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La biodiversité a diminué dans 89 % des écosystèmes israéliens

Le rapport, qui précise que l’État n’a pas de stratégie pour y faire face, est publié alors que les ONG et le gouvernement s'affrontent sur le projet de loi sur la biodiversité

Une perruche à collier, espèce invasive en Israël. (Crédit : Doron Hoffman, Société pour la Protection de la Nature en Israël)
Une perruche à collier, espèce invasive en Israël. (Crédit : Doron Hoffman, Société pour la Protection de la Nature en Israël)

Presque tous les écosystèmes d’Israël ont perdent en biodiversité, a déclaré le contrôleur de l’État dans un rapport publié mardi sur la prévention des dommages causés par les espèces invasives et la protection de la biodiversité.

« Environ 89 % des écosystèmes en Israël ont décliné en termes de biodiversité », indique le rapport.

Il a également indiqué que l’État n’avait pas de plan d’action stratégique pour faire face à ce déclin. Il n’a en effet pas de liste noire des espèces nuisibles à la biodiversité qui ne devraient pas être autorisées à entrer dans le pays. Il n’effectue que des contrôles partiels aux frontières sur les marchandises importées susceptibles d’abriter des insectes nuisibles et a fait des « progrès insuffisants » pour atteindre 14 des 19 cibles qu’il s’est engagé à atteindre dans le cadre de la Convention internationale sur la diversité biologique.

La publication du rapport coïncide avec le combat qui oppose la communauté environnementale à la ministre de la Protection de l’environnement, Tamar Zandberg, au sujet d’un projet de loi d’initiative parlementaire visant à engager le ministère à mettre en œuvre la convention dans sa totalité et assumer la responsabilité de la surveillance de la nature, par des rapports réguliers à la Knesset sur les espèces en déclin.

Par biodiversité, on entend la variété biologique de la vie sur Terre. Cette variété existe au sein de différentes communautés, ou écosystèmes, dans des habitats tels que les forêts, les prairies, les déserts et les océans.

Des écosystèmes sains fournissent des « services » tels que la pollinisation des cultures (par les insectes, les oiseaux et les mammifères), l’air pur et l’eau potable, un climat équilibré et une protection contre les inondations et l’érosion. (La végétation fixe le sol, et toutes ses formes, des mangroves aux zones humides, aident à prévenir les inondations).

La valeur de la biodiversité pour la santé et le bien-être de la population israélienne est estimée à 122 milliards de shekels par an, selon le rapport.

Les écosystèmes du pays ne sont pas seulement menacés par la croissance démographique et l’urbanisation, mais aussi par la faune étrangère qui pénètre en Israël, s’adapte aux conditions locales et menace les espèces indigènes.

La myna commune, une espèce étrangère devenue invasive en Israël. (Crédit : Richard Taylor, CC BY 2.0, Wikimedia Commons)

C’est par exemple le cas d’oiseaux importés comme animaux de compagnie et qui se sont dispersés dans la nature, se sont reproduits rapidement et ont supplanté les espèces locales. C’est également le cas de poissons échappés d’aquariums ou d’insectes dévoreurs de bois, comme le très destructeur termite de Formose.

« Depuis de nombreuses années, des centaines d’espèces invasives se sont établies en Israël, causant des dommages – parfois économiques – aux humains et à l’environnement », indique le rapport.

Il note que 452 espèces marines invasives ont été identifiées près des côtes israéliennes et que 114 pépinières étaient infectées par la fourmi de feu, en août 2021.

La fourmi de feu, classée par l’Union internationale pour la protection de la nature parmi l’une des 100 espèces exotiques invasives qui menacent le plus l’environnement et la biodiversité, a été découverte pour la première fois en Israël en 2005 et s’est depuis répandue dans tout le pays.

Des fourmis de feu. (Crédit : Cabezonication, iStock par Getty Images)

Le ministère de la Protection de l’environnement a appris en mai 2019 que le termite de Formose était présent dans le pays, poursuit le rapport, mais n’a commencé à traiter le problème qu’en septembre 2020, de sorte que 10 foyers sont aujourd’hui bien établis.

La Société pour la protection de la nature en Israël a réagi au rapport en rappelant qu’elle avait « alerté il y a dix ans de l’absence d’un programme national budgétisé pour protéger la biodiversité ». Elle avait par ailleurs averti le ministère, en 2016, de la possibilité d’une invasion de termites de Formose.

En 2016, elle a soumis avec l’Autorité israélienne de la nature et des parcs du gouvernement une proposition détaillée pour traiter la question des espèces invasives et la protection de la biodiversité.

La ministre de l’Environnement Tamar Zandberg assiste à une réunion de la commission des finances, à la Knesset à Jérusalem, le 15 novembre 2021. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)

En 2017, le professeur Alon Tal, militant écologiste chevronné, aujourd’hui membre de la Knesset, et le professeur Uri Shanas, zoologiste de l’université de Haïfa, ont co-écrit un projet de loi sur l’état de la nature et de la biodiversité.

En mars, une série d’organisations environnementales ont envoyé une lettre à Zandberg lui demandant de mettre en œuvre le projet de loi, qui a déjà passé l’étape de la lecture préliminaire à la Knesset.

Le projet de loi est actuellement bloqué sur la question de l’organisation de la surveillance et du suivi de la nature.

Zandberg voudrait que le projet de loi garantisse le financement et le droit de Maarag – le programme national d’évaluation des écosystèmes d’Israël – à produire des rapports annuels, comme il le fait depuis 2006, pendant au moins trois années de plus.

Maarag est basé au Musée d’histoire naturelle Steinhardt de l’Université de Tel Aviv et n’a aucun statut juridique.

Tal, Shanas, les organisations environnementales et même le conseiller juridique de la Commission des affaires intérieures et de l’environnement de la Knesset rétorquent qu’un appel d’offres en bonne et due forme doit être organisé si le suivi et les rapports doivent être effectués par un organisme extérieur afin que d’autres institutions universitaires puissent soumissionner. Tous estiment que garantir cette fonction à une organisation n’est ni approprié ni légal.

Ils souhaitent que le ministère assume la responsabilité globale de la surveillance pour l’obliger à prendre des mesures au vu des résultats.

Le député du parti Kakhol lavan, Alon Tal, à la Knesset le 30 juin 2021. (Noam Moskowitz/Knesset)

Selon Shanas, le fait que Maarag soit cofinancé par des organismes chargés de la protection de la biodiversité limite leur liberté de critique. Les bailleurs de fonds sont le ministère de la Protection de l’environnement, l’Autorité israélienne de la nature et des parcs, le Fonds national juif KKL-JNF et le musée Steinhardt.

Tal, qui est député sous l’étiquette du parti Kakhol lavan, a déclaré au Times of Israel avoir modifié le libellé du projet de loi à trois reprises au fil des ans pour obtenir le soutien de la communauté scientifique et environnementale. Les professionnels du ministère ont soutenu le projet de loi, et Zandberg elle-même avait initialement promis de le faire prospérer, a-t-il déclaré.

« Je suis déconcerté par la tournure qu’ont pris les événements », a-t-il poursuivi. « Tout le monde autour de moi me dit que c’est politique. »

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