La majorité des nouvelles constructions sont dans des « implantations isolées »
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La majorité des nouvelles constructions sont dans des « implantations isolées »

Les chiffres de La Paix Maintenant montrent une légère baisse du nombre de constructions commencées l'an dernier. 78 % d'entre elles se trouvent bien au-delà de la Ligne verte

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Un nouveau projet de logement en construction dans l'implantation israélienne de Nokdim, le 24 octobre 2017 (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)
Un nouveau projet de logement en construction dans l'implantation israélienne de Nokdim, le 24 octobre 2017 (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

Les constructions d’implantations en Cisjordanie et les approbations de permis se sont renforcées au cours de la première année de la présidence de Trump, avec la part du lion du lancement de nouvelles habitations qui revient à des communautés isolées israéliennes se situant bien au-delà de la Ligne verte, révèle un rapport publié dimanche par un groupe de gauche.

Ce document réalisé par l’observatoire des implantations La Paix maintenant établit que l’Etat juif a lancé la construction de 2 783 maisons en 2017. Ce qui est environ 17 % plus élevé que la moyenne annuelle depuis l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Benjamin Netanyahu en 2009.

Le rapport révèle que 78 % des nouvelles maisons – soit 2 168 unités de logement – se situent dans des implantations écartées qui devraient probablement être évacuées si un état palestinien devait être établi, soit 8 % de plus que l’année passée.

Et 234 de ces unités – ou 8 % du total – se situent dans des avants-postes illégaux et minuscules qui ne sont même pas autorisés par Israël, a-t-il fait savoir.

Les données ont été publiées dans le rapport annuel de La Paix maintenant, qui a comparé les photos aériennes prises par l’observatoire des implantations israéliennes à la fin de l’année 2017 à celles des années précédentes.

Les implantations isolées sont celles qui se trouvent à l’est de la frontière proposée par l’initiative de Genève, un plan de paix élaboré en 2003 par les chefs israéliens et palestiniens qui, selon de nombreux partisans de la solution à deux états, représente le mieux ce à quoi pourrait ressembler un accord final.

Ce plan comprend des échanges de terres qui intégreraient au sein de l’Etat juif quelques blocs d’implantations adjacents au territoire israélien.

La Paix maintenant a indiqué que 36 % des débuts de construction commencées en Cisjordanie en 2007 ont eu lieu sur des terres situées à l’est de la barrière de sécurité, ce qui représente une hausse de 9 % par rapport à l’année précédente.

Une carte des frontières de l’initiative de Genève proposée, qui avait été élaborée par les leaders israéliens et palestiniens en 2003. Le bleu marque les parties de Cisjordanie qui seraient annexées par Israël (Crédit : La Paix maintenant)

La barrière de sécurité a été construite à l’apogée de la deuxième intifada, au début des années 2000, pour prévenir l’entrée des kamikazes en Israël. Tandis qu’elle doit encore être complètement terminée, la partie ouest de la barrière complétée inclurait des implantations comme Ariel et Kedumim, qui se trouvent à seulement 20 kilomètres au nord de la Cisjordanie.

Tandis que le groupe a souligné que les 2 783 constructions commencées représentaient une hausse d’environ 17 % par rapport à la moyenne annuelle enregistrée depuis 2009, ce chiffre marque également un déclin depuis 2016, où les travaux de 3 027 constructions avaient débuté.

Hagit Ofran du groupe La Paix maintenant a expliqué qu’en plus des contraintes bureaucratiques, la hausse en 2016 a été le résultat d’un nombre substantiel d’appel d’offres qui ont été approuvés en 2013 et 2014 par le gouvernement de Netanyahu durant les pourparlers de paix qui étaient dirigés par le secrétaire d’Etat américain de l’époque, John Kerry.

« Les approbations ont été considérées comme des compensations offertes à la droite face à la libération de prisonniers par Netanyahu au cours des négociations », a dit Ofran. Elle a expliqué qu’il avait fallu deux ans pour que ces autorisations deviennent réelles sur le terrain.

Une carte montrant les frontières d’une solution à deux états si elle se basait sur le parcours de la barrière de sécurité israélienne. Les marques bleues signalent les parties de la Cisjordanie qui seraient annexées par Israël sur la base des longueurs actuelles de la frontières et les marques rouges montrent les parties qui seraient aussi ajoutées après l’achèvement de la barrière (Crédit : La Paix maintenant)

Tandis que le nombre de constructions lancées peut avoir légèrement diminué au cours de l’année passée, le nombre d’unités de logement qui ont traversé des stades de planification variés est passé de 2 629 à 6 742 – dont presque la moitié a obtenu une approbation finale de la part du gouvernement.

De plus, plus de 65 % de ces 6 742 maisons d’implantation se trouvent à l’est des frontières proposées dans l’initiative de Genève, a dit le rapport.

Cette hausse a coïncidé avec l’arrivée à la Maison Blanche du président américain Donald Trump, l’année dernière.

Tandis que les présidents républicains et démocrates se sont opposés aux constructions dans les implantations, Trump a adopté un positionnement plus souple. Il a demandé à Israël de montrer de la retenue mais ne s’est pas laissé aller aux fortes condamnations de ses prédécesseurs. Son équipe de paix au Moyen-Orient, avec à sa tête son gendre Jared Kushner, est dominée par des personnalités liées au mouvement pro-implantations.

Netanyahu a été un partisan affirmé des implantations à travers toute sa carrière et sa coalition est dominée par une ligne dure religieuse et nationaliste alignée sur le mouvement pro-implantations et qui s’oppose à l’indépendance des Palestiniens. Devant affronter une liste croissante d’enquêtes de corruption, Netanyahu a également fait appel à sa base dure.

« Le rythme stable des constructions et des travaux dans la Cisjordanie profonde attestent des incitations inébranlables du Premier ministre à l’égard des entreprises d’implantations », a dit le rapport. « Il apparaît également que la nouvelle présidence en 2017 n’a pas eu d’effet de dissuasion marginal sur ces initiatives israéliennes unilatérales ».

Le mouvement La Paix maintenant a indiqué que ces chiffres différaient de ceux établis par le Bureau central des statistiques qui a dénombré 1 759 débuts de travaux en 2017 (et 1 826 en 2016) parce qu’il s’appuie sur les données délivrées par les présidents des conseils de Cisjordanie « qui n’incluent pas les constructions illégales dans leurs rapports ».

« On se souviendra de 2017 comme d’une année où le gouvernement israélien a perdu toute pudeur », a expliqué Shabtay Bendet, directeur de l’équipe de contrôle des implantations de La paix maintenant.

« Si dans le passé, le gouvernement s’était concentré sur les constructions et les logements dans les blocs, il apparaît que le gouvernement oeuvre ouvertement en faveur d’une réalité d’annexion », ajoutant que les approbations de construction et les débuts de travaux en Cisjordanie mèneront à une catastrophe à un état.

Le conseil de Yesha, organisation-cadre des implantations, n’a pas répondu aux demandes de commentaires du Times of Israel. Mais dans le passé, le groupe a déjà qualifié les chiffres de La Paix maintenant de « trompeurs », affirmant que l’ONG de gauche s’efforce de diaboliser les citoyens israéliens qui ont choisi de vivre au-delà de la Ligne verte.

Le mois dernier, un leader d’implantations, utilisant des données gouvernementales officielles, a indiqué que la population dans les implantations a augmenté de 3,4 % l’année dernière, ce qui représente presque le double du taux de croissance de la population israélienne globale, à plus de 435 000 personnes.

Pour les Palestiniens, les données de La Paix maintenant ont été une nouvelle cause de méfiance face à l’administration américaine alors que la Maison Blanche tente de mettre le point final à une initiative de paix au Moyen-Orient.

Les Palestiniens ont rompu la majorité des contacts avec la Maison Blanche depuis que Trump a reconnu Jérusalem en tant que capitale israélienne au mois de décembre. Les Palestiniens considèrent cette initiative comme étant injustement biaisée envers Israël sur la question la plus sensible dans le conflit, et ils ont d’ores et déjà rejeté le plan de paix américain avant même qu’il soit rendu public.

Nabil Shaath, haut-conseiller du président de l’Autorité palestinienne President Mahmoud Abbas, a indiqué que les chiffres prouvent que Netanyahu « ne s’intéresse pas à la paix » et qu’il détruit les espoirs d’une solution à deux Etats.

“Netanyahu continue son projet d’implantation, profitant du fait que les Etats-Unis gardent le silence », a-t-il dit. « Ces chiffres sont très dangereux. Nous les condamnons, et nous continuerons à oeuvrer politiquement pour y mettre un terme ».

Le bureau de Netanyahu et la Maison Blanche n’ont pas répondu dans l’immédiat à nos demandes de commentaires.

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