La Cour ordonne de réduire la souffrance lors des transports d’animaux vivants
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La Cour ordonne de réduire la souffrance lors des transports d’animaux vivants

Tout en excluant une interdiction totale du transport d’animaux vivants, la justice donne au gouvernement jusqu’au 30 avril pour décider d’initiatives permettant d’améliorer le bien-être animal

Vidéo de promotion d'un transport de moutons par e De-Levie Agriculture Produce. (Capture d'écran Youtube)
Vidéo de promotion d'un transport de moutons par e De-Levie Agriculture Produce. (Capture d'écran Youtube)

La Haute-cour de justice a ordonné au gouvernement de « passer à la vitesse supérieure » et d’accélérer les tentatives afin de réduire les souffrances des animaux transportés en Israël pour l’engraissement et l’abattage.

Faisant part de son jugement provisoire sur une requête soumise par des groupes de défense des droits des animaux qui réclamaient l’interdiction complète de ce que ces organisations qualifient les « transports de la mort » et de leur remplacement par de la viande fraîche importée, les juges Elyakim Rubinstein, Hanan Meltzer et Neil Hendler ont donné pour instruction au gouvernement d’avancer, d’ici le 30 avril, la mise en œuvre de politiques qui réduiraient la souffrance des animaux importés.

En 2016, 571 972 têtes de bovins et d’ovins sont arrivées dans les ports israéliens depuis l’Europe et l’Australie, soit près du double du nombre de 2015 (292 274), selon les chiffres du ministère de l’Agriculture.

Plus de 30 % viennent d’Australie, le plus grand exportateur d’animaux vivants du monde, et voyagent jusqu’à trois semaines pour arriver en Israël. Les autres viennent d’Europe de l’Est et du Portugal.

Transport de bétail vivant depuis l'Australie. (Crédit : Lynn Simpson)
Transport de bétail vivant depuis l’Australie. (Crédit : Lynn Simpson)

Un rapport de la vétérinaire australienne Lynn Simpson, qui a été la vétérinaire officielle de 57 transports d’animaux vivants, notamment vers Israël, indiquait un espace trop exigu pour les animaux qui passaient la journée dans leurs propres excréments, ‘cuisant à l’intérieur’ sous les températures arides de la mer Rouge, tandis que les cadavres des animaux survivants étaient jetés à la mer.

Simpson a été démise de ses fonctions, l’industrie du bétail australienne ne voulant plus travailler avec elle.

Dans le jugement provisoire du tribunal, Rubinstein a expliqué que tout en faisant bien la distinction entre la durée des voyages depuis l’Australie – trois semaines – et ceux vers l’Europe – trois à cinq jours – tous les plaignants étaient désireux de réduire la souffrance animale et d’oeuvrer en faveur de l’amélioration de leur bien-être.

Toutefois, ni le marché, ni les demandes des consommateurs, ni les coûts entraînés ne permettaient d’interdire strictement le transport d’animaux vivants.

Rubinstein s’est référée à une décision gouvernementale prise – « que ce soit une coïncidence ou non » – un mois après que la requête a été une première fois soumise en 2015.

Cette décision concernait la nécessité de protéger les animaux conformément à la loi de prévention de la cruauté sur les animaux de 1994 et d’appliquer les conclusions d’un comité interministériel.

Une mesure gouvernementale exigeait, de plus, la formation d’un comité consultatif comprenant des universitaires, des responsables gouvernementaux et des personnalités publiques, l’établissement d’un département consacré au bien-être animal au sein de l’unité des services vétérinaires du ministère de l’Agriculture, ainsi que nouvelles réglementations pour le transport animalier.

De gauche à droite : les députés  Yael Cohen Paran et Dov Khenin, et Ori Shavit pendant une manifestation pour le droit des animaux, à Tel Aviv, le 28 janvier 2017. (Crédit : Or Keren)
De gauche à droite : les députés Yael Cohen Paran et Dov Khenin, et Ori Shavit pendant une manifestation pour le droit des animaux, à Tel Aviv, le 28 janvier 2017. (Crédit : Or Keren)

« Personne ne peut penser que les animaux doivent impérativement souffrir lors des transports ».

« Le fossé se trouve entre les ‘importations zéro’ réclamées dans la requête – qui partent du principe qu’il n’y a pas vraiment de moyen d’empêcher la souffrance et de d’assurer une surveillance – et la mise en place de législations et de véritables démarches qui permettront de réduire les souffrances des animaux », a indiqué le jugement.

Il y a une véritable possibilité « d’avancer plus énergiquement » pour atteindre ce dernier objectif, selon la Cour.

Le comité consultatif – qui ne devrait se réunir qu’au mois d’avril – s’est rencontré pour la première fois quelques jours avant l’audience, même si tous ses membres n’ont pas encore été nommés.

« A ce rythme-là, c’est difficile de croire qu’il y aura des progrès suffisants », déplore le jugement provisoire.

Pour dire les choses, il faudra que ce comité – qui devra comprendre également des groupes de défense des animaux – « passe à la vitesse supérieure », que ce soit au niveau de ses calendriers de réunions, du travail de ses sous-comités impliqués dans la rédaction de nouvelles régulations. Les actions gouvernementales concernant cette question devront, elles aussi, s’accélérer.

Ran De-Levie, qui est à la tête de De-Levie Agriculture Produce, entreprise mise en cause dans la requête et qui importe du bétail d’Europe de l’est sur ses propres bateaux, a déclaré à la radio israélienne mardi que « les mensonges affirmant que les veaux arrivent recouverts de leurs excréments et toutes les sortes de descriptions choquantes comme celles-ci ne sont pas fondées ».

« Un appareil qui photographie une voiture passant au feu rouge à un carrefour ne donne pas une information sur tous les conducteurs », a-t-il ajouté, dénonçant ce qu’il a qualifié « de discours incendiaires et de mensonges ».

Manifestation pour le droit des animaux, à Tel Aviv, le 28 janvier 2017. (Crédit : Revital Topiol)
Manifestation pour le droit des animaux, à Tel Aviv, le 28 janvier 2017. (Crédit : Revital Topiol)

Les emplois dans le secteur de l’importation du bétail soutiennent 1 000 familles israéliennes, a-t-il poursuivi. « Nous sommes les premiers à soutenir une loi qui améliorera le bien-être des animaux ».

Le Dr. Haggai Almagor, ancien responsable au ministère de l’Agriculture de l’application de la loi renforçant le bien-être animal, a fustigé « l’audace » de De-Levie.

Almagor a expliqué au micro de la même émission de la radio israélienne que « le transport d’animaux vivants n’est rien de plus que du transport de viande dans des corps bien vivants qui ne pourrissent pas ».

Seules les normes les plus minimalistes sont respectées pour s’assurer que les animaux arriveront encore en vie.

« C’est inacceptable », a-t-il déclaré.

La loi portant sur la prévention de la cruauté sur les animaux n’est pas parvenue à protéger le grand nombre d’animaux considérés comme de simples ‘statistiques’, a-t-il ajouté.

Cette législation est écrite d’une manière permettant d’éviter certains actes de cruauté spécifique, mais elle ne protège pas correctement les animaux qui souffrent sont soumis aux techniques agricoles industrielles modernes.

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