Jonathan Pollard en veut au gouvernement israélien mais pas au peuple
Rechercher

Jonathan Pollard en veut au gouvernement israélien mais pas au peuple

Dans une interview rare, l'ancien analyste de la marine américaine, empêché de quitter le sol américain, a déploré le fait qu'Israël ne fasse pas de son retour une priorité

Jonathan Pollard donne une interview à la Douzième chaîne, le 21 mai 2019. (Crédit : capture d'écran Douzième chaîne)
Jonathan Pollard donne une interview à la Douzième chaîne, le 21 mai 2019. (Crédit : capture d'écran Douzième chaîne)

L’ancien espion juif américain Jonathan Pollard a critiqué mardi le gouvernement israélien, lui reprochant de ne pas l’aider à immigrer en Israël, dans un rare entretien accordé à une chaîne de télévision israélienne.

Agé de 64 ans, l’ancien espion a été libéré en novembre 2015 après 30 années d’emprisonnement aux Etats-Unis.

L’entretien se déroulait dans un café à New York, où il vit en résidence surveillée.

Au terme de sa liberté conditionnelle, il doit rester cinq ans sur le sol américain, ce qui l’empêche de s’installer en Israël comme il en avait exprimé le souhait. Il vit avec sa femme Esther aux Etats-Unis depuis sa libération de prison et aura le droit de quitter le pays en 2020

« Si je ne croyais pas en Hashem, je serais très déprimé à l’heure qu’il est », a-t-il déclaré au micro de la Douzième chaîne, en utilisant un nom de Dieu.

Interrogé par le journaliste quant à sa déception par les efforts déployés pour lui par Israël, il a répondu que « pour être déçu, il faut en attendre beaucoup, et mes attentes sont très basses, je ne suis pas surpris… L’indifférence du gouvernement à nous rapatrier à la maison me détruirait si je ne savais par que notre confiance en Dieu et notre amour de la Terre et du peuple est si forte qu’ils finiront par nous ramener chez nous ».

L’ex-analyste de l’US Navy, natif du Texas, avait été reconnu coupable et condamné à perpétuité en 1987 pour avoir fourni à Israël, de juin 1984 à son arrestation en novembre 1985, des milliers de documents secrets sur les activités d’espionnage des Etats-Unis, principalement dans les pays arabes. Les lobby pro-Israël et les communautés juives américaines ont milité pendant des années pour sa libération.

Il s’agissait de sa première véritable déclaration à la presse depuis des années, et elle reflétait le ton de colère perçu dans certaines des lettres qu’il envoyait depuis la prison, accusant le gouvernement israélien de ne pas en faire assez pour garantir sa libération.

Pollard a ajouté n’être en contact avec nul responsable israélien et qu’Israël semblait avoir autre chose à faire que négocier les conditions de sa libération.

« C’est une question de priorités. Il semble qu’il y a toujours eu quelque chose d’autre (de plus important que moi) », a-t-il déclaré en anglais à la Douzième chaîne de télévision israélienne.

« Me définir comme une priorité impliquerait que le gouvernement se préoccupe vraiment de moi et dise ‘c’est ce que nous voulons, nous voulons qu’il revienne à la maison’. Cela n’a pas été fait », a accusé Jonathan Pollard.

Pollard a ajouté qu’il était préoccupé par « ce que cela signifiait en terme d’engagement politique… Si vous ne vous préoccupez pas de quelqu’un comme moi, qui a passé trente ans en prison pour la Terre et le peuple d’Israël, alors comment peuvent-ils se sentir concernés par quiconque dans ce pays, de nos soldats à nos civils ? »

« Si vous ne faites pas preuve d’engagement envers un individu, cela laisse penser que vous n’avez aucun engagement envers le reste du peuple de la Terre et envers le pays. Et c’est là que se trouve le test. Etes-vous réellement disposé à vous battre pour quelqu’un », a-t-il expliqué.

« Nous nous battons toujours pour rentrer à la maison, et avec l’aide de Dieu, nous rentrerons à la maison », a-t-il ajouté.

Les services du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont déclaré mardi soir dans un communiqué « qu’Israël reste déterminé à assurer le retour de Jonathan Pollard en Israël. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a évoqué le sujet à plusieurs reprises avec le président américain et va continuer à le faire jusqu’à ce qu’il revienne », ajoute le texte.

En novembre, la Douzième chaîne avait rapporté que le département américain de Justice avait refusé une demande officielle d’Israël d’autoriser Pollard à immigrer en Israël. Netanyahu aurait demandé l’an dernier au président Trump d’autoriser Pollard à émigrer.

Le reportage indiquait également que le consul général d’Israël à New York Dani Dayan avait reçu une copie de la réponse adressée à Israël, et que les efforts concernant Pollard continuaient par d’autres canaux.

Dans le cadre de cette demande, Netanyahu avait promis à la Maison Blanche que si Pollard était autorisé à émigrer, il continuera à être soumis aux restrictions imposées par un tribunal américain à sa libération, a déclaré le rapport.

La réclusion de Pollard a été pendant longtemps un sujet de tension dans les relations israélo-américaines, et les dirigeant israéliens faisaient pression sur leurs homologues américains pour le faire libérer.

Le vice-président américain Mike Pence s’adresse aux médias lors d’une rencontre bilatérale avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Varsovie, Pologne, le 14 février 2019. (Crédit : Michael Sohn/AP)

Après que Netanyahu a rencontré le vice-président Mike Pence en février 2017, ce dernier aurait accepté d’envisager d’autoriser Pollard à s’installer en Israël, et il a été décidé que l’ambassadeur israélien aux Etats-Unis Ron Dermer s’en chargerait.

En mai de la même année, une cour d’appel fédérale américaine a rejeté la demande de Pollard de lever les restrictions inhérentes à sa libération conditionnelle qui ont été fixées à sa sortie de prison.

Dans le cadre de sa libération conditionnelle, il lui est imposé de rester à son domicile new-yorkais de 19 heures à 7 heures du matin, de faire inspecter tout ordinateur qu’il utilise, et de porter en permanence un dispositif de surveillance GPS.

Il doit également rester cinq ans aux Etats-Unis, en dépit de son désir d’immigrer en Israël.

Pollard avait plaidé coupable en 1986 de complot en vue de commettre des actes d’espionnage en fournissant à des contacts israéliens des centaines de documents classifiés qu’il avait obtenus en tant que spécialiste du renseignement civil pour la marine américaine.

Cette interview est la deuxième depuis celle improvisée avec un journaliste israélien en 2016. Il avait déclaré à la Première chaîne dans cette interview qu’il sentait le soutien du peuple d’Israël, mais pas du gouvernement.

L’interview de la Douzième ne semblait pas non plus avoir été planifiée, et s’est déroulé dans un café très fréquenté près de son domicile à New-York.

Les interviews accordées par Pollard au Jerusalem Post et à CBS peu avant sa condamnation auraient joué un rôle dans la sentence, et il a très peu parlé à la presse depuis.

Cependant, il a vertement critiqué le gouvernement israélien, lui reprochant d’avoir « manqué plusieurs occasions » de lui permettre d’immigrer en Israël avec les administrations de Barack Obama et Donald Trump.

En 2001, Pollard avait écrit une lettre ouverte à Moshe Katsav, alors président, concernant une rencontre avec George Bush, et avait déclaré que « même si vous évoquez la question de ma libération avec Bush vous-même, comme vous l’avez dit, au vu de vos antécédents sur mon cas, il ne fait aucun doute que vous ne le ferez pas sérieusement ni efficacement. C’est juste pour pouvoir rentrer en Israël et dire que vous l’avez fait et que vous n’avez par réussi ».

L’AFP et JTA ont contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...