La présence à Moscou de généraux de Tsahal envoie un message d’urgence militaire
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La présence à Moscou de généraux de Tsahal envoie un message d’urgence militaire

Dans un geste rare, Netanyahu se rend en Russie avec le chef d'état major chef de Tsahal et avec la tête du renseignement militaire

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) avec le chef d'état-major de Tsahal Gadi Eisenkot lors d'une visite à la frontière nord d'Israël le 18 août 2015 (Crédit photo: Amos Ben Gershom / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) avec le chef d'état-major de Tsahal Gadi Eisenkot lors d'une visite à la frontière nord d'Israël le 18 août 2015 (Crédit photo: Amos Ben Gershom / GPO)

Pour montrer qu’il n’avait pas pris à la légère le developpement de la semaine dernière de l’armée russe en Syrie, Israël n’a pas envoyé un mais deux membres de l’état-major de Tsahal pour accompagner le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Moscou lundi, dans un effort de plancher sur les relations précaires entre Israël, la Russie, la Syrie et le Hezbollah.

Le général Gadi Eisenkot et le chef du renseignement militaire le général Herzl « Hertzi » Halevi accompagnent le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour discuter avec le président russe Vladimir Poutine et ses conseillers du mouvement des troupes russes en Syrie.

La présence d’un seul de ces généraux aurait été en soi un fait remarquable. Que les deux voyagent avec Netanyahu vise à montrer tant aux Israéliens qu’au gouvernement russe la gravité de la situation à la frontière nord d’Israël et de l’intention de l’armée israélienne de poursuivre ses frappes aériennes sur des cibles hautement prioritaires du Hezbollah en Syrie.

Israël a reconnu avoir ciblé plusieurs installations et convois d’armes du Hezbollah et syriennes ces dernières années, et il est couramment admis que l’armée de l’air israélienne en a effectué beaucoup plus, malgré le refus des responsables de les revendiquer.

Vladimir Poutine et Benjamin Netanyahu a Jérusalem  le 25 juin 2012 (Crédit photo : Marc Israel Sellem/POOL/Flash90)
Vladimir Poutine et Benjamin Netanyahu a Jérusalem le 25 juin 2012 (Crédit photo : Marc Israel Sellem/POOL/Flash90)

La plupart de ces attaques ont été effectuées contre des systèmes d’armes sophistiquées – des missiles et des canons d’artillerie, plutôt que des fusils et des grenades.

Poutine, a en revanche compliqué la stratégie d’Israël vis-à-vis du Hezbollah et de la Syrie quand il a annoncé que l’armée russe se prenait position dans le pays déchiré par la guerre, s’installant dans la ville portuaire de Lattaquié.

Des images satellites montrent déjà des canons d’artillerie de fabrication russe et des avions de combat SU-30 dans la ville du nord-ouest de la Syrie.

La présence de soldats russes dans le pays est un obstacle supplémentaire pour l’armée israélienne, qui doit maintenant continuer à empêcher les ennemis d’Israël d’obtenir des armes dangereuses, sans provoquer un incident international en tuant les soldats d’un allié.

En 2013 et 2014, Israël a été soupçonné d’avoir effectué des frappes aériennes sur des entrepôts d’armes à Lattaquié. Avec désormais une présence militaire russe dans la ville, des attaques similaires risquent d’être plus difficiles à réaliser.

Un véhicule blindé, probablement de Russie, un BTR-82A, lors d'une bataille à Lattaquié, en Syrie, dans une vidéo postée en ligne le 23 août 2015. (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Un véhicule blindé, probablement de Russie, un BTR-82A, lors d’une bataille à Lattaquié, en Syrie, dans une vidéo postée en ligne le 23 août 2015. (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Bien que le gouvernement israélien n’ait pas publié le calendrier du voyage de lundi, Eisenkot et Halevi rencontreront probablement leurs homologues de l’armée russe pour évoquer deux questions connexes: empêcher le Hezbollah de se procurer des armes de fabrication russe et les frappes de l’armée de l’air israélienne contre les systèmes d’armes avancées déjà en la possession de la milice pro-iranienne.

Bien qu’une partie de l’arsenal du Hezbollah vienne d’Iran, plusieurs de ses armes meurtrières – le missile anti-char Kornet, qui a été mortel dans un combat contre les chars israéliens Merkava, et les roquettes Katioucha, qui ont plu sur les villes du nord d’Israël au cours de la seconde guerre du Liban en 2006 – proviennent de Russie.

Bien que beaucoup de ces systèmes d’armes étaient destinées à la Syrie, certains ont néanmoins fini dans les mains du Hezbollah, selon Nadav Pollak, chercheur au Washington Institute for Near East Policy..

Certains des systèmes vendus par la Russie comprennent des canons antiaériens et des missiles terre-air, qui pourraient être dévastateurs pour la supériorité aérienne d’Israël dans un futur conflit avec le Hezbollah, a dit Pollak.

En tant que chef du renseignement, Halevi montrera vraisemblablement aux militaires russes des informations prouvant que ces armes de fabrication russe finissent entre les mains du Hezbollah, a expliqué Pollak.

Le général Herzi Halevi (Crédit photo: Mitch Ginsburg / Times of Israel)
Le général Herzi Halevi (Crédit photo: Mitch Ginsburg / Times of Israel)

En plus de tenter de prévenir d’autres transferts, Netanyahu, Eisenkot et Halevi discuteront également de l’intention d’Israël de détruire ces systèmes avancés que l’organisation terroriste a déjà acquis.

Puisque le Hezbollah est étroitement lié avec Assad, l’allié de la Russie, cela peut être un point de friction avec le président Poutine, même si Israël n’est pas prêt à y renoncer, a confié lundi au journal Israel Hayom Yossi Cohen, conseiller à la sécurité nationale auprès du Premier ministr.

Netanyahu dira Poutine qu’Israël n’acceptera pas de restrictions sur ses capacités d’intervention en Syrie, a déclaré Cohen.

Puisque les frappes d’Israël contre le Hezbollah ont eu lieu sur le territoire syrien, ce qui viole sa souveraineté, a expliqué Pollak, « il y a une chance que la Russie exprime son oppositon à cette politique. »

Les États-Unis ont également exprimé des préoccupations quant au rôle de Poutine dans la guerre civile syrienne.

« Un soutien militaire pemanent au régime par la Russie ou tout autre pays risque d’attirer plus d’extrémistes et d’enraciner Assad, et entrave la voie à la résolution de la crise », a déclaré dimanche le secrétaire d’Etat américain John Kerry en Allemagne.

Kerry a proposé des pourparlers militaires avec la Russie afin de prévenir des affrontements entre les forces américaines et russes dans la région, et de s’assurer que «il n’y ait pas d’erreur potentielle ou d’incident d’un type qui risque de générer un plus grand potentiel de conflit. »

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