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Jeremy Corbyn : « Mon soutien aux Palestiniens m’a valu d’être taxé d’antisémitisme »

L'ancien chef du Parti travailliste britannique prétend avoir toujours dû faire face à des "forces puissantes" ; il demande à l'Occident de cesser de fournir des armes à l'Ukraine

L’ancien leader du Parti travailliste britannique (Labour) Jeremy Corbyn a affirmé que son soutien à la cause palestinienne a contribué aux accusations d’antisémitisme qui ont finalement conduit à sa chute et à sa suspension actuelle en tant que membre du Parlement pour le parti.

Dans une interview accordée à Al Mayadeen, un réseau libanais proche des groupes terroristes Hamas et Hezbollah, Corbyn a déclaré que depuis qu’il s’est présenté à la tête du Labour en 2015, il a été confronté à des « forces puissantes », et a désigné le Premier ministre israélien de l’époque, Benjamin Netanyahu, comme l’une d’entre elles.

« Je n’ai absolument aucun doute sur le fait que mon soutien clairement exprimé au droit du peuple palestinien à pouvoir vivre en paix sans occupation, sans être assiégé comme à Gaza, et à ceux qui vivent dans des camps de réfugiés… a joué un rôle dans tout cela », a déclaré Corbyn dans l’interview, diffusée dimanche.

« Benjamin Netanyahu était pressé de me condamner pour mon soutien au peuple palestinien », a-t-il ajouté.

« Il était très clair pour moi, depuis que j’étais candidat à la direction du Parti travailliste, que j’avais affaire à des forces puissantes qui s’opposaient à moi parce que je proposais une approche différente pour traiter des relations étrangères et des politiques internationales », a-t-il ajouté.

« J’ai été confronté à des menaces claires de la part de certaines personnalités militaires lorsque j’ai été élu. Il y a d’abord eu des déclarations à mon encontre faites par Benjamin Netanyahu, par Donald Trump et par un certain nombre d’autres personnalités ; cela m’a montré à quel point les forces qui s’opposent à moi étaient puissantes », a déclaré Corbyn.

Le chef du parti travailliste britannique Jeremy Corbyn arrivant au centre de dépouillement à Islington, au nord de Londres, le 13 décembre 2019. (Crédit : Isabel Infantes/AFP)

Concernant son éviction du Labour, il a déclaré que c’était « honteux, les allégations qui ont été faites contre moi sont honteuses ».

Corbyn a réitéré sa position selon laquelle « toute forme de racisme doit être combattue », y compris l’antisémitisme.

La députée travailliste Margaret Hodge a critiqué Corbyn pour ses remarques qui, selon elle, étaient intrinsèquement antisémites.

« Suggérer que notre lutte contre l’antisémitisme à gauche signifie que nous faisons tous partie d’une conspiration pour salir Corbyn est franchement absurde et en soi antisémite », a déclaré Hodge au Guardian.

« Cette incapacité constante à comprendre et à faire la distinction entre notre identité juive et les questions politiques complexes du Moyen-Orient est au cœur de la raison pour laquelle Jeremy continue d’être exclu du Parti travailliste », a-t-elle ajouté.

Margaret Hodge prenant la parole devant l’Institute for Government du Royaume-Uni, le 20 janvier 2011. (Crédit : Wikimedia Commons/CC-BY-2.0/Institute for Government)

Une source travailliste anonyme a déclaré au journal qu’il « ne peut y avoir aucune ambiguïté sur le choix qu’il fait, et qui consiste à se placer en dehors du courant dominant du parti travailliste ».

Durant son mandat en tant que chef du Labour, Corbyn a juré de punir tout membre du parti pris en train de faire des déclarations racistes, mais il a pourtant défendu un certain nombre de membres qui ont tenu des propos profondément antisémites et n’a pratiquement expulsé aucun membre malgré plus de 850 plaintes officielles.

Après la défaite du Parti travailliste aux élections de 2019, au cours desquelles les accusations d’antisémitisme du parti ont été un sujet brûlant, Corbyn a quitté son poste de dirigeant. Puis, en octobre 2020, un rapport du Comité pour l’égalité et les droits humains (EHRC) a identifié « de graves défaillances dans le leadership et un processus inadéquat de traitement des plaintes pour antisémitisme au sein du Parti travailliste. »

Les travaillistes ont immédiatement suspendu Corbyn, bien qu’un mois plus tard, il a été réintégré dans le parti sans possibilité de siéger au Parlement en tant que député travailliste.

Corbyn lui-même s’est attiré de nombreuses critiques pour ses propres actions. En 2018, il a exprimé des regrets pour avoir défendu une fresque antisémite de 2012 dans l’East End de Londres, intitulée Liberté pour l’humanité, qui dépeint un groupe d’hommes d’affaires et de banquiers, dont certains Juifs, comptant de l’argent autour d’un plateau ressemblant à celui d’un Monopoly posé sur le dos d’hommes à la peau brune.

En 2019, on a découvert qu’il était l’auteur de la préface élogieuse d’un livre qui prétend que les Juifs contrôlent les systèmes financiers mondiaux et les décrit comme des « hommes d’une race unique et particulière. »

Par le passé, il a été critiqué pour avoir qualifié les groupes terroristes Hamas et Hezbollah d' »amis » lorsqu’il a invité des membres à une réunion parlementaire en 2009. Il a par la suite minimisé ce commentaire et a déclaré qu’il regrettait d’avoir utilisé ce terme.

Des membres de la communauté juive organisent une manifestation contre le leader du Parti travailliste d’opposition britannique Jeremy Corbyn et l’antisémitisme au sein du parti travailliste, devant les Chambres du Parlement britannique dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (Crédit : AFP Photo/Tolga Akmen)

Il est apparu par la suite qu’en 2014, Corbyn a assisté à une cérémonie qui a honoré les terroristes à l’origine du massacre olympique de Munich en 1972. Il a plus tard déclaré : « J’étais présent quand une couronne a été déposée, je ne pense pas avoir été réellement impliqué dans cette cérémonie. » Des photos ont ensuite fait surface, montrant Corbyn tenant une couronne de fleurs.

Dans son interview avec Al-Maydeen, Corbyn a également condamné le soutien militaire de l’Occident à l’Ukraine contre l’invasion russe lancée en février, qui a depuis placé de larges pans de l’est du pays sous le contrôle de Moscou.

Corbyn a déclaré que fournir des armes ne faisait qu’attiser les combats et que la recherche d’un accord de cessez-le-feu serait un meilleur objectif.

« Déverser des armes ne va pas apporter une solution ; cela ne va que prolonger et exacerber cette guerre », a-t-il déclaré. « Nous risquons de nous retrouver enlisés dans une guerre qui durera de nombreuses années « .

« Fournir de plus en plus d’armes à l’Ukraine ne va pas apporter la paix », a-t-il ajouté.

Les parents et amis assistant aux funérailles de Liza, fillette de 4 ans tuée lors d’une attaque russe, à Vinnytsia, en Ukraine, le 17 juillet 2022. (Crédit : AP Photo/Efrem Lukatsky)

Il a suggéré que si l’ONU ne peut pas négocier « une sorte de cessez-le-feu », d’autres entités devraient être mises à contribution, comme l’Union africaine ou la Ligue arabe, qui, selon lui, n’ont « aucun intérêt économique direct » dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine.

Le leader du Parti travailliste Keir Starmer a soutenu la position du gouvernement britannique sur l’Ukraine, notamment en fournissant à Kiev des armes et une formation militaire.

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