Israël se lance dans l’édition génomique pour soigner les maladies
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Israël se lance dans l’édition génomique pour soigner les maladies

L'édition génomique est prometteuse mais imprécise, alors l'Etat juif a mis en place un consortium pour rendre plus exacte cette technologie

Une photo d'illustration de la modification de l'ADN (Crédit : CIPhotos; iStock by Getty Images)
Une photo d'illustration de la modification de l'ADN (Crédit : CIPhotos; iStock by Getty Images)

Israël est en train de mettre en place un groupe de travail, qui sera chargé de rehausser le niveau de précision de l’édition génomique avec l’espoir que cette dernière ouvrira la voie au traitement de maladies variées.

L’Autorité de l’innovation israélienne (AII), dirigée par l’Etat, a alloué 36 millions de shekels aux institutions académiques du pays ainsi qu’à plusieurs entreprises pour faire avancer la CRISPR, technologie d’édition du génome.

Le consortium, qui travaillera sur l’édition génomique pour les êtres humains, ainsi que sur l’usage de cette technologie dans l’agriculture et sur les poissons, sera actif pendant dix-huit mois – une période à l’issue de laquelle les financements pourront être renouvelés.

L’édition génomique a suscité un grand enthousiasme dans les milieux scientifiques après l’administration de la CRISPR à un être humain pour la toute première fois, le mois dernier, au cours d’une tentative visant à soigner une maladie génétique entraînant la cécité.

L’édition génomique, qui implique des modifications apportées à l’ADN – normalement pour prendre en charge un problème de santé – aurait le potentiel de soigner des maladies, comme le cancer et les maladies du sang, mais également des maladies génétiques rares pour lesquelles aucun médicament n’a encore été développé.

Elle est d’ores et déjà utilisée dans l’agriculture et dans la recherche et les espoirs sont grands que les réussites obtenues sur les animaux – notamment une réduction de la gravité de la perte de l’ouïe chez les souris – fourniront les connaissances nécessaires dont ont besoin des scientifiques pour améliorer l’état de santé des êtres humains.

Aviv Zeevi, vice-président de l’Autorité israélienne de l’Innovation et chef de la division des infrastructures technologiques (Autorisation : Autorité d’innovation israélienne)

« Israël sera un des leaders dans le domaine », a commenté auprès du Times of Israel Aviv Zeevi, vice-président de l’Autorité israélienne de l’innovation, qui a noté que cet espoir était à l’origine de l’établissement du nouveau consortium CRISPR-IL. « Nous disposerons de certains des outils les plus précis », a-t-il ajouté.

Zeevi, qui est à la tête de la Division des infrastructures technologiques, a indiqué que ce nouveau consortium allait déployer l’intelligence artificielle pour tenter de dépasser l’un des plus importants obstacles à l’édition génomique – à savoir son degré de précision.

« Nous devons être capables de cibler la partie spécifique du génome que nous voulons soigner et la difficulté est que l’exactitude des outils existants est faible », a-t-il continué.

Il a déclaré que les membres du consortium rechercheraient des moyens de stimuler cette précision en développant l’orientation des outils qui effectuent des éditions génomiques – « des outils qui sont comme des ciseaux qui coupent la partie spécifique de la séquence et qui la replacent » à l’endroit précis où elle est nécessaire.

Zeevi a expliqué que « nous allons entraîner les algorithmes à savoir où réaliser l’édition et à la manière d’obtenir un plus haut degré d’exactitude. Aujourd’hui, le taux de réussite de l’édition génomique est de 10 % et nous espérons passer à 70 % dans les trois ans qui viennent ».

Il a indiqué que les algorithmes détermineront les bonnes cibles pour l’édition tout en réduisant les risques de modification susceptibles d’entraîner des effets indésirables sur d’autres parties du génome – ce qui est une crainte majeure expliquant, jusqu’à présent, la timidité des tentatives de modification ADN chez l’être humain.

L’édition génomique a été limitée sur les êtres humains jusqu’à aujourd’hui – même si des réussites ont été enregistrées. L’année dernière, l’université de Pennsylvanie avait annoncé avoir mené le premier essai clinique visant à modifier les cellules immunitaires d’un malade du cancer en utilisant la technologie CRISPR avant de réimplanter les cellules chez le malade. Elle avait conclu que la méthode était à la fois sûre et réalisable.

Une photo d’illustration de la modification de l’ADN (Crédit : CIPhotos; iStock by Getty Images)

De manière plus controversée, le chercheur chinois He Jiankui avait clamé, en 2017, avoir produit les premiers bébés transgéniques. Il avait été condamné à trois ans de prison.

Israël a des lois strictes qui régissent les initiatives scientifiques et Zeevi affirme qu’aucune recherche n’impliquant l’être humain ne pourra avoir lieu sans l’autorisation d’un comité éthique.

La même technologie permettra de faire avancer l’édition génomique pour les êtres humains, l’agriculture et les poissons, prédit Zeevi.

Il reconnaît qu’Israël s’aventure en terrain inconnu.

« Nous prenons un gros risque ici », dit-il. « Ce n’est pas un domaine très habituel que nous investissons. Nous savons que nous entrons dans un domaine où les risques sont très élevés et nous tentons de créer un nouvel impact économique dans le secteur. Nous nous efforçons d’identifier une niche interdisciplinaire dans laquelle nous pourrons devenir des leaders ».

Ce consortium entre dans le cadre de la Bio-convergence Initiative de l’Autorité, qui rassemble le génie, l’intelligence artificielle, la physique, les nanotechnologies, les sciences matérielles et l’ingénierie génétique avancée pour prendre en charge les besoins de santé et d’autres industries, comme l’agriculture et l’énergie.

Le consortium inclut six institutions académiques, deux hôpitaux et huit entreprises, et notamment les firmes spécialisées en génomique végétale Nrgene et Evogene.

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