La famille Jarushi, des criminels liés au député David Bitan
Rechercher

La famille Jarushi, des criminels liés au député David Bitan

Un membre de l'organisation criminelle de Ramle se retrouve au centre de l’enquête sur les pots-de-vin présumés du chef de la coalition

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Husam Jarushi, mafieux présumé accusé de complicité dans l’enquête concernant David Bitan, député du Likud, au tribunal le 4 décembre 2017 (capture d'écran : Hadashot)
Husam Jarushi, mafieux présumé accusé de complicité dans l’enquête concernant David Bitan, député du Likud, au tribunal le 4 décembre 2017 (capture d'écran : Hadashot)

Ce mardi matin, la police aurait interpellé deux autres membres de la famille Jarushi – leurs noms n’ont pas été dévoilés. Actuellement en garde à vue, Husam Jarushi a quant à lui été arrêté dimanche dernier dans le cadre de l’enquête pour corruption concernant David Bitan (Likud), président de la coalition, et des responsables de la municipalité de Rishon Lezion – y compris le maire.

Bitan est soupçonné d’avoir contracté des emprunts à des membres de la famille criminelle. Incapable de les rembourser, il leur a alors offert différentes faveurs pour effacer sa dette. Bitan et Husam Jarushi nient tous les deux tout acte répréhensible.

Le clan, qui compte environ 2 500 personnes, est composé de musulmans qui ont immigré il y a environ 140 ans depuis la Libye sur des terres qui appartiennent désormais à Israël. Ils auraient toujours entretenu de bonnes relations avec leurs voisins juifs et, durant la Première Alyah, les juifs de la région de Ramle-Lod les auraient payés en échange de leur protection armée contre des villageois arabes hostiles. Si de nombreux membres de la famille sont médecins, avocats ou autre, une famille Jarushi, qui réside dans le secteur de Ramle, est selon plusieurs sources impliquée dans le crime organisé.

Selon les médias, la famille est considérée par la police comme l’une des plus puissantes et l’une des plus violentes organisations criminelles d’Israël. Ils gagneraient des centaines de millions de shekels par an, notamment en réglant des différends entre citoyens et groupes criminels, en extorquant de l’argent à des entreprises et à des entrepreneurs du secteur de la construction, en exploitant des clubs de jeu illégaux, en fabriquant de fausses pièces de dix shekels, en vendant de la cocaïne et des armes et en proposant des services de tueurs à gages.

En outre, certains membres de la famille seraient actifs dans les secteurs de l’immobilier et de la construction dans et autour des villes de Lod, Ramle, Rehovot et Rishon Lezion.

David Bitan, député du Likoud MK et leader de la coalition, arrive à la Knesset, le 4 décembre 2017 (Flash90)

Selon la police, la famille aurait également proposé des crédits extra-bancaires et se serait rendu coupable de blanchiment d’argent. En Israël, selon un reportage de la Deuxième chaîne diffusé en août 2015, le secteur des prêts extra-bancaires, également connu sous le nom de « marché gris », est essentiellement dirigé par des organisations criminelles et rapporterait 30 milliards de shekels (7,2 milliards d’euros) par an. Des dizaines de milliers de personnes – principalement issues des classes les plus pauvres de la société israélienne – y auraient recours chaque année. Ils obtiennent ainsi rapidement un prêt, avant de réaliser plus tard que les taux d’intérêt sont si élevés (20 à 800 % par an) qu’ils ne peuvent pas le rembourser.

Si ces différends sont parfois résolus devant les tribunaux, la plupart du temps l’emprunteur se retrouve menacé par ces groupes criminels, jusqu’à ce qu’il parvienne à payer. Ainsi, il se retrouve obligé de demander de l’argent à ses proches ou à accepter de rendre divers services pour l’organisation. Selon un expert du crime organisé en Israël – qui a tenu à garder son anonymat – interrogé par le Times of Israël, ces « services » consistent en la prostitution ou en acceptant de porter la responsabilité d’un crime de l’organisation au tribunal.

Au cours de ces dernières décennies, divers membres de la Knesset ont présenté des projets de loi visant à réglementer ce « marché gris » qui terrorise des dizaines de milliers d’Israéliens des classes populaires. Néanmoins, les lois qui existent contre l’extorsion et l’usure ne sont quasiment jamais appliquées.

En coopération avec de nouveaux immigrants originaires de France, la famille Jarushi aurait également été impliquée dans la vaste arnaque du Forex et des options binaires. En juin 2016, la police israélienne a arrêté une vingtaine de personnes, pour la plupart de nouveaux immigrants français et américains, ainsi que Harry Amar, Eli Revivo, Ahmad et Sami Jarushi, soupçonnés d’avoir dirigé des centres d’appels qui ont, de diverses manières, escroqué leurs clients.

Selon un rapport de police publié en septembre 2017, le groupe « exploitait plusieurs sites web d’options binaires et de devises et vendait de faux investissements dans les diamants. Leurs employés téléphonent à des foyers à l’étranger, principalement en France, et les persuadent d’investir sur les sites Internet de l’entreprise. L’argent que les investisseurs déposent disparaît et ne revient jamais, même si ces derniers avaient l’impression d’en gagner sur le site. »

La police a également constaté que les plates-formes en ligne appartenant à ce groupe étaient truquées et que l’argent était transféré sur des comptes bancaires offshore. L’argent reviendrait par la suite aux fraudeurs en Israël par l’intermédiaire de boutiques de change appartenant à des criminels bien connus, a indiqué la police.

Selon les autorités, deux membres de la famille Jarushi, Ahmad Jarushi et Hamza Milad, s’assuraient de la protection des fraudeurs et veillaient à ce que chacun des complices de l’opération criminelle reçoive sa juste part des revenus.

La famille Jarushi entretient une rivalité de longue date avec une autre famille du crime israélo-arabe, les Karaja. On compte des dizaines d’assassinats entre les deux clans, bien que les deux familles aient maintenu un cessez-le-feu ces deux dernières années. Selon les médias, la famille Jarushi entretient néanmoins de bonnes relations avec la famille Abergil, et les deux organisations ont coopéré dans de nombreuses entreprises communes.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...