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Lapid estime qu’il est trop tôt pour « enterrer » le gouvernement actuel

Si la démission de Zoabi contribue à créer un climat d’incertitude, il ne sonne pas le glas du 36e gouvernement israélien ; Horowitz s'est longuement entretenu avec la députée

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid à gauche, et la députée Meretz Ghaida Rinawie Zoabi à droite. (Crédit: Danny Shem Tov/Porte-parole de la Knesset)
Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid à gauche, et la députée Meretz Ghaida Rinawie Zoabi à droite. (Crédit: Danny Shem Tov/Porte-parole de la Knesset)

Dans ses premiers commentaires depuis la démission de la députée Meretz Ghaida Rinawie Zoabi de la coalition, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a assuré vendredi qu’il était trop tôt pour condamner ce gouvernement.

« Ce gouvernement a été ‘enterré’ par cinq fois via des annonces spéciales – mais nous nous sommes relevés à chaque fois », a-t-il écrit sur Facebook. « Maintenant, ces mêmes personnes vous disent que tout est fini – ce n’est pas fini, nous sommes toujours là. »

Lapid a en outre déclaré que ce gouvernement était « la bonne chose pour l’État d’Israël et le peuple d’Israël », ajoutant qu’il ne permettra pas son effondrement.

« Nous n’avons pas l’intention de nous rendre ou de renoncer à ce projet. Nous n’avons pas l’intention de donner [à l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu] ‘Bibi’ et [au député d’extrême droite Itamar] Ben-Gvir une chance de détruire le pays. Nous ferons ce que nous faisons à chaque fois, nous nous assiérons avec qui de droit et nous réparerons ce qui doit l’être », a-t-il déclaré.

La démission de Rinawie Zoabi, annoncée jeudi, a provoqué une onde de choc dans l’arène politique israélienne, mettant la coalition au pouvoir du Premier ministre Naftali Bennett au bord de l’effondrement, avec le soutien de seulement 59 députés sur 120.

Les 61 autres membres de la Knesset étant répartis entre un bloc religieux de droite, le parti de la Liste arabe unie à majorité arabe (6 députés) et trois transfuges de la coalition qui pourraient faire l’objet de sanctions en cas d’élections, les spéculations allaient bon train quant à savoir si le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu pourrait réunir les 61 voix nécessaires pour dissoudre la Knesset, voire remplacer la coalition par son propre gouvernement – sans recourir aux élections – si d’autres députés de droite quittaient le navire.

La députée Ghaida Rinawie Zoabi assiste à une réunion de la commission spéciale sur les affaires de la société arabe, à la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 21 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cependant, Rinawie Zoabi a semblé vendredi moins désireuse de renverser le gouvernement, affirmant qu’elle continuera à soutenir la coalition « en attendant ».

« Je soutiendrai la coalition en attendant », a déclaré Rinawie Zoabi dans une interview à la radio de l’armée, « tant qu’elle sera attentive aux besoins de la société arabe ».

Dans une autre interview accordée à la radio Nas en langue arabe, la législatrice a déclaré qu’elle n’excluait pas la possibilité de démissionner de la Knesset.

« Mon objectif est de terminer mon mandat la tête haute dans la communauté arabe », a-t-elle déclaré.

Si Rinawie Zoabi devait démissionner de la Knesset, le Meretz récupérerait son siège et la personne suivante sur la liste du parti entrerait à la Knesset, ce qui ramènerait la coalition à 60 députés.

Les principaux législateurs de la coalition ont pris contact avec Rinawie Zoabi vendredi pour tenter de résoudre la crise.

Une conversation entre la législatrice et le chef du parti Meretz, Nitzan Horowitz, vendredi, aurait été « longue et fructueuse », selon plusieurs médias, qui n’ont pas donné de source ni de détails supplémentaires sur les discussions.

Jeudi, Horowitz avait dénoncé la défection de la députée et la mort possible de la coalition improbable qui, en juin dernier, a réussi à écarter Netanyahu du pouvoir pour la première fois en plus de dix ans.

Dans le même temps, le site d’information Ynet a rapporté que le leader du parti Raam, Mansour Abbas, avait rendu visite à Rinawie Zoabi à son domicile vendredi matin.

« Nous voulons comprendre où nous en sommes », a déclaré Abbas.

Le député et leader de Raam, Mansour Abbas, fait une déclaration à la presse à la Knesset, le 11 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Interrogée vendredi par la radio de l’armée sur la façon dont elle voterait si le Likud soumettait un projet de loi visant à dissoudre la Knesset la semaine prochaine, Rinawie Zoabi a répété ses déclarations précédentes et a cité sa lettre de démission, affirmant qu’elle n’avait pas pris de décision à ce sujet et qu’elle examinerait tout ce qui s’y rapporte.

Rinawie Zoabi a cité la récente conduite de la police sur le mont du Temple et lors des funérailles de la journaliste d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh comme raisons de sa démission, ce dernier évènement étant « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ».

Jeudi, Rinawie Zoabi a toutefois précisé qu’elle « ne fera pas automatiquement exploser la coalition ».

Si la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked et le ministre de la Défense Benny Gantz changent de comportement, a-t-elle poursuivi, « je pourrais soutenir la coalition de l’extérieur ».

Shaked a été l’une des membres de droite les plus virulentes du gouvernement, faisant avancer la loi dite de la citoyenneté, qui a renouvelé l’interdiction des permis pour les Palestiniens qui épousent des Israéliens de vivre avec leurs conjoints en Israël. Le bureau de Gantz a avancé des plans pour près de 4 500 nouveaux logements dans les implantations israéliennes au début du mois, dont beaucoup sont situées au cœur de la Cisjordanie, ce qui complique encore les perspectives d’une solution à deux États.

À gauche, le ministre de la Défense Benny Gantz dirige une réunion de faction au parlement israélien, le 21 juin 2021. À droite, la ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked, lors d’une cérémonie à Jérusalem, le 14 juin 2021. ( Crédit : Olivier Fitoussi/Yonatan Sindel/Flash90 ; montage par Times of Israel)

Le refus de Rinawie Zoabi de voter avec la mince coalition sur des projets de loi clés s’est avéré être un casse-tête pour ses collègues et il était prévu qu’elle soit envoyée à Shanghai en tant que consul général d’Israël. Cependant, elle a retiré sa nomination pour le poste lorsqu’elle a quitté la coalition, a déclaré un porte-parole.

Certaines informations ont suggéré que la démission de Rinawie Zoabi était liée à des retards dans le processus de nomination.

Alors que Lapid a annoncé la nomination de Rinawie Zoabi en février, il n’a soumis sa nomination à la Commission de la fonction publique que le mois dernier. Selon Haaretz, cela était dû à l’opposition des membres de la commission à la nomination de la législatrice de gauche.

Les responsables de la Knesset ont également informé Rinawie Zoabi qu’elle devrait démissionner du Parlement immédiatement après la confirmation de la Commission de la fonction publique, ce qui a provoqué la colère de la députée Meretz, qui souhaitait rester à son poste actuel jusqu’à la veille de son mandat à Shanghai, qui devait commencer plus tard cette année, a rapporté Haaretz.

Selon le radiodiffuseur public Kan, Lapid a promis à Rinawie Zoabi, lors de leur appel de jeudi, qu’il ferait en sorte qu’elle devienne consul général à Shanghai si elle revenait sur sa démission.

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