L’Australie pourrait reconnaître Jérusalem-Est comme capitale palestinienne
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Analyse

L’Australie pourrait reconnaître Jérusalem-Est comme capitale palestinienne

La distinction entre les parties Est et Ouest de Jérusalem proposée par Canberra ressemble plus à la position de la Russie qu'à celle des États-Unis

Raphael Ahren

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Scott Morrison, s'exprime devant les médias aux côtés de la ministre des Affaires étrangères Marise Payne au Parlement de Canberra, le 16 octobre 2018 (Crédit :  Mick Tsikas/AAP Image via AP)
Le Premier ministre Scott Morrison, s'exprime devant les médias aux côtés de la ministre des Affaires étrangères Marise Payne au Parlement de Canberra, le 16 octobre 2018 (Crédit : Mick Tsikas/AAP Image via AP)

Israël s’est réjoui en apprenant que l’Australie songeait à reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et à y transférer son ambassade. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est entretenu, dans la soirée de lundi, avec le nouveau Premier ministre australien, Scott Morrison, pour le remercier de cette annonce inattendue.

« Jérusalem est, a toujours été et sera toujours la capitale d’Israël, et la reconnaissance de cette vérité est la reconnaissance d’un fait indiscutable », a pour sa part commenté dans un communiqué officiel l’ambassade de l’État juif à Canberra.

Mais un examen plus minutieux du communiqué conjoint de Morrison et de sa ministre des Affaires étrangères Marise Payne émis mardi, montre que la reconnaissance potentielle par l’Australie de Jérusalem comme capitale d’Israël ne s’étendrait qu’à la partie occidentale de la ville, et inclurait la reconnaissance de ses quartiers orientaux comme capitale d’un futur État palestinien.

Canberra « examinera avec soin les arguments avancés par l’ancien ambassadeur d’Australie en Israël, Dave Sharma, qui préconise d’ouvrir une réflexion autour de la reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale d’Israël sans préjuger de ses frontières finales, tout en reconnaissant Jérusalem-Est comme la capitale attendue d’un futur État palestinien », dit le communiqué conjoint.

« De manière plus spécifique, le gouvernement examinera les avantages présentés par le transfert de l’ambassade d’Australie à Jérusalem-Ouest, dans le contexte du soutien que nous apportons à une solution à deux États. Toute décision prise fera l’objet d’une évaluation rigoureuse de l’impact potentiel d’une telle initiative sur nos intérêts nationaux, de manière plus large », ajoute-t-il.

Lorsque la Russie, au mois d’avril 2017, avait reconnu Jérusalem-Ouest comme capitale d’Israël, tout en soulignant que Jérusalem-Est sera « la capitale d’un futur État palestinien », les responsables israéliens n’avaient pas montré un grand enthousiasme car ils considèrent la ville entière comme la capitale éternelle et indivisible de l’État juif.

Le communiqué conjoint émis par les leaders australiens ressemble davantage à la déclaration russe qu’à la reconnaissance par le président Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël il y a huit mois.

Comme Trump, Morrison et Payne affirment vaguement qu’ils pourraient reconnaître « Jérusalem » – sans ajouter d’adjectifs géographiques ou politiques. Les États-Unis, comme le nouveau gouvernement australien, notent que toute reconnaissance de Jérusalem ne préjugerait en rien de la question des frontières finales (dans son discours du 6 décembre, Trump avait souligné qu’il ne prenait « aucunement position sur les questions liées au statut final, et notamment sur les frontières spécifiques de la souveraineté à Jérusalem, ou sur la résolution des frontières contestées »).

Mais contrairement à Washington, Canberra affirme – sans ambiguïté – que sa possible reconnaissance de la capitale israélienne dans la partie Ouest de la ville irait de pair avec la reconnaissance du droit des Palestiniens à établir leur capitale dans la section Est de la municipalité.

L’Australie associe également son annonce sur Jérusalem au rappel de son engagement fervent en faveur du principe de deux États pour deux peuples. Le terme « solution à deux États » apparaît à trois occasions dans le communiqué conjoint de Morrison et Payne.

L’administration américaine, elle, doit encore officiellement approuver la notion même d’État palestinien (Trump a expliqué, le mois dernier, qu’il considérait la solution à deux États et qu’il la pensait plus réaliste, ajoutant toutefois ultérieurement qu’il serait satisferait de toute solution convenue entre les deux parties).

Le président américain Donald Trump montre le protocole signé qui reconnaît Jérusalem en tant que capitale de l’État juif tandis que le vice-président le regarde, à la Maison Blanche, le 6 décembre 2017 (Crédit : AFP Photo/Saul Loeb)

Il faut aussi souligner que le nouveau gouvernement australien n’est pas non plus sur le point de reconnaître un État palestinien. Dans le communiqué conjoint, Morrison et Payne affirment qu’ils s’opposeront à une résolution à l’Assemblée générale des Nations unies, qui permettrait à « l’État de Palestine » de prendre la présidence du Groupe des 77, un important bloc régional à l’ONU.

« Ce projet de résolution », ont-ils estimé, « cherche à octroyer un statut officiel à l’Autorité palestinienne, statut qu’elle n’a pas, et il peut donc potentiellement saper les efforts visant à réunir les deux parties pour qu’elles avancent vers un règlement pacifique ».

Contrairement à la Russie, l’Australie pourrait transférer son ambassade

Différence importante entre l’annonce faite par Canberra et la reconnaissance de la Russie, survenue en avril 2017 : le possible transfert de l’ambassade. Tandis que l’Australie a indiqué qu’elle réfléchirait à relocaliser son ambassade de Tel Aviv vers Jérusalem-Ouest, la Russie a pour sa part juré de s’abstenir d’une telle initiative avant la signature d’un accord de paix israélo-palestinien global.

« Nous avons reconnu Jérusalem-Est comme capitale de l’État palestinien. Pouvons-nous transférer notre bureau de représentation de Ramallah, qui n’est pas encore une ambassade, vers Jérusalem-Est ? », s’est interrogé au début du mois le vice-ministre russe aux Affaires étrangères Mikhail Bogdanov lors d’une interview accordée à i24News.

« Si nous transférons notre ambassade à Jérusalem-Ouest, que nous reconnaissons comme capitale d’Israël, que devons-nous faire alors à Jérusalem-Est, que nous avons reconnue comme capitale palestinienne ? », a-t-il ajouté.

Que l’Australie finisse par reconnaître Jérusalem – ou Jérusalem-Ouest – reste donc encore à déterminer. Les médias locaux suggèrent que Morrison n’a fait que donner écho aux arguments avancés par Dave Sharma pour aider l’ancien envoyé en Israël à remporter un prochain scrutin partiel à Wentworth, un quartier des abords de Sydney, où vivent de nombreux Juifs. Après les élections du 20 octobre, il est possible que l’enthousiasme de Morrison pour l’idée s’évanouisse.

Par ailleurs, les Palestiniens protestent d’ores et déjà. Ils affirment qu’une reconnaissance unilatérale de Jérusalem « ferait de l’Australie un paria international sur cette question importante de politique étrangère », affirmant qu’une telle reconnaissance pourrait aussi nuire aux relations du pays avec les états arabes et à majorité musulmane. La radio militaire a fait savoir mardi que 13 nations arabes ont appelé Canberra à renoncer à son plan.

Cette pression pourrait donc mettre le holà aux velléités de Morrison.

Nous aurons toujours l’Iran

Même si l’Australie ne fait finalement rien en ce qui concerne Jérusalem, le communiqué conjoint comporte une autre bonne nouvelle réjouissante pour Israël.

Il promet tout d’abord « un renforcement de l’engagement en faveur de la défense et des affaires de sécurité avec Israël », en nommant notamment un attaché australien à la défense à Tel Aviv, et en invitant Israël à faire de même à Canberra.

Plus important encore, le nouveau gouvernement de Morrison promet de réexaminer « sans préjugés » l’approche australienne de l’accord sur le nucléaire passé avec l’Iran.

« Ce réexamen permettra d’évaluer si le pacte reste encore le meilleur outil de gestion des inquiétudes nourries par la communauté internationale face aux ambitions nucléaires de l’Iran », dit le communiqué conjoint.

Une volte-face de l’Australie – qui soutient actuellement l’accord – et l’appui possible qu’elle pourrait apporter aux sanctions américaines sur Téhéran, auraient toutes les raisons de réjouir Israël; peut-être même encore davantage qu’une reconnaissance de Jérusalem-Ouest en tant que capitale de l’État juif.

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