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L’ancien chef de cabinet de Netanyahu condamné pour fraude et abus de confiance

Ce témoin de l'accusation dans le procès pour corruption du Premier ministre a été reconnu coupable d'avoir violé un accord sur les conflits d'intérêts alors qu'il était son proche conseiller

Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Le témoin de l'accusation Ari Harow pendant le procès contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu au cours d'une audience devant la Cour de district de Jérusalem, le 24 mai 2023. (Crédit : Noam Revkin Fentonl/Flash90)
Le témoin de l'accusation Ari Harow pendant le procès contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu au cours d'une audience devant la Cour de district de Jérusalem, le 24 mai 2023. (Crédit : Noam Revkin Fentonl/Flash90)

Ari Harow, ancien chef de cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a été condamné dans le cadre d’une négociation de peine, mercredi, pour fraude et abus de confiance par la Cour des magistrats de Rishon Lezion.

Harow a été reconnu coupable de s’être engagé dans « la vente fictive » d’une entreprise de conseil politique dont il était propriétaire et qu’il avait dû céder après avoir signé un accord sur les conflits d’intérêts, conclu au moment où il était devenu chef de cabinet du Premier ministre en 2014.

Cette vente fictive avait permis à Harow de rester lié à l’entreprise, dont il était redevenu le propriétaire unique un an après l’avoir cédée. De plus, Harow avait fait en sorte de privilégier au mieux les intérêts de sa firme pendant l’année passée à son poste de chef de cabinet de Netanyahu.

Selon les dispositions de la négociation de peine, Harow fera six mois de service communautaire et il devra s’acquitter d’une amende de 700 000 shekels.

Le bureau du procureur de l’État a indiqué, dans un communiqué, que la négociation de peine et la condamnation avaient eu lieu après la reconnaissance, par Harow, de la véracité des accusations lancées à son encontre. Ce règlement du dossier par le biais d’une négociation de peine avait été décidé après que Harow a accepté d’être témoin de l’accusation dans le procès pour corruption de Netanyahu, plus précisément dans les Affaires 1000 et 2000, où le Premier ministre doit répondre des charges de fraude et d’abus de confiance.

Harow avait pris sa fonction de chef de cabinet au Bureau de Netanyahu au mois de janvier 2014 et avait quitté ce poste au mois de janvier 2015.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu entouré de son ancien chef de cabinet Ari Harow et de son ancienne conseillère parlementaire Perach Lerner, le 24 novembre 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

En 2010, Harow avait fondé une firme de conseil politique appelée 3H Global dont il avait été le directeur jusqu’au mois de janvier 2014.

Il avait été placé dans l’obligation par le procureur-général, suite à l’accord sur les conflits d’intérêts qu’il avait signé lorsqu’il avait pris sa fonction, de vendre 3H Global dans la mesure où l’entreprise offrait des services de conseil et de développement commercial à des parties variées, notamment à des gouvernements étrangers, « tout en étant en lien avec les principaux responsables du gouvernement israélien ».

Harow s’était alors arrangé avec son ami de longue date et partenaire d’affaires, le docteur Gerald Platt, et ce dernier avait acheté les parts détenues par le chef de cabinet dans 3H Global, ce qui avait permis à Harow de préserver son lien avec l’entreprise.

Platt avait établi une société d’acquisition pour acheter 3H Global et il avait été convenu que la firme verserait la somme de 3 milliards de dollars à Harow, sous la forme de douze versements trimestriels prévus entre le mois de janvier 2014 et le mois de janvier 2017. Les paiements devaient sortir des profits réalisés par 3H Global et ils devaient ensuite être transférés à la société d’acquisition en tant que « frais de gestion » ou « crédit du propriétaire ».

La société d’acquisition devait alors transférer ces fonds à un administrateur, qui les transmettait ensuite lui-même à Harow.

De plus, une annexe figurant dans le contrat de vente avait été ajoutée, spécifiant que l’accord pouvait être rompu par les deux parties sans justification et que la société d’acquisition renoncerait à tous les paiements reçus jusqu’à ce moment-là dans le cadre de l’achat de 3H Global.

« L’annexe et le financement renouvelable ont permis de préserver le lien entre l’accusé [Harow]et 3H [Global], contrairement à aux données et autres informations que l’accusé avait présentées au ministère de la Justice et au procureur-général », avait affirmé l’acte de mise en accusation de la Cour lorsque l’affaire avait éclaté.

Le témoin de l’accusation Ari Harow pendant le procès pour corruption du Premier ministre Benjamin Netanyahu, au cours d’une audience de la Cour de district de Jérusalem, le 10 mai 2023. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Le contrat avait été finalement annulé par les parties en date du 31 décembre 2014 et Harow avait conservé la somme de 1 075 000 shekels qu’il avait reçue de la part de la société d’acquisition.

Harow avait officiellement récupéré ses parts dans l’entreprise au mois de janvier 2015.

A l’époque, l’acte de mise en examen avait également évoqué la manière dont Harow avait servi les intérêts de 3H Global alors qu’il travaillait pour le Premier ministre.

En 2014, une compagnie du secteur des télécommunications appelée Nip Global Ltd, qui avait des intérêts dans des pays variés, avait invité le président malgache d’alors, Hery Rajaonarimampianina, à venir en Israël pour lui montrer les capacités de la compagnie. Elle avait cherché à arranger une réunion entre le chef de l’État et Netanyahu dans le cadre de ce voyage.

Un responsable de Nip Global, Tuvia Grossman, avait demandé à Harow son aide dans l’organisation de cette rencontre. Harow avait répondu à Grossman qu’il ne pouvait rien faire dans la mesure où il était lui-même haut-fonctionnaire mais il lui avait dit qu’il allait le mettre en relation avec quelqu’un qui pourrait lui apporter son assistance.

Harow avait alors évoqué le sujet avec Avi Winter, de 3H Global et Winter était entré en contact avec Grossman. Finalement, un contrat avait été signé entre Nip Global et 3H Global – la firme devant fournir ses services de conseil – pour un montant à hauteur de 124 056 shekels sur une période de six mois, période pendant laquelle une réunion serait organisée entre Rajaonarimampianina et Netanyahu.

Harow avait aidé Grossman à mettre au point cette réunion avec Netanyahu ; il s’était entretenu avec le chef de cabinet du président de Madagascar pour coordonner la rencontre, confirmant pendant cette réunion que les deux leaders pourraient échanger au mois de juin 2024.

Netanyahu et Rajaonarimampianina s’étaient finalement vus le 8 juin 2014. Harow était également présent aux côtés des deux dirigeants, ce jour-là.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre Hery Rajaonarimampianina, le président de Madagascar, le 8 juin 2014. (Crédit : Kobi Gideon / GPO)

L’acte d’inculpation stipulait que Harow avait agi au bénéfice de Nip Global lorsqu’il avait appris que la firme était une cliente de 3H Global.

« Harow a reconnu qu’il a aidé à arranger la réunion entre le président de Madagascar et le Premier ministre et que ce faisant, il s’est placé dans une situation de conflit d’intérêts entre son poste de haut-fonctionnaire et ses intérêts personnels », a dit le Bureau du procureur de l’État, mercredi.

Pendant son témoignage devant la Cour de district de Jérusalem, au mois de mai dernier, dans l’Affaire 2000, Harow avait confirmé que Netanyahu avait cherché à conclure un accord avec Arnon Mozes, propriétaire du quotidien populaire Yedioth Ahronoth, pour s’assurer que la couverture du journal à son égard serait moins hostile.

Netanyahu est accusé, dans l’Affaire 2000, de fraude et d’abus de confiance en raison de sa tentative présumée de conclure un accord de compromis avec Mozes – Selon les dispositions de l’accord présumé, le Yedioth aurait couvert de manière plus positive les actions du Premier ministre qui, de son côté, aurait promu une législation affaiblissant le principal rival du journal, le quotidien Israel Hayom.

Alors qu’il était interrogé par l’avocat de la défense de Netanyahu, Amit Hadad, Harow avait répondu par l’affirmative à une question posée par l’avocat, qui lui demandait si la police avait pu « tenter d’inventer des accusations à son encontre » pour le contraindre à témoigner contre Netanyahu.

« Est-ce qu’il vous est apparu clairement que vous ne seriez pas suspect tant que vous donneriez des informations incriminant Netanyahu ? », avait demandé Hadad.

Harow avait rétorqué que « j’ai bien compris que ce qu’ils visent, c’est Netanyahu. J’ai eu peur de devenir un suspect ».

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