Bannon a tourné en dérision Kushner, chargé par le président de diriger les efforts de l’administration pour négocier un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens.

L’éducation juive de Kushner l’a amené à de fréquents contacts avec Israël, y compris à recevoir le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dans sa chambre, selon un article du New York Times. Dimanche, le Times a indiqué que Kushner et la société de sa famille étaient fortement investis dans des affaires avec des Israéliens.

Cependant, Bannon a accusé Kushner d’être trop faible dans sa défense de l’Etat juif, et a utilisé Israël comme moyen de rabaisser Kushner, rapporte Wolff dans son désormais best-seller.

« L’une des accusations de Bannon contre Kushner, le responsable de l’administration pour le Moyen-Orient, était qu’il n’était pas assez ferme pour défendre Israël », dit Wolff dans le livre. « Bannon n’a pas hésité à disqualifier Kushner sur Israël. Bannon pouvait appâter des juifs – des juifs mondialistes, cosmopolites et libéraux comme Kushner – parce que plus tu est de droite, plus tu est correct envers Israël ».

Kushner et Bannon étaient souvent en désaccord aux débuts de l’administration Trump et se disputaient le soutien du président. Plusieurs documents parlent de Bannon accusant Kushner de le pousser hors de la Maison Blanche, dont il a du démissionner suite à un rassemblement néo-nazi à Charlottesville, en Virginie, en juillet.

La directrice de campagne du président américain élu Donald Trump, Kellyanne Conway, et Stephen Bannon, nommé stratège en chef de la Maison Blanche, le soir de l’élection à New York, dans la nuit du 8 au 9 novembre 2016. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images/AFP)

Les attaques sur la base du soutien à Israël, a déclaré Wolff, ont profondément dérangé Kushner, qui a estimé qu’ils étaient de nature antisémite.

« Les efforts de Bannon pour obtenir le titre du ‘plus fort pour Israël’ ont été profondément déconcertant pour Kushner, qui a été élevé en tant que juif orthodoxe », écrit Wolff. « Pour Kushner, la posture de droite préconisée par Bannon pour Israël, soutenue par Trump, est devenue en quelque sorte un affrontement de jujitsu antisémite dirigé directement contre lui ».

« Bannon semblait déterminé, » continue Wolff, « à faire apparaître Kushner comme faible et inadéquat – un pantin pour parler vulgairement. »

Présenté dans le livre comme un personnage central dans l’ascension de Trump au pouvoir et durant la plus grande partie de sa première année à la Maison Blanche, Bannon aurait également déclaré à l’ancien dirigeant de Fox News, Roger Ailes, que l’équipe de Trump a envisagé un plan pour abandonner le contrôle de la Cisjordanie à la Jordanie et la bande de Gaza à l’Egypte – et que le président fraîchement élu était « totalement en accord » avec une telle proposition.

Le président américain Donald Trump durant une réunion avec les membres républicains du Sénat le 4 janvier 2018 (Crédit : AFP/ JIM WATSON)

Bannon a lourdement insisté pour transférer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem dès le premier jour de l’administration, ce qui n’a pas été réalisé. Selon Wolff, il aurait dit à Ailes que le processus décisionnel était enclenché et que le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le magnat des casinos de Las Vegas, Sheldon Adelson, un donateur majeur des Républicains et des causes pro-israéliennes de droite, étaient d’accord.

Trump, pour sa part, n’a pas déplacé l’ambassade, mais a mis en branle des plans pour son transfert le mois dernier quand il a officiellement reconnu la Ville Sainte comme la capitale d’Israël.

« Dès le premier jour, nous déplaçons l’ambassade américaine à Jérusalem. Netanyahu est OK, Sheldon est OK », avait assuré Bannon à Ailes, d’après le livre. « Nous savons vers où nous nous dirigeons … Que la Jordanie prenne la Cisjordanie, que l’Egypte prenne Gaza. Laissez-les faire face. Ou couler en essayant. »

Cette idée marquerait un changement majeur dans la politique étrangère des États-Unis, éliminant la possibilité d’une solution à deux États au conflit israélo-palestinien et l’établissement d’un État palestinien indépendant.

Ailes aurait demandé à Bannon : « Que pense Donald à ce sujet ? » (Wolff a décrit cette question comme « l’implication claire que Bannon était loin devant son bienfaiteur. »)

Ce à quoi Bannon a répondu : « Il est totalement d’accord ».

« Je ne laisserais pas trop de temps à Donald pour réfléchir », aurait dit Ailes.

« Trop, ou pas assez – ne change pas nécessairement les choses », a répondu Bannon.

Des exemplaires du livre « Fire and Fury » de l’auteur Michael Wolff sont exposés sur une étagère à Book Passage le 5 janvier 2018, à Corte Madera, en Californie (Justin Sullivan / Getty Images / AFP)

Depuis la publication du livre, les commentaires de Bannon – en particulier son affirmation que la rencontre du fils du président Donald Trump Jr. avec les Russes pendant la campagne était une « trahison » – l’a mis en froid avec son ancien patron, qui l’a traité de « Sloppy Steve », un de ses derniers surnoms dénigrants.

Le président exécutif de Breitbart News a tenté de démentir ces commentaires explosifs dimanche, publiant un communiqué, d’abord rapporté par Axios, qualifiant Trump Jr. de « patriote et d’honnête homme ».

La relation entre Bannon et Adelson, propriétaire d’Israel Hayom, quotidien en hébreu de droite pro-Netanyahu en Israël, est relatée en détail dans Fire and Fury, mais ce n’est pas vraiment une révélation.

Sheldon Adelson est assis avant l’investiture du président Donald Trump, au Capitole à Washington aux États-Unis le 20 janvier 2017. (PHOTO AFP / Paul J. Richards)

« En ce qui concerne Israël, Bannon s’était associé à Sheldon Adelson, le géant de Las Vegas, grand contributeur de droite, et dans l’esprit du président, le plus dur des juifs les plus durs (c’est-à-dire les plus riches) », écrit Wolff.

Le livre prétend également qu’Adelson a défendu Bannon auprès du président quand ce dernier envisageait de le congédier l’année dernière, disant à Trump que Bannon était « la seule personne en qui il avait confiance au sujet d’Israël ».

Fire and Fury a créé une polémique intense depuis sa publication la semaine dernière. Trump et son équipe attaquent sans relâche le livre et la crédibilité de l’auteur.

Certains aspects du livre ont été remis en question, notamment un passage qui affirme que Trump ne connaissait pas, en tant que nouveau président élu, John Boehner, l’ancien président de la Chambre. En réalité, ils avaient déjà joué ensemble au golf dans le passé.

« Michael Wolff est un perdant total qui a inventé des histoires afin de vendre ce livre vraiment ennuyeux et mensonger », a twitté Trump. « Il a utilisé ‘Sloppy’ Steve Bannon, qui a pleuré quand il a été viré et a supplié pour garder son travail. Maintenant ‘Sloppy Steve’ a été jeté comme un chien par presque tout le monde. Trop triste ! ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...