L’administration Obama quittera le pouvoir avec un Moyen Orient en ruines
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AnalyseL’effondrement de l’Autorité palestininne est peut-être déjà là

L’administration Obama quittera le pouvoir avec un Moyen Orient en ruines

Le chemin est court entre un membre isolé des forces de sécurité menant une attaque, comme cela s’est produit jeudi, à un chaos général dans lequel Israël serait forcé de reprendre les villes de Cisjordanie

Avi Issacharoff est notre spécialiste du Moyen Orient. Il remplit le même rôle pour Walla, premier portail d'infos en Israël. Il est régulièrement invité à la radio et à la télévision. Jusqu'en 2012, Avi était journaliste et commentateur des affaires arabes pour Haaretz. Il enseigne l'histoire palestinienne moderne à l'université de Tel Aviv et est le coauteur de la série Fauda. Né à Jérusalem , Avi est diplômé de l'université Ben Gourion et de l'université de Tel Aviv en étude du Moyen Orient. Parlant couramment l'arabe, il était le correspondant de la radio publique et a couvert le conflit israélo-palestinien, la guerre en Irak et l'actualité des pays arabes entre 2003 et 2006. Il a réalisé et monté des courts-métrages documentaires sur le Moyen Orient. En 2002, il remporte le prix du "meilleur journaliste" de la radio israélienne pour sa couverture de la deuxième Intifada. En 2004, il coécrit avec Amos Harel "La septième guerre. Comment nous avons gagné et perdu la guerre avec les Palestiniens". En 2005, le livre remporte un prix de l'Institut d'études stratégiques pour la meilleure recherche sur les questions de sécurité en Israël. En 2008, Issacharoff et Harel ont publié leur deuxième livre, "34 Jours - L'histoire de la Deuxième Guerre du Liban", qui a remporté le même prix

Forces de sécurité et police scientifique israéliennes transportent le corps de Mazen Aribe, qui a été abattu après une attaque au checkpoint Hizme, au nord de Jérusalem, le 3 décembre 2015. Illustration. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Forces de sécurité et police scientifique israéliennes transportent le corps de Mazen Aribe, qui a été abattu après une attaque au checkpoint Hizme, au nord de Jérusalem, le 3 décembre 2015. Illustration. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Le scénario du Secrétaire d’Etat des Nations unies John Kerry soulignant un effondrement potentiel de l’Autorité palestinienne, présenté au Forum Saban à Washington DC, semble plus que réaliste.

Une fois n’est pas coutume, l’administration américaine, un expert pour commettre des erreurs fatales au Moyen Orient, semble lire l’état des affaires palestiniennes correctement, même si le secrétaire se trompe en utilisant le mot « effondrement ».

Au lieu de cela, cela devrait être remplacé par le terme « désintégration », qui d’une certaine manière a déjà commencé.

L’attaque au pistolet de jeudi, dans laquelle Mazen Aribe, un membre des Services de Sécurité Préventive a ouvert le feu sur les soldats des Forces de Défense d’Israël à proximité du point de contrôle de Hizme, marque un tournant.

Aribe a été tué par des tirs de soldats sur place.

L’Autorité palestinienne, au lieu de condamner ou au moins de ne pas soutenir l’action, a envoyé le négociateur en chef de l’Organisation de Libération de la Palestine Saeb Erekat et le maire de Jéricho pour rendre visite à la famille du terroriste.

Le négociateur palestinien Saeb Erekat (Capture d'écran YouTube)
Le négociateur palestinien Saeb Erekat (Capture d’écran YouTube)

Le message implicite était-il que l’AP et l’OLP soutiennent de telles actions ? L’Autorité palestinienne en est-elle arrivée au point où elle a décidé de ne pas s’opposer aux attaques préparées en son sein ?

A l’heure actuelle, les services de sécurité palestiniens maintiennent un niveau de discipline haut et continue la coordination sécuritaire exceptionnelle avec Israël. Des officiels du bureau du Coordinateur des Activités du Gouvernement dans les Territoires (COGAT) parle presque quotidiennement avec ses homologues palestiniens, et de nombreuses rencontres sécuritaires de haut niveau se tiennent même pendant ces jours difficiles.

Pourtant, il est clair pour tous les acteurs impliqués qu’il y a un gros point d’interrogation pour savoir combien de temps cette coordination sécuritaire et la discipline des forces palestiniennes peuvent être maintenue.

Le scénario cauchemar d’Israël

A quoi ressemblera une désintégration de l’AP ? Au début, probablement de la manière dont les choses se sont produites jeudi. Peut-être un incident isolé, avec un ou deux officiers de police palestinien qui décident d’attaquer des cibles israéliennes, entraînant de nombreuses victimes israéliennes.

De là, une réponse israélienne suivra. Ou peut-être un tir de réplique israélien entraînera un nombre plus grand de victimes palestiniennes.

Il y aura ensuite une demande des membres de la base des services de sécurité d’agir contre des soldats et des habitants d’implantations.

Comme cela s’est produit au début de la Deuxième Intifada en 200, nous verrons toujours plus de soldats et de policiers palestiniens rejoindre les manifesations et les attaques contre des Israéliens.

Le chemin partant de là jusqu’à une décision israélienne d’imposer des sanctions sur l’AP, mettant un terme à la coopération sécuritaire, serait très court.

On verrait ensuite un arrêt du transfert de l’argent des taxes vers l’AP, utilisé pour payer les salaires, une demande qui a déjà été entendue parmi la droite israélienne.

Quelques jours passeraient, et plus de policiers palestiniens qui ne seraient plus payés décideraient de mener des attaques. Dans le même temps, les fonctionnaires du gouvernement ne viendraient pas au travail, et bien sûr, au-dessus de toutes ces étapes plane la possibilité que le président de l’AP Mahmoud Abbas annonce qu’il « rend les clefs » à Israël et dissoud l’AP : s’il doit y avoir une occupation, autant qu’elle soit totale.

Un autre scénario plus court peut se réaliser si l’OLP décide de renier sa reconnaissance de l’Etat d’Israël. Cela pourrait entraîner des sanctions israéliennes comme l’arrêt des transferts de taxe, et ici aussi, le chemin vers un effondrement complet peut être rapide.

Et ensuite quoi ? Beaucoup de chaos, une présence massive du Hamas et d’autres groupes terroristes comme dans la Première intifada. Et, selon toute vraisemblance, Israël aura à rependre les villes palestiniennes et réinstaurer l’ordre militaire.

Le fardeau économique et sécuritaire sur Israël sera énorme. Et bien sûr, à long terme, il y aura une séparation vis-à-vis de la vision de deux états, ou, comme ils le qualifient à droite, un retour à la raison. Bienvenue dans un état binational.

La Maison Blanche et Kerry

Si c’est la forme que vont prendre les événements à venir, Kerry devra peut-être critiquer l’administration de son propre patron.

Kerry a investi de manière significative dans ses tentatives de résoudre le conflit israélo-palestinien. Mais il a été entravé par une Maison Blanche qui a fait preuve d’amateurisme et peut-être même d’ignorance pour gérer les problèmes de la région.

Dans le contexte palestinien, cela a commencé avec la focalisation presque obsessionnelle du président américain Barack Obama de faire pression pour le gel des constructions d’implantations.

Quand il a décidé de faire machine arrière sur cette question, il a compris qu’il était déjà trop tard, et Abbas refusait d’entrer dans des négociations sans un moratoire sur la construction.

Sur la question palestinienne, Kerry a agi raisonnablement, logiquement et avec beaucoup de motivation, au moins jusqu’aux mois récents. Mais les problèmes dans notre coin ne sont rien comparés aux erreurs en Syrie, en Irak et bien sûr en Iran.

Pour certaines raisons, Washington insiste à voir l’accord sur l’Iran comme une réussite glorieuse pour les Etats-Unis, même si c’est loin d’être le cas.

La Maison Blanche et l’administration américaine n’ont pas de quoi être fieres concernant le Moyen Orient, y compris l’accord iranien.

Le programme nucléaire iranien est peut-être retardé, mais le monstre iranien est plus puissant que jamais et aura une influence néfaste sur la région.

Cette administration, qui se vante elle-même du « discours du Caire » et du fait qu’elle ait abandonné l’ancien président égyptien Hosni Mubarak et avancé des idéaux démocratiques, laissera Washington avec un Moyen Orient en ruines.

Le pire est probablement encore devant nous.

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