La visite du Premier ministre en Inde passe largement inaperçue
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La visite du Premier ministre en Inde passe largement inaperçue

Remplie de touristes israéliens et de vendeurs attentionnés, il y a pourtant peu de buzz au Paharganj de New Delhi autour de la visite du Premier ministre Israélien

Le Paharganj à Delhi, le 12 décembre 2016 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
Le Paharganj à Delhi, le 12 décembre 2016 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

NEW DELHI, Inde — Le caissier d’un restaurant du Paharganj à Delhi – un établissement qui propose des plats « israéliens » comme le hoummous et la shakshouka – s’est précipité pour s’emparer d’un exemplaire du Hindustan Times lorsque je lui ai dit que j’étais originaire d’Israël.

Alors qu’il feuilletait les pages avec excitation, je me suis demandé s’il allait me trouver un article consacré à l’arrivée, aujourd’hui, du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Au lieu de celà, il m’a montré avec fierté une pleine page sur le rabbin Habad de Delhi Akiva Soundry, qui dirige un centre juif juste de l’autre côté de cette rue excessivement chère, peuplée et touristique, où le falafel est aussi banal que l’aloo paneer.

« Vous le connaissez ? », m’a-t-il demandé.

A l’écart des hôtels et de l’ambassade israélienne où séjournent Netanyahu, son épouse, son entourage et la délégation d’hommes d’affaires qui les accompagnent, le Paharganj est l’endroit où, sans aucun doute, se trouve la plus grande concentration d’Israéliens dans cette ville animée. Là, les tuks-tuks, des sortes de tricycles motorisés jaunes et verts, passent devant des panneaux écrits en hébreu à une vitesse effarante et il est courant d’entendre parler autour de soi l’hébreu, l’allemand ou l’anglais tout autant que le hindi, notamment parmi les commerçants qui tentent d’attirer les touristes dans leurs boutiques.

Des Juifs orthodoxes du mouvement Habad au Paharganj de New Delhi, le 12 décembre 2016 (Crédit : Nati Shohat/ Flash90)

Et pourtant, alors que les Israéliens ont toujours fait partie de ce parcours commercial – avec des boutiques textiles peu chères – et des maisons d’hôtes touristiques, l’arrivée d’un VIP israélien dans cette ville de 21 millions de personnes ne semble pas véritablement avoir ému les foules.

Viqram Sheikh sur le Paharganj de Delhi, le 14 janvier 2018 (Crédit : Joshua Davidovich/Times of Israel)

Viqram Sheikh, un hébraïsant loquace qui, a-t-il insisté, est un musulman né à Delhi qui a appris l’hébreu auprès des touristes qui, sac au dos, inondent la zone – ne savait absolument pas que Netanyahu était là. Mais il s’est déclaré satisfait de voir que le Premier ministre tente d’élargir les liens commerciaux entre les deux pays.

“Inchallah, bien sûr que j’espère qu’il amènera plus de commerce, pourquoi pas ? », a-t-il dit, s’appuyant sur son panneau qui annonce « les cuirs de Sheikh » en hébreu. « Nous sommes tous les mêmes. Je suis séfarade et vous êtes ashkénaze ».

Une randonneuse israélienne, qui a refusé de donner son nom et a expliqué avoir presque terminé son « long » voyage ici pour se détendre après son service militaire, ignorait également que le Premier ministre se trouvait là.

« Bibi qui ? Oh, Netanyahu », s’est-elle exclamé, signe qu’elle s’est trouvée loin suffisamment longtemps pour en oublier le nom de ses politiciens.

Netanyahu a souligné l’importance de ce séjour – le premier par un Premier ministre israélien depuis 15 ans – pour le renforcement des liens commerciaux et diplomatiques, mais alors que les ventes d’arme entre les pays ont augmenté, la relation a été marquée de manière plus ardente par un lien profondément personnel entre le Premier ministre et son homologue indien, Narendra Modi. Cette amitié s’est manifestée par les démonstrations d’affection entre les deux hommes lorsque Modi s’est rendu en Israël au mois de juillet et par l’accolade chaleureuse entre les deux hommes à l’aéroport, lorsque Netanyahu est descendu de son avion à Delhi, dans l’après-midi de dimanche, qui a été remarquée par tous les observateurs.

Benjamin Netanyahu, à gauche, et Narendra Modi s’apprêtent à se saluer à New Delhi, le 14 janvier 2018 (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

Et pourtant, alors que la visite de Modi a été lourdement couverte par la presse indienne et israélienne, il n’est pas certain que le voyage de Netanyahu fasse autant le buzz. En amont de cette visite, Netanyahu a attaqué les « médias hostiles » qui n’ont pas couvert son déplacement et tandis que ses commentaires ont ignoré les journalistes qui le suivraient en Inde (et dont je fais partie), il est malgré tout difficile de ne pas remarquer que le nombre de professionnels des médias est moins important que lors de ses précédents voyages.

Dans la grande métropole de Delhi également – qui serait la deuxième ville la plus importante du monde selon certains décomptes – ce qui semble déterminant à un endroit ne l’est pas forcément dans un autre. Tandis que, dans certains quartiers, la présence de la délégation israélienne a été ressentie en raison de soldats lourdement armés patrouillant dans un vaste périmètre autour des hôtels où Netanyahu et son entourage résident, mais également des drapeaux israéliens accrochés aux mâts, dans le reste de la ville, les tuks-tuks ont continué à circuler autour des mendiants et des bidonvilles sans réaliser que les symboles ressemblant à une étoile de David et à une croix gammée à leurs côtés étaient lourds de sens pour la délégation en visite exceptionnelle dans un autre secteur de leur agglomération.

Des pousses-pousses en vélo-taxi à New Delhi, en Inde, le 12 décembre 2016 (Crédit : Nati Shohat/FLASH90)

Mustafa, qui vend des textiles à Paharganj, a indiqué avoir remarqué des drapeaux israéliens mais n’avoir pas réalisé la raison de leur présence.

« Peut-être que vous pouvez dire au Premier ministre de venir demain dans ma boutique », a-t-il déclaré, en ne plaisantant peut-être qu’à moitié.

Un autre vendeur, Isaac Chowdhury, a tenté de me vendre – ainsi qu’à Netanyahu par mon intermédiaire – des tickets de bus pour Agra lorsque je lui ai dit que le Taj Mahal serait la prochaine destination du Premier ministre après Delhi. Même s’il a échoué – nous nous y rendrons mardi par avion – il a tout de même exprimé l’espoir que les liens commerciaux fleurissent.

« C’est très bien », a-t-il dit d’un air absent, observant avec attention la rue animée afin de dénicher un nouveau client.

Alors que j’accostais plus tard dans la soirée un conducteur de tuk-tuk, ce dernier m’a demandé d’où je venais.

« D’Israël », lui ai-je répondu.

« Ah, alors vous n’êtes peut-être pas au courant », a-t-il riposté. « Mais votre Premier ministre est dans le pays en ce moment ».

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