La frappe israélienne présumée de Natanz en Iran « aussi complexe que Stuxnet »
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La frappe israélienne présumée de Natanz en Iran « aussi complexe que Stuxnet »

L'explosion de l'usine de centrifugeuses aurait retardé le programme de 2 ans, selon le "NY Times", avec une série de frappes provoquant une "pression interne et externe extrême"

L'Organisation de l'énergie atomique d'Iran montre un bâtiment endommagé par un incendie à l'usine d'enrichissement d'uranium de Natanz, à 322 kilomètres au sud de Téhéran, le 2 juillet 2020. (Organisation de l'Energie atomique d'Iran via l'AP)
L'Organisation de l'énergie atomique d'Iran montre un bâtiment endommagé par un incendie à l'usine d'enrichissement d'uranium de Natanz, à 322 kilomètres au sud de Téhéran, le 2 juillet 2020. (Organisation de l'Energie atomique d'Iran via l'AP)

Une attaque israélienne présumée menée contre une usine de développement et d’assemblage de centrifugeuses avancées dans l’installation d’enrichissement d’uranium de Natanz en Iran a montré la complexité du virus Stuxnet qui a saboté les centrifugeuses d’enrichissement iraniennes il y a dix ans, ont déclaré des experts et des analystes dans un nouveau rapport vendredi.

Des responsables ayant eu connaissance de l’explosion à Natanz la semaine dernière ont déclaré au New York Times qu’elle était très probablement le résultat d’une bombe placée dans l’installation, potentiellement sur une ligne de gaz stratégique, mais qu’il n’était pas exclu qu’une cyber-attaque ait été utilisée pour provoquer un dysfonctionnement qui a conduit à l’explosion.

De nouvelles photos satellites de Natanz « montrent des dégâts bien plus importants que ce qui était évident la semaine dernière », rapporte le Times.

Le virus Stuxnet a été découvert en 2010 et aurait été développé conjointement par les services de renseignements américains et israéliens. Il a pénétré dans le programme nucléaire iranien, prenant le contrôle et sabotant des parties de ses processus d’enrichissement en accélérant ses centrifugeuses. Jusqu’à 1 000 centrifugeuses sur 5 000 ont finalement été endommagées par le virus, selon les rapports, ce qui a fait reculer le programme nucléaire.

Des centrifugeuses au sein de l’usine d’enrichissement de l’uranium de Natanz, dans le centre de l’Iran, le 5 novembre 2019. (Crédit : Organisation de l’énergie atomique via l’AP)

L’explosion du 2 juillet à Natanz fait partie d’une série d’explosions mystérieuses survenues ces dernières semaines sur des sites stratégiques iraniens – la dernière en date s’est produite samedi soir – qui ont une fois de plus été largement attribuées soit à Washington, soit à Jérusalem, soit aux deux.

Une explosion a aussi eu lieu vendredi et « semblait venir à partir d’une base de missiles », a noté le Times. « S’il s’avère qu’il s’agit d’une autre attaque, elle ébranlera encore plus les Iraniens en démontrant, une fois de plus, que même leurs installations nucléaires et de missiles les mieux gardées ont été infiltrées ».

Les responsables des services de renseignement qui ont évalué les dommages causés à cette usine de centrifugeuses ont déclaré au Times qu’ils pensaient que cela avait pu faire reculer les Iraniens de deux ans.

Et d’autres ont affirmé que les dernières attaques présumées indiquaient une stratégie émergente d’Israël et des Etats-Unis – incluant également l’assassinat par Washington du général Qassem Soleimani plus tôt cette année – pour mener des frappes secrètes qui entraveront les objectifs régionaux et nucléaires de l’Iran tout en évitant de conduire à un conflit généralisé. « Certains responsables ont déclaré qu’une stratégie conjointe américano-israélienne était en train d’évoluer – certains pourraient dire qu’elle régresse – vers une série de frappes secrètes et ponctuelles, visant à éliminer les généraux les plus importants du Corps des Gardiens de la Révolution islamique et à retarder le programme nucléaire iranien », a rapporté le Times.

Karim Sadjadpour, membre du groupe de réflexion Carnegie Endowment for International Peace basé à Washington, a déclaré au journal que les dernières attaques avaient entraîné « une pression interne et externe extrême » sur l’Iran alors qu’il est aux prises avec une crise économique et avec les sanctions américaines.

Un porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré vendredi que la cause de l’explosion de Natanz n’était pas encore connue, mais a averti que le pays riposterait sévèrement s’il s’avérait qu’une entité étrangère était impliquée, selon l’agence de presse semi-officielle Fars.

Cependant, il a également cherché à minimiser l’implication israélienne, affirmant que ces rapports n’avaient pour but que d’agresser Israël et affirmant que Jérusalem revendique la responsabilité d’incidents « dans tous les coins du monde ».

Mardi, l’Iran avait appelé à une action contre Israël suite aux dommages causés aux installations de Natanz. « Cette méthode utilisée par Israël est dangereuse et pourrait s’étendre à n’importe quel endroit du monde », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Ali Rabiei, lors d’une conférence de presse.

Une image satellite de Planet Labs Inc. qui a été annotée par des experts du James Martin Center for Nonproliferation Studies du Middlebury Institute of International Studies montre un bâtiment endommagé après un incendie et une explosion sur le site nucléaire iranien de Natanz, le 3 juillet 2020. (Planet Labs Inc., James Martin Center for Nonproliferation Studies at Middlebury Institute of International Studies via AP)

Il a ajouté : « La communauté internationale doit réagir et fixer des limites à ces actions dangereuses du régime sioniste ».

Ses commentaires survenaient alors que l’Iran semblait reconnaître publiquement mardi que l’incendie de la semaine dernière à Natanz n’était pas un accident.

L’explosion survenue dans une clinique de Téhéran, en Iran, le 30 juin 2020. (Capture d’écran : Twitter)

Mardi, une explosion aurait endommagé une usine au sud de Téhéran. Selon les médias iraniens, deux personnes ont été tuées et trois autres blessées dans l’explosion de l’usine Sepahan Bresh, dans le district de Kahrizak.

Le gouverneur de la région a déclaré qu’une erreur humaine était à l’origine de l’incident.

Une explosion aurait également endommagé une centrale électrique dans la ville iranienne d’Ahvaz samedi dernier. Quelques heures plus tard, l’Agence de presse de la République islamique d’Iran a déclaré qu’une fuite de chlore gazeux dans un centre pétrochimique du sud-est de l’Iran avait rendu 70 travailleurs malades.

Une semaine avant l’explosion de Natanz, une explosion a été ressentie à Téhéran, apparemment causée par une explosion au complexe militaire de Parchin, qui, selon les analystes de la Défense, abrite un système de tunnels souterrains et des installations de production de missiles.

Israël aurait également été à l’origine d’une cyber-attaque en mai sur une installation portuaire iranienne, provoquant un chaos généralisé, apparemment en représailles à une tentative de Téhéran de cibler les infrastructures hydrauliques israéliennes.

La Treizième chaîne de télévision a rapporté que l’attaque d’avril sur les systèmes israéliens de commandement et de contrôle de l’eau avait suscité une grande colère chez les dirigeants israéliens, qui y ont vu une escalade significative de la part de l’Iran et le franchissement d’une ligne rouge parce qu’elle visait les infrastructures civiles.

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