La bisexualité au centre de la marche des Fiertés de Tel Aviv
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La bisexualité au centre de la marche des Fiertés de Tel Aviv

Cette attention toute particulière apportée aux bisexuels a pour objectif d'aider à mettre en lumière les groupes marginalisés au sein de la communauté LGBTQ

Un couple de lesbiennes se tient la main durant la marche des Fiertés de Tel Aviv le 3 juin 2016 (Crédit : David Silverman/Getty Images via JTA, File)
Un couple de lesbiennes se tient la main durant la marche des Fiertés de Tel Aviv le 3 juin 2016 (Crédit : David Silverman/Getty Images via JTA, File)

Tel Aviv a donné le coup d’envoi de la semaine la plus importante des fêtes des Fiertés de tout le Moyen-Orient. Sa marche emblématique de vendredi, qui devrait attirer plus de 200 000 personnes, devrait couronner une semaine de célébrations et d’événements culturels aux couleurs de l’arc en ciel.

Le thème de la parade, cette année, est « la visibilité bisexuelle », ce qui fera de cette marche tournée vers la bisexualité l’une des plus grandes au monde.

Chaque année, les membres de la communauté LGBTQ de Tel Aviv choisissent un thème pour la semaine d’événements du mois de juin. Parmi les thèmes passés, « les femmes pour le changement » en 2016 et la « visibilité transgenre » l’année précédente.

« La marche des Fiertés est un événement véritablement fun qui unit la communauté mais c’est aussi une manifestation réellement politique », commente Noemi Seroussi, présidente du Forum Bi-Pan-Poly Forum d’Aguda, le groupe de travail national israélien sur la communauté LGBT. « C’est une opportunité pour la communauté de dire : ‘Ce sont des questions qui sont importantes pour nous' ».

Des hommes agitant des drapeaux à la Gay Pride de Tel-Aviv le 12 juin 2015 (Crédit : Flash90 / Gili Yaar)
Des hommes agitant des drapeaux à la Gay Pride de Tel-Aviv le 12 juin 2015 (Crédit : Flash90 / Gili Yaar)

Le Forum Bi-Pan-Poly défend la bisexualité, la pansexualité et la polysexualité – ces deux dernières étant des extensions non-binaires de la bisexualité.

« Dans le passé, les thèmes de la marche des Fiertés à Tel Aviv étaient très généraux, des trucs comme ‘Familles fières’ ou ‘nous sommes tous égaux’, ajoute Seroussi. « Puis il y a eu un choix spécifique qui venait de l’intérieur de la communauté qui a permis aux groupes plus vulnérables de faire entendre leur voix ».

Cette initiative visant à mettre en exergue les communautés marginalisées au sein de la communauté LGBTQ a commencé il y a deux ans, lorsque la marche a fêté les transgenres.

L’année dernière, les femmes et ceux qui s’identifient comme femmes se sont trouvés sur le devant de la scène. « C’est vraiment bien qu’ils aient décidé de prendre les femmes comme thème parce que parfois, les événements relatifs à la semaine des Fiertés peuvent réellement être dominés par les hommes », avait estimé Miriam Fine, une jeune avocate de 25 ans originaire de Londres, lors de la marche de l’année dernière.

La Gay pride à Tel Aviv le 3 juin 2016 (Crédit : Luke Tress / Times of Israel)
La Gay pride à Tel Aviv le 3 juin 2016 (Crédit : Luke Tress / Times of Israël)

Seroussi indique qu’un thème significatif pour la parade reste évocateur même lorsqu’ont disparu les derniers ballons. Elle note que tandis que de nombreuses personnes ont des connaissances ouvertement gays ou lesbiennes, très peu de bisexuels osent encore faire part de leurs orientations sexuelles. Même au sein de la communauté LGBT, les bisexuels se sentent souvent ostracisés.

« Avant de pouvoir évoquer ce dont nous avons besoin, il faut d’abord qu’on dise : ‘Hé, salut, on est là, on existe' », dit Seroussi.

Elle espère que ce thème plus politique permettra à la marche des Fiertés de Tel Aviv de revenir aux racines de ces marches, qui ont commencé comme des manifestations politiques pour afficher l’ampleur et le soutien de la communauté.

Je veux que [cette manifestation] soit moins commerciale et plus politique », confie-t-elle. « Je veux que nous puissions passer de cette fête joyeuse du ‘Nous sommes tous égaux’ à ‘Unissons-nous en tant que communauté luttant en faveur de l’égalité des droits' ».

Environ 200 000 personnes ont participé à la Gay Pride annuelle à Tel Aviv, le 3 juin 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Environ 200 000 personnes ont participé à la Gay Pride annuelle à Tel Aviv, le 3 juin 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Dans la semaine qui précède la marche, des douzaines de bars organisent des fêtes des Fierté dans les rues de Tel Aviv décorées aux couleurs de l’arc en ciel. Un festival du film LGBT est à découvrir à la Cinémathèque ainsi que de nombreux autres événements, dont une course de drag-queens en talons aiguilles qui devront descendre les marches du Centre Dizengoff.

La police est en état d’alerte élevé pour garantir que la marche se déroule sans problème. Dimanche, les forces de l’ordre ont arrêté un homme à Bnei Brak, soupçonné de menacer la prochaine marche dans un post publié sur Facebook. Au cours de la manifestation de 2015 à Jérusalem, Shira Banki, 16 ans, avait été assassinée et plusieurs autres personnes avaient été blessées par Yishai Schlissel, extrémiste ultra-orthodoxe qui voulait protester contre la marche.

La municipalité de Tel Aviv accorde une grande importance à cette semaine des Fiertés qui attire énormément de touristes étrangers. Ils ont été plus de 30 000 à venir l’année dernière en Israël à cette occasion.

La Gay pride à Tel Aviv le 3 juin 2016 (Crédit : Brandon Berry / Times of Israel)
La Gay pride à Tel Aviv le 3 juin 2016 (Crédit : Brandon Berry / Times of Israël)

L’année dernière, la communauté LGBT s’était mise en colère lorsque le ministère du Tourisme avait expliqué qu’il dépenserait 11 millions de shekels (soit 2,86 millions de dollars) en publicité pour attirer des visiteurs européens à la semaine des Fiertés. Cette somme représente 10 fois le montant du financement public annuel donné aux groupes LGBTQ.

Après que les groupes ont menacé d’annuler leur participation à la semaine des Fiertés, le ministère des Finances avait fait savoir qu’il offrirait aux groupes homosexuels et transgenres 11 millions de shekels sur trois ans.

Seroussi explique que la lutte de l’année dernière démontre le pouvoir que les groupes LGBTQ peuvent exploiter. « Ce sont des budgets qui continueront et qui seront renouvelés chaque année, cela arrive vraiment », dit-elle. « Cela montre ce qu’une communauté peut faire lorsqu’on travaille ensemble ».

La Gay pride à Tel Aviv le 3 juin 2016 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
La Gay pride à Tel Aviv le 3 juin 2016 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)
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