Israël en guerre - Jour 230

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Reportage

La base méridionale du Likud reproche au gouvernement Netanyahu de l’avoir abandonné

Suite au refus du Premier ministre d'assumer l'absence de réponse du gouvernement face aux événements du 7 octobre, des riverains proches de Gaza questionnent leur soutien au Likud et à son chef

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Le chef du Conseil régional du Sdot du Neguev, Tamir Idan, à droite, accueillant le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 27 novembre 2017. (Crédit : Conseil régional du Sdot du Neguev)
Le chef du Conseil régional du Sdot du Neguev, Tamir Idan, à droite, accueillant le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 27 novembre 2017. (Crédit : Conseil régional du Sdot du Neguev)

Yehiel Zohar, le maire de Netivot, et Tamir Idan, le chef du Conseil régional de Sdot Neguev, ont du mal à dépasser le traumatisme né des événements du 7 octobre, dont l’impact est omniprésent, jour après jour, heure après heure.

Tous deux ont le sentiment d’avoir été abandonnés par les autorités, certes après, mais aussi avant les horribles attaques terroristes. Ni l’un ni l’autre n’est prêt à pardonner au Premier ministre et aux dirigeants du pays qui, pour l’essentiel et Benjamin Netanyahu en tête, refusent d’assumer la responsabilité des échecs de cette journée noire.

Zohar et Idan sont tous deux de droite.

Zohar, qui dirige la ville de Netivot depuis 35 ans, est profondément lié au Likud et exerce une énorme influence au sein du parti. Il se présente d’ailleurs aux municipales sous la bannière du Likud, mais ce vendredi, il est clair que son appartenance au parti est mise à rude épreuve.

Idan a, lui, déjà pris sa décision. La semaine dernière, en direct sur la Douzième chaîne, il a déchiré sa carte du Likud, en signe de protestation contre le mépris affiché du gouvernement envers les résidents du conseil et son refus d’aider financièrement ceux qui souhaitent aller ailleurs mais se trouvent en dehors de la zone d’évacuation mandatée par le gouvernement – qui s’étend sur sept kilomètres de la frontière de Gaza.

Conformément à cette règle, les habitants de Netivot – à 8,5 kilomètres de la frontière – et presque toutes les communautés du Sdot Negev ne bénéficient d’aucune aide publique s’ils souhaitent partir s’installer dans une zone moins dangereuse.

Le chef du Conseil régional du Neguev de Sedot, Tamir Aidan, quitte le Likud lors d’une émission en direct sur la Douzième chaîne, le 1er novembre 2023. (Capture d’image, utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur les droits d’auteur)

« Le comportement de ces ministres est pour moi inacceptable », a déclaré Idan à propos du gouvernement.

En ce qui le concerne, Zohar se contente d’allusions à peine voilées à Netanyahu, à qui il a envoyé deux lettres ces dernières semaines.

Ces courriers décrivent les difficultés de la vie à Netivot, ville de 52 000 habitants avec 17 000 logements en cours de construction, à commencer par les frappes de roquettes qui ont coûté la vie à trois habitants et cinq soldats.

« Je ferai remarquer que je n’ai rien reçu – ni argent, ni budget de sécurité, ni aide pour permettre aux habitants de partir faire une pause pour se remettre des événements », a écrit Zohar dans sa première lettre.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avec le maire de Netivot, Yehiel Zohar, lors d’une réception donnée pour lui à Netivot, qui l’a fait citoyen d’honneur, le 15 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

« Je note que votre gouvernement nous a abandonnés à notre sort », a-t-il ajouté.

De manière sarcastique, il a remercié les responsables venus pour une séance de photos, mais qui n’ont rien fait pour l’aider. « Qui reviendra vivre ici si rien ne change ? », a-t-il récemment demandé à Zman Yisrael, le site frère du Times of Israël.

Assis dans la salle de contrôle du bâtiment des opérations de Netivot, installation impressionnante et sophistiquée rattachée à un centre logistique civil, Zohar semble plus en colère et frustré que jamais.

Cette salle avait, par le passé, accueilli deux réunions de responsables de la sécurité pour évoquer le scénario du franchissement de la barrière de sécurité par des centaines de terroristes désireux de prendre le contrôle des communautés voisines et d’en tuer les habitants.

Des cartes, itinéraires possibles et plans de défense avaient été présentés, mais les hauts gradés de l’armée n’avaient pas pris les avertissements au sérieux, se souvient Zohar.

« Après les discussions, ils nous ont dit : ‘Oubliez ça, ça n’arrivera jamais’ ».

Comme tant d’autres, il a demandé aux autorités comment une clôture ultrasophistiquée qui a coûté 3 milliards de shekels n’avait pas permis d’arrêter les terroristes, pourquoi l’armée de l’air n’avait pas été déployée dans les 10 premières minutes ou encore pourquoi aucun des chefs militaires n’était joignable par téléphone au moment crucial.

Idan dispose d’enregistrements d’appels et de messages WhatsApp datés du 7 octobre, parmi lesquels ses propres tentatives infructueuses de joindre les commandants de Tsahal au moment où les terroristes semaient le chaos au sein des communautés sous sa responsabilité.

Une mutinerie des cadres intermédiaires

Zohar a été le premier membre du Likud à appeler Netanyahu à assumer la responsabilité des échecs de ce jour-là.

Bien qu’il ne soutienne pas publiquement les appels à la démission du Premier ministre, Zohar rassemble des documents pour le long témoignage qu’il ne manquera pas de donner devant la Commission d’enquête d’État qui sera établie après la guerre.

Ce jour-là, il est probable que des centaines de milliers de manifestants convergeront vers les bureaux du Premier ministre et la Knesset et appelleront à la démission de Netanyahu et de ses ministres. Zohar et les siens seront parmi eux, et il pense que d’autres membres du parti seront là, eux aussi.

« Nous sommes nombreux, au sein du Likud, à vouloir que les choses changent », a promis Zohar.
Pour sa part, Idan ne pense pas que le Likud puisse changer de l’intérieur, ce qui l’a amené à quitter le parti.

Tamir Idan à la tête d’une manifestation d’habitants du Conseil régional de Sdot Hanegev devant les services du Premier ministre, à Jérusalem, le 31 juillet 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Les ministres du Likud et d’autres partis de la coalition restent fidèles à Netanyahu, du moins publiquement, même s’ils sont d’accord, sur le fond, avec Zohar et Idan. Le Premier ministre a toujours un énorme contrôle sur les choses, et ils hésitent à faire quoi que ce soit contre lui, par crainte de retombées politiques. Jeudi, le ministre du Shas, Yoav Ben Tzur, a publié sur les réseaux sociaux un message sur la tenue d’élections dans les 90 jours suivant la fin de la guerre, avant de le retirer.

La colère ouverte à l’égard du Premier ministre et de ses ministres émane du niveau intermédiaire de la direction du parti, c’est-à-dire des dirigeants de conseils régionaux, maires et militants du Likud des zones touchées. Ils peuvent s’exprimer librement et s’organiser sans crainte, et c’est là que réside le potentiel de destitution de Netanyahu.

Zohar et Idan font face à une farouche opposition de la part du noyau dur des partisans de Netanyahu au sein du Likud, mais ils campent sur leurs positions sans broncher. Zohar pourrait être réélu maire de Netivot même s’il ne faisait plus partie du Likud, et Idan est prêt à renoncer à ses ambitions politiques à la fin de son mandat.

Le Likud ne sera peut-être même pas au pouvoir d’ici là. On estime que 43 % des 11 000 habitants du Sdot Neguev ont voté pour le parti lors des dernières élections, le reste ayant également voté pour des partis de droite. Mais cela pourrait bien changer.

« Les gens se soucient du Likud. Ils ne veulent pas nuire au parti : cela a pour eux plus d’importance que le seul cas Netanyahu. Si un parti de droite fiable était créé, ils voteraient pour lui », estime Idan.

Dégâts causés par la chute d’une roquette Qassam dans une rue de Netivot, en Israël, le 10 octobre 2023. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israël)

Après avoir déchiré sa carte de membre à l’antenne, Idan a reçu le soutien de membres du Likud, principalement de ses collègues du gouvernement local. Le coup d’éclat a fait suffisamment de vagues pour faire venir à lui de hauts responsables israéliens.

Mercredi, le directeur général du ministère de la Défense, Eyal Zamir, a rencontré Idan et ses collaborateurs pour parler de la protection de la zone. Zohar a également reçu – sans enthousiasme – la visite de la ministre de la Protection de l’environnement, Idit Silman.

Idan m’a emmené voir, dans un champ voisin, les voitures évacuées suite aux massacres.

La scène était effroyable. Ces milliers d’épaves de voitures aux vitres brisées et à la carrosserie criblée de balles, sont les témoins muets d’une journée dont personne ne veut se souvenir, mais que personne ne peut oublier.

Les forces de l’ordre israéliennes inspectent des véhicules calcinés, incendiés lors de l’attaque sanglante du 7 octobre perpétrée par des terroristes du Hamas, dans les environs de Netivot, dans le sud d’Israël (Crédit : AP/Ariel Schalit)

Vendredi, les maires et dirigeants des conseils municipaux de la zone limitrophe de Gaza ont mis le cap au nord pour leur première rencontre avec Netanyahu depuis le début de la guerre. Zohar n’y a pas assisté. Le maire d’Ofakim, Itzik Danino, un autre membre du Likud, y a participé après mûre réflexion. Idan s’y est rendu avec une déclaration à l’intention du Premier ministre.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontrant les maires des villes du sud d’Israël, dans son bureau de Jérusalem, le 10 novembre 2023. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

« Je vais lui dire qui travaille, ici, et qui ne travaille pas », a déclaré Idan avant la réunion. « Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben-Gvir ne nous répond pas. Le Ministre des Finances, Bezalel Smotrich, envoie ses assistants. D’autres ne viennent pas du tout. Ce gouvernement ne sert à rien. »

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