La détention de 5 jeunes Palestiniens près d’un avant-poste, une « erreur »- Armée
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La détention de 5 jeunes Palestiniens près d’un avant-poste, une « erreur »- Armée

Les soldats avaient arrêté des enfants de 8 à 13 ans, le mois dernier ; des habitants de l'avant-poste illégal de Havat Maon avaient déclaré qu'ils étaient venus sans autorisation

Un soldat israélien avec un enfant palestinien à al-Rakiz, dans les collines du sud d'Hébron, le mercredi 10 mars 2021 (Crédit : Nasr Nawajaa/B'Tselem).
Un soldat israélien avec un enfant palestinien à al-Rakiz, dans les collines du sud d'Hébron, le mercredi 10 mars 2021 (Crédit : Nasr Nawajaa/B'Tselem).

L’armée israélienne a expliqué que l’arrestation de cinq enfants palestiniens le mois dernier au sud des collines de Hébron avait été une erreur.

Les soldats avaient appréhendé cinq mineurs, âgés de 8 à 13 ans, après avoir été informés par les habitants de Havat Maon qu’ils étaient entrés dans cet avant-poste illégal sans autorisation.

Ils seraient restés en détention au commissariat de Kiryat Arba pendant près de trois heures avant d’être libérés.

Une enquête de l’armée a établi qu’en raison de leur jeune âge, aucune raison ne pouvait justifier le placement en détention de ces enfants.

Dans un courrier envoyé mercredi à l’avocate des enfants, Gaby Lasky, les militaires ont exprimé leur regret suite à l’incident, disant qu’il « est apparu que certains des enfants n’étaient pas en âge d’endosser une responsabilité pénale ».

La loi israélienne précise que les enfants de moins de 12 ans ne peuvent pas être considérés comme responsables pénalement de leurs actes, avait déclaré Lasky au Times of Israël suite à l’incident.

Le courrier, signé par le conseiller juridique de l’armée en Cisjordanie, a reconnu qu’il « n’y avait aucune justification à la détention de ces mineurs par les militaires ».

Gabi Lasky devant le tribunal de district de Nazareth, le 16 mai 2019. (Facebook)

En réponse à la missive, Lasky a confié à Haaretz que « c’est une bonne chose que l’armée reconnaisse son erreur mais il me semble que la reconnaissance de cette bévue ne saurait être suffisante ».

« Ce n’est pas la première fois que l’armée place en détention des mineurs n’ayant pas atteint l’âge de la responsabilité pénale, en violation du droit », a-t-elle ajouté.

Les enfants, dont trois ont moins de 12 ans, avaient dit être venus dans le secteur de l’avant-poste illégal de Havat Maon pour ramasser des plantes sauvages comestibles.

Hillel Garmi, un activiste israélien qui était présent sur les lieux, avait déclaré au Times of Israël qu’il avait vu les enfants cueillir des plantes sauvages près de l’avant-poste de Havat Maon, sans apparemment s’y introduire.

« Nous avons vu un certain nombre de résidents israéliens descendre de la colline, ils se sont approchés des enfants, et les enfants ont fui vers al-Rakiz, qui est à proximité », avait expliqué Garmi, qui avait observé l’incident depuis le sommet d’une colline voisine.

Selon Garmi, les résidents de l’avant-poste s’étaient lancés à la poursuite des enfants dans une camionnette. Lorsque ces enfants les avaient vus, ils s’étaient enfuis, laissant derrière eux des paniers remplis des végétaux qu’ils avaient ramassés – et que les habitants de Havat Maon ont pris avec eux.

Plus tard, cet après-midi là, un certain nombre de jeeps de l’armée étaient entrées à al-Rakiz, une localité palestinienne non reconnue de la région, à la recherche des enfants. Les soldats les avaient alors arrêtés.

Un soldat israélien avec un enfant palestinien à al-Rakiz, dans les collines du sud d’Hébron, le mercredi 10 mars 2021 (Crédit : Nasr Nawajaa/B’Tselem).

Des images filmées par le groupe de défense des droits de l’Homme BTselem avaient montré les soldats de l’armée israélienne emmenant les enfants de force et les embarquant à bord d’un véhicule militaire.

Selon les informations qui avaient été initialement transmises par l’armée israélienne, les enfants étaient soupçonnés d’avoir volé des perroquets à Havat Maon. Ces accusations ont toutefois disparu des communiqués officiels qui ont été ultérieurement émis par Tsahal et n’ont pas non plus été mentionnées dans la lettre envoyée à Lasky.

Des champs agricoles proches de l’implantation de Havat Maon, située près de Hébron, en Cisjordanie, filmés par un drone d’une organisation palestinienne. (Crédit : Capture d’écran/Regavim)

Selon l’enquête qui a été réalisée par les militaires suite à cet incident, les soldats avaient été appelés pour prendre en charge le cambriolage présumé d’une maison de l’avant-poste, les résidents craignant une menace à la sécurité des habitants.

L’armée israélienne s’était alors mis en quête des enfants avant de les placer en détention. Elle avait ensuite convoqué la police israélienne sur les lieux après que les habitants ont affirmé que les enfants avaient pénétré sur des propriétés privées.

Les militaires ont indiqué que les soldats ignoraient « l’âge exact des mineurs avant de les transférer devant la police israélienne ».

Dans leur missive, les soldats ont ajouté « regretter l’incident et en avoir tiré les leçons ».

Lasky a confié à Haaretz que « dans cette affaire, il n’y avait aucune raison de placer ces mineurs en détention », ajoutant que « le fait que l’armée estime que son rôle est de protéger les avant-postes illégaux et qu’elle s’abstienne ainsi de protéger les populations locales signifie que la reconnaissance par l’armée de son erreur n’est pas suffisante dans le cas qui nous occupe ».

« Elle devrait indemniser les enfants et démanteler les avant-postes qui sont à l’origine de violences et de peurs et qui violent les droits des mineurs et de leurs familles », a-t-elle conclu.

Aaron Boxerman a contribué à cet article.

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