La guerre juridique de Netanyahu attendra ; il se bat pour sa vie politique
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Analyse

La guerre juridique de Netanyahu attendra ; il se bat pour sa vie politique

L'urgente priorité du Premier ministre, maintenant que le procureur général a annoncé son intention de l'inculper, est de persuader le public qu'il doit - et peut - diriger le pays

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors des funérailles de l'ancien ministre de la Défense Moshe Arens, au cimetière de Savyon, le 8 janvier 2019. (Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors des funérailles de l'ancien ministre de la Défense Moshe Arens, au cimetière de Savyon, le 8 janvier 2019. (Flash90)

Pour la première fois dans l’histoire d’Israël, un Premier ministre en exercice a été informé jeudi par la hiérarchie juridique de l’Etat qu’il allait être inculpé d’infractions pénales.

Si l’on regarde le verre à moitié plein, l’affaire indique qu’Israël dispose d’une solide et indépendante hiérarchie juridique et d’application de la loi, capable d’enquêter même sur le Premier ministre pour s’assurer que tous sont soumis à la loi et égaux devant la loi. Si l’on regarde le verre à moitié vide, cela signifie qu’après qu’un ancien Premier ministre et un ancien président sont allés en prison pour activités criminelles, un Premier ministre en exercice sera maintenant jugé à moins qu’il ne soit en mesure, au cours du processus d’audience auquel il a droit, de persuader le procureur général de reconsidérer sa décision.

Benjamin Netanyahu insiste sur le fait qu’il n’a commis aucun crime. Il se dit victime d’une chasse aux sorcières politique menée par l’opposition de gauche, les médias de gauche et une police partiale, qui font pression sans relâche sur le procureur général Avichai Mandelblit, un homme qu’il a nommé à ce poste mais qu’il qualifie désormais de « faible ».

La présomption d’innocence lui tient à cœur. Il va maintenant être juridiquement examiné.

Le procureur général Avichai Mandelblit durant une conférence organisée par Hadashot News à Jérusalem le 3 septembre 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/ Flash90)

Mais Netanyahu soutient essentiellement que Mandelblit, dans l’acte même d’annoncer l’intention de l’inculper, lui a déjà refusé la présomption politique d’innocence et, ce faisant, a biaisé les élections. Le procureur général a eu son mot à dire sur l’affirmation de Netanyahu, mais comme le processus d’audience ne peut être terminé avant les élections israéliennes du 9 avril, la version des arguments du Premier ministre ne sera pas connue de façon comparable.

C’est une affirmation tendancieuse : D’une part, Netanyahu s’est donné beaucoup de mal, y compris en direct à la télévision, pour présenter au public les aspects centraux de sa défense.

D’autre part, c’est lui qui a choisi d’avancer les élections de leur date prévue en novembre.

Mais ce n’est pas une accusation à être négligemment rejeté. Une ombre plus sombre plane en effet maintenant sur Netanyahu. Jusqu’à jeudi, il a été largement rapporté qu’il serait accusé de corruption et d’abus de confiance dans les enquêtes menées contre lui. Mais maintenant, les allégations signalées sont devenues des allégations officiellement formulées, après deux ans d’enquête et d’évaluation, par les gardiens de la force publique israélienne.

L’annonce officielle, qui arrive si tôt avant que les citoyens ne se rendent aux urnes pour élire leur prochain gouvernement, a des répercussions évidentes sur les élections. La question de savoir si cela les biaise injustement est une toute autre affaire. On peut avancer un contre-argument selon lequel le fait de ne pas faire l’annonce, de ne pas informer le public des allégations suffisamment fondées pour justifier une mise en accusation, aurait constitué une atteinte beaucoup plus grave à la démocratie.

Netanyahu se retrouve maintenant avec une montagne juridique à gravir. Dans un premier temps, le Premier ministre doit chercher à réunir une défense crédible au point de convaincre Mandelblit – qui a supervisé toute l’enquête et qui a choisi de porter des accusations en ayant conscience des conséquences politiques bouleversantes qui en découlent – qu’il a tort. Qu’il a mal compris. Qu’il n’y a pas d’affaire recevable.

Les suspects ont obtenu des délais dans le processus d’audience. Mais cela semble tout à fait improbable en l’espèce, étant donné que Mandelblit connaît très bien les éléments de preuve et qu’il a dû tenir compte de l’inquiétude et de la prudence avec lesquelles il a dû évaluer ces éléments de preuve avant de décider de poursuivre.

Si Netanyahu ne parvient pas à dissuader Mandelblit, la bataille sera alors portée devant les tribunaux, et un processus juridique qui durera des années s’ensuivra.

L’ancien Premier ministre Ehud Olmert quitte la Cour suprême à Jérusalem après que le tribunal ait accepté à sa demande de reporter de sa peine de prison le 8 juillet 2015 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

Mais la longue bataille juridique qui est au cœur de cette affaire n’est pas la priorité urgente du Premier ministre. Tout d’abord, il y a la bataille politique – pour vaincre les appels de l’opposition à sa démission et pour persuader ses collègues, dont beaucoup sont des rivaux potentiels, qu’il demeure un atout, un gagnant du vote, le chef qui leur assurera la bonne fortune politique.

Pour les persuader, en bref, que malgré l’annonce ou même à cause d’elle, il se fera réélire. Ehud Olmert, il faut le rappeler, a été contraint de démissionner de son poste de Premier ministre en 2008 avant qu’un acte d’accusation n’ait été signifié contre lui – parce qu’il était devenu un handicap politique. Olmert n’est allé en prison, au terme d’un processus juridique exhaustif, que huit ans plus tard.

Les sondages d’opinion indiquent que Netanyahu a conservé une popularité politique personnelle importante tout au long des enquêtes. Le dernier sondage électoral du Times of Israel, réalisé cette semaine à la veille de l’annonce de Mandelblit, l’a toujours trouvé au coude à coude avec son nouveau rival Benny Gantz comme Premier ministre préféré des Israéliens.

Le chef du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, lors d’une conférence de presse à Tel Aviv le 19 février 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

Son défi politique au cours des prochaines semaines sera de conserver cette popularité, notamment en convainquant les électeurs qu’il est tout à fait capable de diriger le pays et d’organiser simultanément sa défense juridique.

Si le soutien au Likud commence à s’affaiblir, comme l’indique le sondage ToI, Netanyahu, l’homme politique, sera dans une situation très difficile. Et puis, aussi improbable que cela puisse paraître dans un pays où les mots « Benjamin Netanyahu » et « Premier ministre » sont devenus synonymes, Netanyahu l’accusé légal pourrait devenir l’affaire d’un Israël qui est passé à autre chose.

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