Israël pousse les États-Unis à garder les sanctions contre l’Iran, accord ou non
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Israël pousse les États-Unis à garder les sanctions contre l’Iran, accord ou non

Jérusalem sait que Biden souhaite revenir à l'accord initial, mais craint que la suppression des restrictions n'entrave les efforts pour stopper le programme de missiles de Téhéran

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le président américain Joe Biden s'exprime dans l'auditorium South Court sur le campus de la Maison Blanche, à Washington, le 7 avril 2021. (Evan Vucci/AP)
Le président américain Joe Biden s'exprime dans l'auditorium South Court sur le campus de la Maison Blanche, à Washington, le 7 avril 2021. (Evan Vucci/AP)

NEW YORK – Reconnaissant que l’administration Biden a l’intention de revenir à l’accord sur le nucléaire iranien dans sa forme initiale, Israël s’est attaché à convaincre les États-Unis de laisser en place les sanctions instituées par l’ancien président Donald Trump après la signature de l’accord de 2015, a déclaré mercredi un responsable israélien au Times of Israël.

Israël estime que la suppression de ces sanctions réduirait à néant la marge de manœuvre dont dispose encore les États-Unis pour faire pression sur l’Iran concernant son programme de missiles balistiques et ses activités malveillantes dans la région, a déclaré le responsable.

Cette position contre la suppression des sanctions de l’ère Trump a été transmise ces dernières semaines lors des visites successives à Washington du ministre de la Défense Benny Gantz, du chef d’état-major de Tsahal Aviv Kohavi, du président Reuven Rivlin ainsi que lors de la rencontre du ministre des Affaires étrangères Yair Lapid avec le secrétaire d’État américain Anthony Blinken.

Une source au fait du dossier a déclaré qu’Israël ne croit pas que l’administration Biden sera en mesure de négocier l’accord « plus long et plus solide » qu’elle dit vouloir conclure avec l’Iran une fois que les parties auront accepté de revenir à l’accord initial.

« Et il sera encore plus improbable [de parvenir à un accord plus long et plus solide] si la plupart des sanctions non liées au nucléaire ne sont plus en place. »

Un responsable américain a déclaré au Times of Israël que la Maison Blanche reconnaît l’importance de maintenir une influence sur l’Iran, mais que les sanctions ne sont pas la seule forme d’influence à sa disposition.

Le président américain Joe Biden, à droite, et le président israélien Reuven Rivlin, à gauche, dans le Bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, le 28 juin 2021. (Crédit : SAUL LOEB / AFP)

Depuis le mois d’avril, l’administration Biden a engagé des pourparlers indirects avec l’Iran à Vienne en vue de revenir à l’accord nucléaire, connu sous le nom de plan d’action global conjoint, qui s’est pratiquement effondré depuis que Trump a quitté l’accord en 2018 et que Téhéran a commencé à violer ses restrictions nucléaires en toute impunité.

Alors que la nouvelle administration américaine s’est dite prête à retirer certaines des sanctions nouvellement imposées en échange d’un retour de l’Iran au respect de l’accord, elle a reconnu cette semaine que les efforts de Téhéran pour continuer à enrichir de l’uranium risquaient tout simplement de faire s’effondrer les pourparlers.

Selon les analystes, les États-Unis espèrent parvenir à un accord avant le 6 août, date à laquelle le président Hassan Rouhani, relativement modéré, sera remplacé par le partisan de la ligne dure Ebrahim Raisi.

S’exprimant plus en détail sur la question, le responsable israélien a déclaré que Jérusalem s’efforce de garder les désaccords avec l’administration Biden derrière des portes closes, mais a clairement indiqué qu’elle se réserve le droit d’agir contre les ambitions nucléaires de l’Iran. « Les États-Unis semblent l’accepter », a déclaré le fonctionnaire.

Le responsable israélien a également attribué à l’administration Biden le mérite de s’être abstenue de lever les sanctions contre l’Iran jusqu’à présent dans les négociations de Vienne.

Le Premier ministre Naftali Bennett et le chargé d’Affaires américain en Israël Michael Ratney à l’ambassade des États-Unis de Jérusalem, le 5 juillet 2021. (Crédit : Ziv Sokolov/Ambassade américaine de Jérusalem)

Mercredi également, le site d’information Axios a rapporté que le Premier ministre Naftali Bennett a tenu des discussions sur la politique d’Israël à l’égard de l’Iran et a ordonné un examen complet de la question avant sa première rencontre avec le président américain Joe Biden, qui pourrait avoir lieu à la Maison Blanche dès ce mois-ci.

« Il y a plusieurs questions dans les discussions », a déclaré un responsable israélien anonyme à Axios. « La stagnation actuelle est-elle meilleure ou pire qu’un retour des États-Unis à l’accord, si et comment Israël peut influencer l’administration Biden, et ce que la situation actuelle signifie pour le développement d’une option militaire israélienne ? »

Le fonctionnaire a déclaré que le nouveau gouvernement israélien se demandait s’il était mieux dans la situation actuelle où l’accord s’est effondré et où l’Iran accélère ses efforts nucléaires ou dans la réalité d’avant 2018, lorsque les deux parties respectaient l’accord, auquel Jérusalem s’opposait.

Selon Axios, Bennett a déjà tenu sa première réunion politique sur l’accord nucléaire iranien avec le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, le ministre de la Défense Benny Gantz et les chefs des services de sécurité et de renseignement.

Le fonctionnaire qui s’est entretenu avec le Times of Israël a déclaré que lorsque l’accord sera en place, Israël ne craint pas que l’Iran trouve des moyens de violer les clauses, mais plutôt qu’il attende que les termes de l’accord expirent.

« L’Iran sait que l’accord finira par expirer et qu’il sera alors en mesure de procéder à la fabrication d’une bombe, grâce à toutes les mesures d’allègement des sanctions prévues par l’accord », a déclaré le fonctionnaire.

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